Catherine se pr�sente en formulant quelques remarques tr�s
interessantes qui m�ritent r�action, compte tenu aussi de la pr�sence
d'assez nombreux "nouveaux" et au risque de quelques r�p�titions.

----- Original Message -----
From: "Catherine BRAC DE LA PERRIERE" <[EMAIL PROTECTED]>
To: <[EMAIL PROTECTED]>
Sent: Monday, May 06, 2002 2:50 AM
Subject: Re: [pmev] a propos de l'utilisation de la liste


| Inscrite depuis quelques jours � la liste pmev, je me pr�sente.
J'enseigne
| dans le 78, dans une classe de CP depuis septembre. C'est la
premi�re fois
| que j'ai ce niveau et depuis la rentr�e je cherche � am�liorer ce
que je
| fais, � trouver un rythme qui corresponde aux enfants... autant qu'
� moi.

Classe difficile, ou du moins particuli�re, dans laquelle m�me les
ma�tres devronn�s ont parfois l'impression d'avoir tout �
r�apprendre....  M�me la PMEV s'y r�v�le d'application un peu d�licate
mais je crois que nous savons d�sormais nous y rerouver.

| Depuis longtemps je me pose des questions sur mes m�thodes et je
dois dire
| qu'avant la pmev  je n'avais rien trouv� de tr�s satisfaisant.

Ne vous m�prenez pas si je pense un peu la m�me chose, car l'id�e
originelle de Reuchlin est effectivement ce qui  nous a permis d'avoir
le sentiment de tenir enfin du solide, sans sousestimer pour autant
tout ce qui nous avait rendu service dans ce difficile m�tier.

L'ampleur de leurs r�actions m'a surprise (le mot est
| faible). Il faut dire que je suis dans une �cole sans probl�me d'un
quartier
| peupl� de cadres moyens et que les pr�noms de mes �l�ves ont des
consonances
| bien fran�aises. Je ne parlerai pas de racisme ou de x�nophobie, je
ne crois
| pas qu'il s'agisse de cela.

Quand bien m�me y aurait-il un peu de cela, il nous faudrait "faire
avec" et "accompagner" en enseignants responsables. Un fait est un
fait, avant d'�tre un "bien" ou un "mal", et il faut le consid�rer
comme tel. Mais gardons nous justement des �tiquetages h�tifs et des
jugements de valeur intempestifs face � ce qui rel�ve surtout du
"complexe". Sans perdre de vue que la PMEV apporte peut �tre daans ce
domaine aussi une r�ponse originale.

J'ai plut�t l'impresion que les uns et les
| autres sont dans deux mondes qui n'ont pas grand chose en commun :
les
| pr�noms diff�rents ne sont qu'un symbole. Pour avoir travaill� d'un
cote et
| travaille et v�cu de l'autre j'ai observe que les enfants n'ont pas
les
| m�mes loisirs et les m�mes centres d'int�r�t, ne mangent pas la m�me
chose,
| n'ont pas le m�me environnement (urbanisme du quartier, structures
| associatives...), ne lisent pas la m�me chose (quand ils
lisent...)...
| Ces diff�rences, ils les vivent dans leurs famillles alors qui
d'autre que
| l'�cole peut les faire se rencontrer, s'accepter ? L'�cole est
parfois leur
| seul point commun.

C'est une �vidence assez unanimement reconnue mais dont il reste �
tirer toutes les cons�quences. Quoi qu'ils mangent et quels que soient
leurs loisirs, ils vont devoir vivre jusqu'� seize ans dans un
"syst�me" dont ils peuvent tr�s vite se sentir exclus et ne tirer
alors aucun des b�n�fices qu'ils sont en droit d'en attendre. Cela est
inacceptable au regard de la tradition humaniste et "r�publicaine" de
l'�cole. Je comprends de moins en moins les r�serves de ceux qui qui
contestent la n�cessit� de poser les probl�mes de l'�cole en termes de
"rendement". Car j'utilise ce terme aussi bien dans une perpective de
rendement dans les apprentissages que dans une perspective humaniste
et citoyenne. Le d�ficit de "citoyennet�", il nous appartient de nous
en pr�occuper, ce qui ne rel�ve pas seulement de "l'instruction
civique" au sens courant du terme mais aussi du sentiment de se sentir
citoyen, � l'�cole comme � la ville. Vaste programme bien s�r, que
nous devons au moins assumer dans sa dimension scolaire.


| Du coup, je me sens investie d'une mission (pas
| impossible j'esp�re) pour diminuer la distance entre tous ces petits
| fran�ais qui habitent � 10 km les uns des autres.

C'est un sentiment tr�s partag� sur cette liste, aujourd'hui plus que
jamais, mais en m�me temps tellement �vident que nous pr�f�rons agir
plut�t qu'en parler.

| 2-Pour avoir travaill� quelques ann�s dans des entreprise priv�es
avant
| d'entrer dans l'enseignement, j'ai toujours �t� surprise du manque
| d'informations qui circulaient dans l'appareil  education nationale,

Je n'ai pas cette exp�rience, mais je partage assez votre analyse,
tout en pr�cisant que rien n'est simple l� encore ....  Il est vrai
que la "mamouth" souffre moins de sa graisse que de l'encombrement de
ses circuits nerveux, vrai que l'information circule mais mal parce
que les "r�cepteurs" sont satur�s d'un surplus d'informations
secondaires ou encore fatigu�s : quel enseignant, quittant sa classe
et ses �l�ves, a encore le courage d'aller au devant de l'information
? Il est vrai que la classe est fatigante, parfois invivable m�me pour
certains coll�gues fatiqu�s ou exer�ant dans des contextes difficiles.
La rendre moins fatigante rel�ve d'une priorit�, et nous n'h�sitons
pas � parler � l'occasion d'ergonomie, mais cherchons surtout � agir
dans ce sens car tout se tient : les difficult�s des �l�ves et celles
des enseignants, la fatigue des uns et celle des autres, le besoin
d'information "salvatrice".et la difficult� de sa circulation.

du
| corporatisme

Il y a comme partout des r�actions de corps, mais on trouverait chez
les enseignants des sp�cificit�s que l'on ne trouve pas partout. Ils
ont leur assurance, leur banque, leur s�cu, etc... etc.. Tout cela
donne une id�e un peu caricaturale de la situation, mais tout cela,
historiquement, est n� de la n�cessit� de mieux vivre pour mieux
assurer sa t�che. Avec le temps, les "attendus" ont pu se diluer un
peu, mais reconnaissez que l'on renconre partout, et surtout dans les
zones difficiles, des coll�gues h�ro�ques, qui savent assumer les
critiques visant prioritairement le syst�me alors qu'elles rel�vent
d'une probl�matique bien plus vaste..

 et ,je le dis, du conservatisme des enseignants (je sais, c'est
| faux puisque c'est g�n�ral, mais quand m�me...), du manque de
formation au
| travail en �quipe (animation de r�union, gestion de projets...).

Tout cela existe, mais je crois qu'il faut l� aussi admettre les
faits, si lourds soient ils, sans pour autant les accepter
passivement. Le conservatisme existe en effet, parfois lourd de
paresse intellectuelle, mais pas seulement. Il rappelle un peu le
conservatisme ambigu des "paysans", qui savent qu'on ne triche pas
avec la terre et qui donc attendent pour voir, mais qui s'adaptent
ensuite de fa�on assez remarquable aux transformations jug�es
acceptables et n�cessaires.

Il y a un peu de cela chez les enseignants, mais l'int�r�t des
changements est parfois :moins lisible qu'en agriculture et peut
laisser sceptique : un changement n'est acept� que si les acteurs y
trouvent leur compte, et cette �vidence a souvent fait obstacle aux
r�formes. De plus, on rencontre aujourd'hui une conscience en quelque
sorte �cologique des probl�mes de l'�cole, une perception plus claire
des "effets pervers" mais parfois aussi d�natur�e par la prudente
philosophie du "risque z�ro", tout cela encore renfoc� par la
"discours r�publicain" qui souligne non sans quelque pertinence - car
le langage des statistiques est dur - que l'�cole pourrait bien s'�tre
fourvoy�e en voulant se r�former.

On ne savait pas comment lever les difficult�s d'apprentissage des
enfants, alors il fallait bien oser, chercher autre chose, du c�t� du
ludique ou du plaisir, etc.. etc.. ce quis serait un peu la d�finition
tr�s caricaturale du "p�dagogisme".   On n'aurait pas oser penser que
les difficult�s rencontr�es avec l'extension de la scolarit� � seize
ans pourrait avoir une origine plus ancienne, �tre inscrite d�s
l'origine en quelque sorte dans une confusion entre �ducation  et
instruction qui a fait perdre de vue qu'apprendre implique des "prises
de rep�res" que la morale tend � condamner abusivement. Ce qui est, en
d'autres termes, la "th�se" de Reuchlin, et place ainsi la PMEV dans
une position assez singuli�re : une "nouveaut�" qui n'en est pas
vraiment une, mais plut�t une restauration des processus originels
d'apprentissage que l'�cole avait condamn�s et �vacu�s, encore qu'il
ne faille pas en juger de fa�on aussi simpliste et admettre plut�t que
nos analyses souffraient d'incertitude..


| D'accord, j'enfonce des portes ouvertes. Mais cela ne veut pas dire
que la
| r�flexion est inutile et la t�che facile. Je me sens bien isol�e et,
malgr�
| des d�but d'id�es, bien d�munie.

La liste est l� pour vous aider � sortir de cet isolement. Les
"g�n�ralit�s" que je viens d'ennoncer  ne doivent pas vous emp�cher
d'aborder les plus petits d�tails techniques.

Bienvenue sur cette liste, bien cordialement,

MM




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