Le Kosovo vers la sécession après l’échec des négociations

Isabelle Lasserre
29/11/2007 | Mise à jour : 08:13 | 

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«J’ai le regret de dire qu’il n’y a pas eu d’accord avec la Serbie», a déclaré, 
hier, le président kosovar Fatmir Sejdiu (à droite, avec à gauche le premier 
ministre Hachim Thaci). Crédits photo : AP 

L’indépendance de la province serbe est au centre d’un bras de fer 
international entre les États-Unis, la Russie et l’Union européenne.

Huit ans après l’intervention de l’Otan contre les forces serbes au Kosovo, 
l’ancienne province de Serbie, administrée depuis 1999 par la communauté 
internationale, s’apprête à déclarer dans les mois qui viennent son 
indépendance de manière unilatérale. Les ultimes pourparlers serbo-kosovars se 
sont achevés hier à Baden, en Autriche, sur une impasse totale, ni les 
autorités de Belgrade, ni les responsables albanophones n’acceptant de faire le 
moindre geste.

Les États-Unis et la plupart des pays de l’Union européenne (22 sur 27) se sont 
déjà prononcés pour l’indépendance, mais ils imposeront sans doute au nouveau 
premier ministre du Kosovo la date à laquelle l’événement devra avoir lieu. 
«Ici, malheureusement, ce ne sont pas les Albanais qui décident, mais la 
communauté internationale. Le destin du Kosovo nous échappe», regrette Albin 
Kurti, jeune contestataire kosovar.

Car l’indépendance, pour laquelle tous les partis politiques kosovars luttent 
depuis des années, est au cœur d’une bataille politique entre les grandes 
puissances. États-Unis, Russie et Union européenne règlent leurs différends au 
Kosovo, objet de marchandages internationaux qui dépassent, et de loin, les 
problématiques balkaniques.

La Russie de Vladimir Poutine a choisi le Kosovo et la Serbie pour montrer ses 
nouveaux muscles sur la scène politique internationale. Elle a apporté son 
plein soutien à Belgrade, qui dit redouter qu’une sécession du Kosovo ne 
conduise à un «effet domino» dans une région encore fragilisée par les guerres 
d’indépendance des années 1990. Moscou a menacé d’opposer son veto à une 
éventuelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’indépendance de la 
province. Puis elle a poussé les autorités serbes de Belgrade à bloquer leur 
rapprochement avec l’Otan. Hier, le ministre russe des Affaires étrangères, 
Sergueï Lavrov, a jugé la situation «très alarmante». «Nous ne pouvons accepter 
les incantations selon lesquelles il s’agirait d’une situation exceptionnelle 
et que l’indépendance serait inévitable», a ajouté Lavrov.

L’attitude russe est un peu la réponse du berger à la bergère. «L’utilisation 
de la Serbie pour tenter de bloquer l’extension de l’Otan à l’est de l’Europe 
est une réplique directe au projet de bouclier antimissile que les Américains 
ont l’intention d’installer dans la région, notamment en Pologne», explique 
Misa Brkic, directeur du magazine Economist à Belgrade.

Les États-Unis ont pour l’instant réagi avec modération. À Pristina, les 
Kosovars redoutent que le soutien américain à l’indépendance du Kosovo finisse 
par pâtir, si les choses venaient à traîner, d’éventuelles concessions que 
Moscou et Washington pourraient s’accorder sur les dossiers internationaux. «Il 
n’y aura pas de solution au Kosovo tant que les États-Unis et la Russie 
n’auront pas trouvé une entente et réduit leurs divergences sur les grands 
problèmes du moment», commente Moma Trajkovic, un leader serbe modéré de la 
province. 

Sphère d’influence de Moscou

Quant à l’Union européenne, elle est bien trop dépendante du gaz russe pour 
pouvoir ignorer l’opposition moscovite à l’indépendance du Kosovo.

La querelle sur la province balkanique permet aussi à Moscou de préserver ses 
intérêts dans l’ancien espace soviétique. La Russie a en effet affirmé qu’elle 
considérerait l’indépendance du Kosovo comme un précédent qu’elle pourrait 
reproduire dans sa sphère d’influence, notamment en Abkhazie et en 
Transnistrie, deux républiques indépendantistes très proches de Moscou. «Le 
Kosovo, redoute l’analyste kosovar Lulzim Peci, risque de devenir le centre 
d’un nouveau clash des idéologies entre l’Occident et la Russie. Il faut nous 
préparer à une nouvelle guerre froide.»

http://www.lefigaro.fr/international/2007/11/29/01003-20071129ARTFIG00345-le-kosovo-vers-la-secession-apres-lechec-des-negociations.php

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