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Boris Tadic et Tomislav Nikolic au coude-à-coude pour la présidence serbe

LE MONDE | 01.02.08 | 14h57  •  Mis à jour le 01.02.08 | 14h57

BELGRADE ENVOYÉ SPÉCIAL 

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Monsieur l'ex-président..." Dix fois, l'ultranationaliste Tomislav Nikolic
s'est ainsi adressé au président démocrate serbe en exercice Boris Tadic,
lors du débat télévisé qui a opposé, mercredi 30 janvier, les deux candidats
avant le deuxième tour de l'élection présidentielle du 3 février. Ce
"Monsieur l'ex-président" ainsi martelé signifie que Tomislav Nikolic,
vainqueur deux semaines auparavant du premier tour, croit plus que jamais en
ses chances malgré deux échecs lors de précédents scrutins présidentiels. Et
l'embarras des instituts de sondage, incapables de départager les deux
candidats à quelques heures d'un vote crucial qui pourrait décider de
l'avenir européen de la Serbie, prouve que Tomislav Nikolic a raison d'y
croire.

 

Certes Marko Blagojevic, du Centre pour les élections libres et la
démocratie (Cesid), croit savoir que "Boris Tadic dispose d'un léger
avantage". Mais l'écart relève "de l'ordre de l'erreur statistique",
précise-t-il : quelques dizaines de milliers de voix sur six millions
d'électeurs. 

Dans cette perspective, les militants du Parti radical de Serbie (SRS) de
Tomislav Nikolic ont battu le pavé jusqu'au dernier moment pour tenter de
convaincre les indécis. Branislava Marinkovic s'est ainsi postée avec
quelques autres jeunes militants radicaux dans le quartier piétonnier du
centre de Belgrade. Le terrain est a priori défavorable à son candidat, qui
recrute davantage dans les quartiers populaires de la capitale serbe touchée
par le chômage et où s'entassent des dizaines de milliers de réfugiés,
victimes de toutes les guerres perdues par la Serbie de Slobodan Milosevic
durant les années 1990. "Depuis la chute de Milosevic en 2000, le parti
démocrate de Boris Tadic gouverne mais n'a rien fait pour améliorer le
niveau de vie de la population", explique cette jeune étudiante de 20 ans.

Issue d'une famille radicale, elle croit au discours social de Tomislav
Nikolic qui promet la quasi-gratuité des études et des soins médicaux,
l'augmentation des retraites et la chasse aux corrompus qui prospèrent dans
ce pays en transition économique. Et tant pis si le candidat radical se fait
très évasif dès qu'il s'agit de parler des moyens à mettre en oeuvre pour
tenir ses promesses. D'autant que, constitutionnellement, le président serbe
ne dispose que de peu de pouvoirs exécutifs, aux mains du gouvernement.

Mais ce discours, un mélange de nationalisme chauvin et de populisme
économique qui n'est pas sans rappeler celui de Slobodan Milosevic, a tout
de même convaincu près de 40 % des électeurs au premier tour. "Beaucoup de
gens sont déçus par les réformes et les jeunes ne se souviennent pas des
guerres et de l'embargo contre la Serbie durant Milosevic", regrette Maja,
militante au Parti démocrate (DS) de Boris Tadic.

En plus de lutter contre l'oubli et l'usure du pouvoir, le président sortant
doit également surmonter un mauvais coup délivré, mercredi, par le premier
ministre Vojislav Kostunica. Faisant fi de l'accord de coalition
gouvernementale qui unit bon gré mal gré depuis le début 2007 son Parti
démocrate de Serbie (DSS) au DS du président Tadic, le chef du gouvernement
a en effet refusé d'appeler ses partisans à voter pour le candidat
démocrate. Sans soutenir, non plus, ouvertement Tomislav Nikolic. Certes la
popularité du DSS - et surtout celle de Vojislav Kostunica - ne cesse de
dégringoler, mais cette formation avait rassemblé 17 % des voix aux
élections législatives de 2007.

Le premier ministre reproche au candidat Tadic de ne pas s'être engagé à
renoncer à tout accord de coopération avec Bruxelles si l'Union européenne
(UE) déploie, comme elle a l'intention de le faire prochainement, une
mission civile au Kosovo destinée à encadrer l'indépendance annoncée des
Albanais de cette province de Serbie sous administration internationale
depuis 1999.

Une indépendance soutenue par les Etats-Unis et une majorité de pays au sein
des Vingt-Sept, mais que dénonce avec virulence la quasi-totalité des partis
politiques serbes. Or l'adhésion de la Serbie à l'UE est l'un des axes
majeurs de la campagne du président Tadic. Pour contrer le coup de M.
Kostunica, M. Tadic a effectué, jeudi, une visite surprise dans l'est du
Kosovo où il a réaffirmé que "jamais Belgrade ne reconnaîtra
l'indépendance". M. Nikolic, le russophile, qui répète cela depuis des
lustres, se frotte les mains. 

Christophe Châtelot



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