http://www.dna.fr/monde/20080120_DNA006066.html
Un dilemme entre l'Europe et le Kosovo Le premier tour de l'élection présidentielle serbe a lieu aujourd'hui. Ce vote va au-delà du choix d'un chef de l'État. Il concerne directement l'avenir de la Serbie, un avenir européen ou, au grand plaisir de la Russie, un isolement cultivant la nostalgie du Kosovo perdu. Car le Kosovo est à la fois pivot de cette élection et porte d'entrée de la Serbie dans l'Union européenne. Tout le débat électoral tourne autour de l'indépendance de cette province sous statut international depuis 1999. Les laborieuses négociations menées depuis presque trois ans entre Kosovars albanais et Serbes sous l'égide de l'UE, des États-Unis et de la Russie ont échoué : Belgrade veut bien accorder une très large autonomie à la province, à condition qu'elle continue -au moins formellement- à faire partie de la Serbie, tandis que le pouvoir à Pristina conforté par les législatives de novembre dernier, exige l'indépendance avec l'aval des États-Unis. Une indépendance que l'Union européenne doit -sans grand enthousiasme, il est vrai- accompagner, notamment en protégeant la minorité serbe de ce futur État. Boîte de Pandore Tout serait plus facile si la Serbie, même du bout des lèvres, acceptait cette évolution... que l'Europe a voulu « monnayer » en proposant à Belgrade une intégration « accélérée » dans l'UE. En vain, semble-t-il. Or le temps presse : une déclaration unilatérale d'indépendance que Pristina a déjà retardée sous la pression de l'UE serait contraire au droit international. Elle placerait l'Europe, d'ailleurs partagée sur la question, en porte-à-faux. L'indépendance unilatérale ouvrirait une boîte de Pandore. Le droit à l'autodétermination reconnu aux Kosovars devrait alors s'appliquer aux 200 000 Serbes du Kosovo qui veulent rejoindre la Serbie de Belgrade, aux Serbes de Bosnie, et pourquoi pas aux russophones de Transnistrie, aux Abkhases et aux Ossètes de Géorgie... La « contagion » irait plus loin qu'une nouvelle déstabilisation des Balkans. Seul un accord au Conseil de sécurité de l'ONU donnerait une légalité à la sécession kosovare. Mais la Russie, qui a droit de veto, s'y oppose. Officiellement, pour ne pas encourager les séparatismes, officieusement, pour ne pas voir le Kosovo se transformer en immense base militaire américaine. Et comme en mars Moscou présidera le Conseil de sécurité, la question du Kosovo ne sera même plus mise à l'ordre du jour. 6,7 millions d'électeurs Si le président de la République de Serbie n'a que peu de pouvoirs politiques, son élection cristallise toutes les tensions autour du Kosovo et de l'avenir qui en dépend directement ou indirectement. Sur neuf candidats, un seul -le libéral Cedomir Jovanovic, sans la moindre chance aux élections- accepte, au nom d'un futur européen, l'indépendance de la province albanaise. Les huit autres sont farouchement hostiles à la sécession, y compris le président sortant Boris Tadic qui a pourtant la faveur de l'UE et des États-Unis : il est le plus conciliant et le plus réaliste. Crédité de 19% des intentions de vote par les sondages, il a face à lui son challenger de toujours, l'ultranationaliste pro-russe Tomislav Nikolic qui obtiendrait 21% des voix au premier tour. Tout devrait dépendre du second tour, le 3 février, un second tour qu'orchestrera l'homme fort de Belgrade, le Premier ministre Vojislav Kostunica farouchement opposé à l'indépendance du Kosovo et qui a fait campagne pour un autre nationaliste, Velimir Illic... que seules des inimitiés personnelles séparent de Nikolic. Les 6,7 millions d'électeurs serbes sont devant un choix crucial. « Devant un carrefour », dit la ministre autrichienne des Affaires étrangères Ursula Plassnik, « ou continuer sur la voie de la convergence européenne ou se couper du reste de l'Europe ». Jusqu'au 3 février, les Européens vont serrer les pouces. Les Russes, aussi. On s'en doute, une Serbie orientée vers Moscou ne leur déplairait pas. Ils ont tant de projets pour la Serbie, Gazprom en tête... Jean-Claude Kiefer

