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--- In [EMAIL PROTECTED], Andrew Hannouche 
<[EMAIL PROTECTED]> wrote:
Re: [hugoye-l] Aramaic Studies 1.2 out nowA SYRIAC ARAMAIC 
LECTURE OF
THE CORAN 

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L'Actualit�, n� Vol: 28 No: 14
15 septembre 2003, p. 62 

Pas de vierges au paradis!

Les recherches du linguiste allemand Christoph Luxenberg suscitent la
controverse dans le monde musulman. Mais sa relecture du Coran
pourrait aussi rapprocher les grandes religions. 

Arseneault, Michel 

Christoph Luxenberg, �minent professeur de linguistique, m'a donn�
rendez-vous dans une biblioth�que d'une ville allemande dont il m'a
demand� de taire le nom. Luxenberg (un pseudonyme) ne souhaite pas
faciliter son identification. Il sait que ses recherches sur le Coran
- le livre sacr� qui, selon la th�ologie orthodoxe, n'a pas �t� �crit
par des hommes mais transmis par Dieu � Mahomet par l'entremise de
l'archange Gabriel - suscitent la controverse dans le monde musulman.
Fin juillet, un num�ro du magazine Newsweek qui �voquait son travail a
�t� interdit au Pakistan, au Bangladesh et en Indon�sie. M�me s'il
voit son oeuvre comme "une contribution au d�cryptage de la langue du
Coran", il sait que le sujet est d�licat et il pr�f�re �tre prudent. 

Cet �rudit s'est pench� sur le Coran il y a une dizaine d'ann�es. Sa
relecture a fait l'objet d'un livre, Die syro-aram�ische Lesart des
Koran (Une lecture syro-aram�enne du Coran), en l'an 2000, � Berlin.
Dans cet ouvrage scientifique, dont aucune traduction fran�aise n'est
pr�vue pour l'instant, il explique entre autres que les "houris", les
vierges mentionn�es dans trois sourates (chapitres), seraient plut�t
des... raisins blancs! Ce qui risque de soulever la controverse
lorsqu'on sait que des militants islamistes ont �voqu� les "vierges"
qui attendent les futurs martyrs au paradis... 

Comment une telle erreur est-elle possible? Cela tient d'abord aux
difficult�s inh�rentes � la lecture de l'arabe, dont l'�criture, �
l'�poque du Proph�te, mort au 7e si�cle, ne comportait que des
consonnes. Comme si, en fran�ais, un lecteur tombant sur le mot "prt"
devait trancher entre "part", "port", "perte", etc. 

Cet exercice entra�ne bien �videmment, pr�cise Christoph 
Luxenberg, "une marge d'erreur". Et il devient franchement p�rilleux
lorsque des mots d'origine �trang�re se glissent dans le texte analys�
- une autre id�e qui suscite la pol�mique, puisque le Coran, pierre
angulaire de l'arabe classique, pr�cise qu'il est �crit en "pur
arabe". Luxenberg, qui se fonde sur un des plus anciens corans du
monde, un manuscrit �crit entre le 7e et le 10e si�cle appartenant �
la Biblioth�que nationale de France, affirme pourtant y avoir d�cel�
des mots en syriaque, forme ancienne de l'aram�en, tr�s r�pandu au
Moyen-Orient � l'�poque du Proph�te. 

Les travaux de Christoph Luxenberg ont �t� applaudis par nombre de
chercheurs, dont la presse et les revues sp�cialis�es se sont fait
l'�cho. Les th�ologiens Robert R. Phenix Jr. et Cornelia B. Horn, tout
comme le philosophe fran�ais R�mi Brague, estiment que ces travaux
ouvrent la voie � une "r�volution tranquille". Patricia Crone, de
l'Universit� de Princeton, a pr�dit qu'ils s'av�reraient tr�s
importants. La voix la plus discordante jusqu'� pr�sent est celle de
Simon Hopkins, professeur d'h�breu de l'Universit� du Cap, qui pr�pare
une critique s�v�re de la m�thodologie employ�e par Luxenberg. Chose
certaine, comme l'a soulign� Stefan Wild, de l'Universit� de Bonn, les
d�couvertes du linguiste risquent de venir troubler le dialogue entre
musulmans et non-musulmans... 

Quelle est la langue du Coran? 

- Je le lis comme s'il �tait �crit dans une langue mixte, une 
combinaison d'arabe et de syriaque, dont certaines lettres se 
ressemblent. Bien qu'il s'agisse de langues soeurs, elles ont chacune
leurs sp�cificit�s. Il faut les conna�tre toutes les deux pour
comprendre. 

Pourquoi, � votre avis, a-t-on mal lu le Coran jusqu'� maintenant? 

- On ne s'est pas rendu compte que l'ex�g�se coranique est bas�e sur
de pures supputations, pas sur les dictionnaires. M�me le grand
th�ologien Tabari, mort au 10e si�cle, s'en remet exclusivement � la
tradition orale. Il n'y a jamais de r�f�rences qu'on dirait
aujourd'hui "scientifiques". Les sources de Tabari, qui remontent
souvent jusqu'au Proph�te, expliquent qu'une phrase ou un mot signifie
ceci ou cela. Mais souvent, il ajoute que les commentateurs ne sont
pas unanimes. Il y a donc des explications divergentes... Je me suis
dit: voil� o� il faut commencer! Si les sources ne sont pas d'accord,
c'est parce qu'elles ne savent pas la r�ponse. 

Pourquoi, en Occident, ne l'a-t-on pas compris plus t�t? 

- D'abord, parce que ceux qui lisent � la fois l'arabe et le 
syriaque, � commencer par les chr�tiens d'Orient, ne se sont jamais
int�ress�s au Coran. Ce n'est pas dans les moeurs. Qui plus est, il
n'�tait pas possible pour eux de travailler sur un manuscrit ancien.
Vous imaginez un moine aller chez un cheik et lui dire: "Pr�te-moi ton
coran!" Ils n'ont m�me pas envisag� de le faire. On a laiss� le Coran
aux Arabes. 

Si le Coran pr�cise que sa langue est du "pur arabe", comment 
expliquer la pr�sence de lettres et de mots syriaques? 

- C'est qu'il y a, dans l'arabe m�me, des lettres syriaques. Il est
plausible que ceux qui ont commenc� � �crire le Coran ont d'abord
utilis� l'�criture syriaque, qui �tait r�pandue et o� il n'y avait pas
moyen de faire d'erreurs d'interpr�tation, comme c'�tait le cas avec
l'�criture arabe. 

Et cela change beaucoup de choses? 

- Dans la sourate 19, par exemple, il est question de Marie, qui est
accus�e de grossesse ill�gitime et chass�e par ses parents. Avant
l'accouchement, elle se retire sous un palmier et dit: "Duss�-je �tre
morte plut�t que de vivre � cette heure!" J�sus vient de na�tre et le
Coran lui fait dire (je traduis comme on le fait habituellement): "Ne
t'attriste pas, ton Seigneur a mis au-dessous de toi un ruisseau."
"Ruisseau" ici se prononce sariya. Or, ce mot n'a jamais ce sens en
arabe, sauf dans le Coran. Au 10e si�cle, les commentateurs ont
expliqu� � Tabari qu'il s'agissait d'un mot �tranger qui signifiait
jadis ruisseau. Un seul, cit� par Tabari, a fait preuve de bon sens.
Il leur a dit: "Chers amis, si c'�tait un ruisseau, il ne serait pas
au-dessous d'elle." Mais Tabari a donn� raison � la majorit� parce
que, plus loin dans le texte, il est question de "boire". Donc il
fallait bien qu'il y ait un ruisseau quelque part... 

Que signifie ce mot, alors? 

- Sariya est un adjectif aram�en qui signifie "l�gitime". Et "au-
dessous de toi", lu � l'aram�enne, signifie "accouchement" - ce qui
donne: "Ton Seigneur a rendu ton accouchement l�gitime." Alors l�,
c'est clair. Ce n'est pas parce que Marie a soif qu'elle dit: "Duss�-
je �tre morte"! C'est parce que le reproche qu'on lui fait -
l'ill�gitimit� de son fils - est insupportable. D'ailleurs, on
s'imagine mal que le Christ, d�s sa naissance, lui dise: "Ne
t'attriste pas... tu as de l'eau." 

Sur quoi vous appuyez-vous pour l'affirmer? 

- On trouve ces mots dans des dictionnaires aram�ens publi�s � la fin
du 19e si�cle et au d�but du 20e. Ce verset est, de toute �vidence, le
noyau d'une partie chr�tienne du Coran. 

Parce qu'il y en aurait plusieurs? 

- Bien s�r. Prenez la sourate 97, dont le titre est "La destin�e" ou
"Al-Qadr". Elle traite, selon l'ex�g�se musulmane, de la transmission
du Coran. Dans les ann�es 1930, Richard Bell, qui a traduit le Coran
en anglais, a suppos� qu'il s'agissait d'une allusion � la nuit de
No�l. Trois termes pouvaient l'inciter � faire cette hypoth�se:
"nuit", "anges" et "paix". C'est d'ailleurs ce qui m'a mis la puce �
l'oreille. Pour trouver le sens du mot essentiel, "destin�e", j'ai
traduit le terme arabe al-qadr en aram�en: helqa, ce qui signifie,
d'apr�s le dictionnaire, "l'�toile de la Nativit�", celle qu'�voquent
les Rois mages dans l'�vangile, et m�me "la Naissance", c'est-�-dire
No�l. 

Quelle conclusion en tirez-vous? 

- Que c'�tait un texte chr�tien. Comme la sourate 108, o� il est
question du Kauthar, �crit avec une majuscule parce que les
commentateurs arabes l'ont pr�sent� comme le nom d'un fleuve du
paradis r�serv� au Proph�te et aux seuls musulmans. Or, ce mot est
aram�en et il signifie "la constance". Il est question aussi d'un
ennemi qui est "castr�", ce qui correspond plut�t � "cass�" ou
"vaincu" en aram�en. Cet ennemi, c'est Satan, celui qui hait,
l'adversaire de celui qui aime les hommes, le Mis�ricordieux, Dieu. Il
s'agit l� d'une liturgie syriaque chr�tienne qui rappelle une des
�p�tres de saint Pierre, ce que les Arabes n'ont pas compris jusqu'�
pr�sent. 

Pensez-vous que ces exemples pourraient choquer les musulmans? 

- Cela ne va pas forc�ment les choquer, puisque le Nouveau Testament
a, comme le Coran, �t� r�v�l�. 

Croyez-vous que votre travail pourrait d�boucher sur une r�forme au
sein de l'islam? 

- Il y aura forc�ment un jour ou l'autre un mouvement de r�forme. Mais
comme il n'y a pas d'autorit� centrale dans l'islam, pareil mouvement
est difficile � pr�voir. Il existe d�j�, � l'Universit� Al- Azhar, au
Caire, des th�ologiens qui veulent s'en tenir au seul Coran et
refusent tout le reste, y compris la charia et les hadiths [les
"traditions" qui r�pertorient les actes et propos du Proph�te], qu'ils
consid�rent comme fabriqu�s de toutes pi�ces. 

Si les musulmans sont persuad�s que les th�ologiens se sont tromp�s
dans leur analyse, je suis s�r que, vu leur respect pour leur livre
sacr�, ils accepteront une telle r�forme. Du moment o� on leur fera
comprendre que ce qu'ils ont appris jusqu'� maintenant, c'est
l'explication des hommes, pas la parole de Dieu, ils admettront
forc�ment une lecture plus ad�quate du Coran. � qui faut-il donner
raison? Au Coran, c'est-�-dire � la parole de Dieu, ou �
l'interpr�tation que les hommes en ont faite jusqu'� maintenant? Il
est �vident que les musulmans vont donner raison � la parole de Dieu. 

Mais qui aurait l'autorit� pour imposer une telle r�forme? 

- Pour le moment, c'est l'Universit� Al-Azhar. On lui accorde la plus
grande autorit� dans le monde musulman. Si son mufti [chef spirituel
et juriste] dit: "Nous nous sommes tromp�s..." 

Est-ce que ces parall�les entre des textes de l'islam et du 
christianisme pourraient contribuer � rapprocher ces religions? 

- Tr�s certainement. Je suis en train de d�montrer qu'elles �taient, �
l'origine, une seule religion. On pourrait dire que les sourates
"mecquoises", les plus anciennes, sont chr�tiennes. Celles qu'on
appelle "m�dinoises" ont �t� �crites, du moins en partie, assez
tardivement. C'est la partie politique et sociale. On y voit
appara�tre la volont� politique. Le besoin de toutes ces pr�cisions -
presque une l�gislation! - s'est fait ressentir apr�s l'instauration
du pouvoir politique. 

Je pense que le fait politique a �t� d�cisif pour la construction de
l'islam, qui ne s'est vraiment r�pandu qu'apr�s la conqu�te arabe du
7e au 9e si�cle. C'est seulement une fois le pouvoir politique
instaur� qu'on a eu l'id�e de faire de ce livre le fondement de
l'islam. Je ne suis pas le premier � le dire. L'islamologue fran�ais
Alfred-Louis de Pr�mare arrive � peu pr�s aux m�mes conclusions. 

Pourquoi n'y a-t-il pas en Occident d'�dition critique du Coran, comme
il y a des �ditions critiques de la Bible? 

- Les orientalistes n'ont commenc� � s'int�resser s�rieusement � une
telle �dition qu'au 19e si�cle, et ils se sont retrouv�s face � un
monument gigantesque de litt�rature arabe sur le Coran. Ils ont
travaill� sur l'�tymologie de certains mots, comme "orange", "roi" ou
m�me "Allah", dont les Arabes ignoraient l'origine syriaque. Mais sur
la compr�hension du texte, on s'en est tenu � celle des musulmans.
Tout ce qu'on appelle actuellement "sciences islamiques" repose sur
des oul�mas [des imams de mosqu�es importantes et des savants]. 

Et pourquoi les musulmans eux-m�mes n'ont-ils pas jet� un regard plus
critique sur le Coran? 

- Le mot "critique" suscite des r�ticences chez les musulmans parce
qu'ils y voient une attaque contre le Coran. Je serais tent� de dire
qu'ils �taient plus incisifs au 9e et au 10e si�cle. Certains
affirmaient alors qu'il s'agissait d'une parole humaine qui pouvait
�tre �tudi�e comme telle. Ceux qui disaient que c'�tait la parole de
Dieu ont eu gain de cause. � partir du 10e si�cle, il n'a presque plus
�t� possible de faire des �tudes critiques sur le Coran. D�s qu'il a
�t� expliqu� par Tabari, il est devenu l'enseignement officiel de
l'islam. Ce n'est pas valable pour les chiites, toutefois, qui croient
qu'on peut interpr�ter le Coran autrement. C'est ceux-l� qui seront
�pat�s par mon travail, je pense, parce qu'ils ont toujours accus� les
sunnites d'avoir falsifi� le Coran. En ce qui me concerne, il ne
s'agit pas de l'attaquer, mais d'en avoir une compr�hension ad�quate. 

Vous pourriez envisager un dialogue avec des th�ologiens chiites? 

- Absolument. Je pense qu'ils l'accepteraient. 

Vous vous faites du souci pour votre s�curit�? 

- Ce sont des musulmans qui m'ont vivement conseill� d'utiliser un
pseudonyme et d'�tre prudent. Je n'y avais pas pens�. Certaines
personnes n'auraient pas besoin d'une fatwa [d�cret religieux qui peut
aller jusqu'� la peine capitale] pour d�cider que je dois �tre
�limin�. De toute fa�on, je n'ai pas l'intention de me montrer en
public parce que j'ai encore beaucoup de travail � faire. 



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