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L'intégralité du débat avec Jérôme Creel, directeur adjoint du département des Etudes de l'OFCE, mercredi 11 octobre, à 15 h .
Jérôme Creel : Je ne peux pas vous donner le coût par habitant de l'élargissement de 2004 et de celu! i de 2007. Ce que l'on sait, c'est qu'il y a eu un certain nombre de discussions budgétaires qui ont abouti à l'accroissement du budget équivalent à 1 euro par Européen par an. En tout état de cause, l'élargissement de l'UE aux pays d'Europe centrale et orientale, dont la Bulgarie et la Roumanie, n'est donc pas très coûteux.
Moi : Quelles sont les principales industries développées dans ces pays ?
Jérôme Creel : Des industries de travail non qualifié, très principalement du textile. Et aussi des produits métallurgiques. Plus, pour la Roumanie, une part importante d'agriculture.
Andrei : 1. L'intégration de la Roumanie dans l'UE aura-t-elle un effet positif ou négatif pour les petits agriculteurs roumains ? 2. Considérez-vous que les entreprises roumaines sont prêtes à faire face à la concurrence européenne et à vendre leurs produits sur le marché européen ?
Jérôme Creel : Pour l'! agriculteur roumain, l'intégration à l'UE pourrait avoir des e! ffets assez néfastes.
1) Ils ne vont pas avoir accès aux fonds de la PAC immédiatement, mais de manière progressive. Il faudra attendre 2013 pour que les nouveaux entrants de 2004 et de 2007 aient les mêmes droits en termes de politique agricole que les anciens Etats membres.
2) Deuxième choc que devrait subir la Roumanie : nous tendons vers une industrialisation de l'agriculture. Nous entendons par là que les petits agriculteurs auront du mal à tirer leur épingle du jeu, alors que ce sont plutôt les agriculteurs ayant de grandes parcelles qui devraient bénéficier de l'intégration.
Donc la difficulté pour ces petits agriculteurs à être compétitifs en termes de prix, en termes de qualité, en termes de respect des normes sanitaires, peut être mise en question.
Ce problème rencontré par les agriculteurs roumains est actuellement rencontré par les agriculteurs polonais. De manière un peu paradoxale, l'entrée dans l'UE de la P!
ologne depuis deux ans, et de la Roumanie l'an prochain, devrait amener une réduction de la population agricole, et donc une restructuration du tissu économique de ces deux pays vers des économies dites plus occidentales, avec une part des services plus importante, et donc une réduction de la part de l'agriculture dans l'économie.
Pour la Roumanie, la part de l'agriculture est aux environs de 30 %.
Il ne faut pas oublier que la Roumanie et la Bulgarie sont des économies en transition. Il est tout à fait normal qu'il soit difficile pour elles d'être compétitives au regard des standards européens. Il faut noter que le niveau des prix et des salaires dans ces pays est relativement bas, mais que la difficulté vient du fait que ces économies en transition sont aussi en rattrapage, et qu'elles subissent des pressions inflationnistes plus importantes que les anciens Etats membres.
C'es! t en fait dans cette mesure, à cause de cette augmentation des! prix plus forte, que ces deux pays perdent en compétitivité. Le fait d'intégrer l'UE va favoriser le caractère concurrentiel de ces économies pour les biens qui s'échangent, mais renforcer malheureusement les pressions inflationnistes parmi les biens qui ne s'échangent pas, les services.
Pour ces pays, il y a éventuellement deux solutions de politique économique pour aboutir à une stabilisation de leur économie : la première serait de jouer sur le taux de change pour améliorer leur compétitivité. C'est ce qu'a fait la Roumanie par le passé en ayant une politique de dépréciation de son taux de change qui renforçait sa compétitivité, mais elle est passée à un système de ciblage d'inflation qui vise à stabiliser les prix, mais qui n'en est qu'à ses débuts. Il faudra donc un peu de temps pour juger de l'efficacité de cette politique.
Quant à la Bulgarie, sa politique a consisté à arrimer sa monnaie à l'euro, pour tenter d'avoir une meilleure compétit! ivité.
Pour la Roumanie, une autre option pourrait être de tenter d'entrer rapidement dans la zone euro, ou d'adopter [unilatéralement] l'euro comme monnaie.
MrPikeBishop : La Roumanie est déjà un pays qui profite de la vague de délocalisations en France. Est-ce que l'intégration de la Roumanie (et de la Bulgarie) dans l'UE va contribuer à l'accélération de ce phénomène ou plutôt le ralentir ?
Jérôme Creel : On peut avoir deux réponses. Oui, cela peut accélérer le processus. L'enjeu de l'accession à l'UE, c'est la reprise de l'acquis communautaire. Et dans cet acquis, il y a de très nombreuses législations, dont le respect fondamental des droits de propriété.
On peut donc dire que dans ces conditions, une entreprise qui a l'opportunité, l'envie de délocaliser son activité peut être incitée à rapprocher ses usines et son activité de son territoire si en plus elle bénéficie du respect intégral de ses! droits de propriété.
Si vous délocalisez unique! ment pour des raisons de baisse des coûts, du travail notamment, vous pouvez délocaliser très loin de chez vous. Mais dans certains de ces pays lointains, les droits de propriété ne sont pas respectés.
Dans ces conditions, le fait qu'aux portes de l'Europe, et maintenant dans l'Europe, vous ayez un petit pays qui soit obligé de respecter le droit de propriété peut vous inciter à relocaliser votre activité vers la Roumanie ou la Bulgarie plutôt qu'en Asie, par exemple.
Cela voudrait dire que pour la Roumanie et la Bulgarie, il y aurait plus d'entrées d'entreprises. Mais les raisons qui ont poussé notre entreprise au départ sont les mêmes. Mais la bonne nouvelle, c'est que comme la Roumanie et la Bulgarie feront partie de la famille européenne, que nous sommes aussi leur fournisseur, nous devrions aussi gagner à leur intégration.
La délocalisation dans ces pays pour trouver de nou! veaux consommateurs, pour y produire à moindre coût, va générer de la croissance, dont les partenaires de ces pays vont profiter. Et ces partenaires, ce sont l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas, la France, la Turquie et la Russie, par exemple. Et parmi ces pays, nombreux sont ceux membres de l'UE. Donc finalement, le phénomène de délocalisation vers ces pays tend plutôt à freiner. Il faut souligner cependant que les montants d'emplois en jeu sont assez faibles.
La délocalisation est un danger pour ceux qui l'ont subie, et pour essayer d'éviter les coûts de ces délocalisations, il est toujours possible pour un Etat de mener une politique de compensation. Et une bonne politique de compensation, c'est une bonne politique de formation professionnelle qui va permettre à des gens ayant perdu leur emploi d'acquérir de nouvelles qualifications et d'améliorer leurs chances de trouver un emploi.
Lazarova : Quid de la politique de l'emploi ? Est-ce que les ress! ortissants bulgares et roumains auront le droit de travailler ! en Europe après l'intégration dans l'UE ?
Jérôme Creel : C'est une excellente question. Il faut bien savoir que les derniers élargissements de l'UE, celui du 1er mai 2004, celui supposé du 1er janvier 2007, sont extrêmement régulés. Cela signifie que les 10 + 2 pays ont connu des conditions drastiques pour entrer dans l'UE : il faut imaginer l'ensemble de la législation qui est créée chaque année en Europe et à laquelle sont obligés de s'adapter tous ces pays. C'est énorme. Ce n'était pas du tout le cas pour l'Espagne et le Portugal en 1986.
C'est aussi régulé parce que leurs droits dans l'UE ne sont pas totaux dès leur entrée. Les pays entrés en 2004 et les deux futurs entrants de 2007 ne bénéficient pas des droits à la PAC dans les mêmes conditions que les anciens Etats membres, et ce jusqu'en 2013.
Concernant spécifiquement la Bulgarie et la Roumanie, si le 26 septembre dernier la Commission europé!
enne a jugé qu'il s'agissait d'économies de marché viables, les Etats membres de l'UE peuvent juger que ces deux pays ne sont pas prêts à entrer au 1er janvier 2007. Il y a une clause qui permet de retarder l'entrée dans l'UE de ces deux pays au 1er janvier 2008.
Pour des raisons politiques, des pays comme l'Allemagne et l'Autriche ont insisté pour que l'espace Schengen de liberté de circulation des travailleurs ne soit pas ouvert immédiatement aux travailleurs des nouveaux Etats membres. Chaque ancien Etat membre peut donc mettre en place des mesures nationales limitant l'accès à ses marchés du travail pour les travailleurs issus d'Europe centrale et orientale.
Et il se trouve que des pays comme le Royaume-Uni, ou la Suède, qui n'ont pas adopté de dispositions spécifiques pour les ressortissants des dix pays entrés en 2004, vont adopter des mesures restrictives à l'entrée des Bulgares et des Roumains sur le marché du travail.!
Le processus d'intégration de la Bulgarie et de! la Roumanie est donc très encadré, très contrôlé, et peut encore être remis en cause ou retardé. Tout dépendra de l'accord final des Etats membres actuels.
Djus : J'ai le sentiment que ces deux pays ont une image négative véhiculée par les médias (réfugiés, proxénètes...). Le niveau de vie dans ces pays est-il si éloigné du nôtre ?
Jérôme Creel : Pour répondre d'un point de vue économique agrégé, ces pays sont effectivement très pauvres. Un indicateur de richesse des ménages qui pourrait être le PIB par tête est égal à 30 % de celui de la moyenne européenne.
C'est la première fois dans l'histoire de l'UE que nous allons intégrer des pays aussi pauvres. La Lettonie était à peu près dans les mêmes eaux, mais légèrement plus riche en termes de niveau de vie, que ces deux pays.
Concernant les problèmes de proxénétisme, de corruption, de mauvaise image, il apparaît dans les rapports rendus par la Commission que! ces deux pays, bien qu'ils aient fait des efforts pour lutter notamment contre la corruption, n'en ont pas encore fait suffisamment.
Il leur est aussi demandé d'améliorer les conditions d'activité industrielle et de services et aussi de faire des efforts pour assurer la sécurité aux frontières. Cela pour tenter d'éviter qu'une forte immigration en Europe passe par la Bulgarie et par la Roumanie. J'entends par là une immigration extra-européenne.
Ivohrist : Quels secteurs de l'économie bulgare et roumaine vous paraissent les plus attractifs pour les investisseurs francais ?
Frédéric75 : Selon vous, ces deux nouveaux pays membres de l'UE offrent-ils de meilleures perspectives d'investissement que l'Asie ?
Jérôme Creel : Ce n'est pas mon rôle de donner des conseils d'investissements. Je me permets de vous proposer de vous tourner vers les missions économiques des ambassades de France de ces pay! s pour glaner plus d'informations.
Ce qu'on peut! dire, c'est que dans ces deux pays, il reste des opportunités d'investissements car les programmes de privatisation n'ont pas été achevés. Il est vraisemblable que dans certains domaines dans lesquels la France est en pointe, il va y avoir des investissements rentables. Je pense à l'industrie agroalimentaire, qui reste généralement à restructurer et qui reste entre les mains des Etats en question. Ces secteurs vont subir des privatisations.
L'autre grand secteur, c'est celui de l'énergie, qui généralement dans ces deux pays n' a pas été très privatisé, et qui va l'être.
J'ajouterai un troisième secteur. Nous parlons de deux pays pauvres en situation de rattrapage. Dans ces pays il y a une très forte demande de crédits, des mouvements importants d'investissements étrangers qui rendent dès lors rentable l'activité bancaire.
Sonia : Sera-t-il avantageux d'investir dans de l'immobilier dans ces deux pays ?
Jérôme! Creel : Le marché de l'immobilier en général peut être très incertain. Donc il n'est pas du tout sûr à l'heure actuelle qu'il s'agisse là d'un très bon placement, tout au moins à court ou moyen terme. Je conseillerais donc de ne pas trop y investir dans ces pays.
Tout dépend évidemment du type d'investisseurs. S'il s'agit de gros investisseurs institutionnels, il y aura de l'argent à gagner, mais sur le long terme, car le niveau de vie des habitants de ces pays est bien trop faible pour qu'ils puissent subir des hausses astronomiques de leurs loyers.
Mat : L'intégration de la Roumanie et de la Bulgarie ne risque-t-elle pas d'aggraver la course vers le bas en matière fiscale ?
Aureleii : L'entrée de pays comme la Roumanie ou la Bulgarie ne va-t-elle pas tirer l'Europe vers le bas ?
Jérôme Creel : Il ne faut pas surestimer l'impact de l'entrée d'un petit pays dans l'UE. Il est peu vraisemblable ! qu'une taxation faible en Roumanie ou en Bulgarie produise ver! s ces pays des transferts importants d'activités de pays où la fiscalité est plus haute.
Il ne faut pas oublier que la concurrence fiscale se joue beaucoup sur l'impôt sur les sociétés, et la délocalisation dont je parlais est coûteuse pour l'entreprise qui la met en uvre.
Il faut s'installer, il faut connaître la façon dont l'activité s'organise, les coutumes locales, il faut subir la corruption, qui reste endémique. Imaginer qu'à cause de taxes faibles dans ces deux pays la concurrence fiscale en Europe soit encore accentuée n'est pas raisonnable.
Il faut dire une chose : ces deux pays ont intérêt à attirer vers eux les entreprises. Un élément qui va les attirer est éventuellement le faible coût de la main-d'uvre. Autre élément : la qualification de celle-ci. Autre motivation : le marché. On peut peut-être vendre sur place. Et peut-être aussi parce que les taxes sont faibles.
Mais il faut imaginer que les impôts faibles pe!
uvent produire des difficultés budgétaires et empêcher notamment de mener les politiques d'infrastructure dont ces pays ont besoin.
Prendre le risque de baisser les impôts dans ces pays, c'est prendre le risque de ne pas être en mesure de financer ces infrastructures. Or celles-ci, elles aussi, sont une motivation des délocalisations.
Ces Etats doivent donc effectuer un arbitrage entre le taux d'impôt, leur capacité à collecter les impôts qui peut être mise en doute dans ces pays et leur capacité à fournir les infrastructures nécessaires à la production.
Parmi ces infrastructures, les économistes incluent ce qu'on appelle le capital humain. Celui-ci est ce qui produit aussi une meilleure qualification de la main-d'uvre. Et pour générer ce capital humain, il faut aussi dépenser. Et donc la concurrence fiscale à laquelle ces pays pourraient être tentés de jouer pourrait être préjudiciable à la production de capital humain.
1! 23456 : Dans quels secteurs et de quelles manières la Roumanie! et la Bulgarie vont-elles profiter de leur intégration dans la Communauté européenne ?
Jérôme Creel : Je crois qu'il faut être très clair pour dire que les avantages de l'intégration dans l'UE pour ces deux pays sont en majeure partie derrière eux. Le fait de poser sa candidature à l'UE produit et incite au changement. En décidant en 1995 d'entrer dans l'UE, la Bulgarie et la Roumanie ont fait le choix quasi définitif d'adopter une économie de marché, d'adopter un système politique démocratique, et c'est ce changement-là, majeur, qui constitue le principal avantage à leur intégration. Ce qui veut dire que si la Bulgarie et la Roumanie entrent dans l'UE en 2007, il ne faut pas croire qu'en une nuit les Roumains et les Bulgares verront un grand changement.
Ce qui sera essentiel à partir de leur entrée, c'est leur capacité à participer à un certain nombre de décisions européennes, puisque ces deux pays seront représentés et auront voix au!
chapitre lors des conseils européens, par exemple. Ils vont donc participer à partir du 1er janvier 2007, si tout va bien, à la construction européenne.
Mais ce qui a été primordial pour eux, c'est sans aucun doute la modification dans leurs structures de production, la privatisation d'entreprises vieillissantes et improductives, l'afflux de nouvelles techniques de production, l'afflux de nouveaux produits, et la capacité qu'ils ont dorénavant à tenter de concurrencer les autres pays européens grâce à tous ces afflux d'investissements et de techniques de production.
Stelios : Des amis bulgares m'ont dit qu'ils ont peur de la hausse des prix à la consommation. Phénomène vécu en Grèce, Espagne et Portugal. Qu'en pensez-vous ?
Jérôme Creel : Il est possible que les prix continuent d'augmenter pour la raison que j'invoquais tout à l'heure, qu'on appelle l'effet Balassa-Samuelson. Cet effet est produit par la concur! rence internationale qui oblige les secteurs exposés à cette c! oncurrence à améliorer leur productivité pour rester compétitifs. Cette amélioration produit des hausses de salaires. Cela est naturel.
Mais un problème intervient lorsque cette augmentation des salaires se diffuse à l'ensemble des secteurs de l'économie, donc aux secteurs protégés de la concurrence, les services. Dans ces conditions, alors que les secteurs de services sont peu productifs, il y a des hausses de salaires qui produisent effectivement des hausses de prix. Et ce phénomène persiste tant que le rattrapage vers les pays les plus riches des pays n'est pas total.
Autre raison pour laquelle les prix dans ces deux pays pourraient augmenter plus vite que dans le reste de l'UE : la baisse de leur taux d'intérêt après qu'il seront entrés dans l'UE.
Même si ces pays n'ont pas adopté officiellement l'euro, le fait qu'ils participent de la famille européenne réduit le risque de défaut de paiement de ces pays. C'est-à-dire quand un pa! ys n'est plus capable de rembourser les prêts qu'on lui a consentis. Le fait d'appartenir à la famille européenne permet de prétendre que le risque de défaut de paiement se minimise. Ce qui veut dire que les taux d'intérêt baissent dans ces pays.
Mais la baisse des taux d'intérêt produit alors un peu plus de demande pour les produits bancaires, ce qui amène plus de consommation, plus d'investissements, et donc le dynamisme économique est renforcé par cette baisse des taux.
Et si face à ce dynamisme de la demande l'offre de produits n'est pas suffisante, on a des pressions inflationnistes supplémentaires. Il est donc tout à fait vraisemblable que ces deux pays subissent de fortes et prolongées pressions inflationnistes.
Il existe cependant plusieurs moyens de les contrecarrer : le premier est de disposer de prix administrés, dont l'évolution est fixée par les Etats eu! x-mêmes ; et il existe dans ces pays de nombreux produits dont! les prix sont administrés, ce qui permet de limiter la hausse des prix.
Un autre moyen de réduire l'inflation est de procéder à des politiques monétaires restrictives. Les banques centrales peuvent augmenter leurs taux d'intérêt c'est le cas de la Banque centrale de Roumanie pour essayer de réduire la demande de crédit.
Malheureusement pour la Roumanie, cette politique peut produire des effets ambigus, parce que l'augmentation du taux d'intérêt peut générer des entrées de capitaux qui favorisent à nouveau le dynamisme économique, donc les pressions inflationnistes.
L'inflation en Roumanie est autour de 9 % par an, et en Bulgarie de 5,5 %.
L'option de la politique monétaire n'est pas envisageable, ou peu, par la Bulgarie, qui a adopté un régime de change dit de caisse d'émission, qui fixe irrémédiablement le taux de change de sa monnaie en euros, et oblige la Banque centrale bulgare à suivre la politique de la Banque cent! rale européenne. Donc elle n'a pas d'autonomie.
MrPikeBishop : Quelles leçons ces deux pays peuvent tirer de l'adhésion de la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie, etc. ?
Jérôme Creel : La leçon que ces pays peuvent tirer de l'entrée des précédents accédants en 2004, c'est que le parcours dans l'UE reste semé d'embûches, que les tensions entre les pays se sont accentuées depuis mai 2004 mais aussi depuis les "non" au référendum en 2005 , qu'il y a dorénavant une véritable opposition entre grands pays de l'UE et petits pays, et que le risque en Europe s'est agrandi de voir se créer une Europe à plusieurs vitesses.
Fisc : Si Roumanie et Bulgarie connaissent des dérapages budgétaires, que peut faire l'UE en sachant qu'elle n'a rien pu y faire quand c'est arrivé à la France, à l'Allemagne... ?
Jérôme Creel : Les situations budgétaires des deux pays en question sont contrastées. Nous avons ! d'un côté le plus petit, la Bulgarie, qui dispose d'excédents ! budgétaires, tandis que la Roumanie est en déficit. Il faut bien voir cependant que les déficits de ce pays sont inférieures, jusqu'à présent, aux limites imposées par le pacte de stabilité et de croissance. Il s'agit en tout cas pour ces deux pays de pays beaucoup moins déficitaires et beaucoup moins endettés que les précédents PECO entrés dans l'UE.
Cela signifierait pour eux que, contrairement aux pays de la vague 2004, ils ne seront pas accueillis par une procédure en déficit excessif initiée par la Commission européenne. Dès juin 2004, une bonne moitié des pays entrés dans l'UE au 1er mai 2004 avaient été jugés irrespectueux du pacte de stabilité et de croissance.
Mais il faut bien dissocier la situation des anciens Etats membres de celle des nouveaux. La Commission européenne prévoit pour les nouveaux Etats membres des délais relativement importants pour assainir leurs finances publiques. Cela est tout à fait justifié. D'une part,! ces pays ont un besoin important d'infrastructures, qui sont coûteuses. D'autre part, ces pays améliorent progressivement la collecte des impôts. Enfin, ce sont des pays relativement pauvres pour lesquels les recettes fiscales moins importantes que pour les pays riches.
Il y a un autre phénomène qui doit être pris en compte pour les pays de l'est de l'Europe : leur croissance économique est plus volatile que ne l'est celle des anciens Etats membres. Dès lors, à cause de cette volatilité de l'activité, il y a dans ces pays une forte instabilité, imprévisibilité des recettes et des dépenses, qui peuvent aboutir à ce que le budget annoncé ne soit pas du tout le budget réalisé.
La croissance actuelle de la Roumanie est de l'ordre de 8 %, tandis que celle de la Bulgarie est plus proche de 5 %, en rythme annuel.
MrPikeBishop : Combien de temps prédit-on pour ces deux pays pour combler leur retard économique ?
Jérô! me Creel : Je vais faire une prédiction tout à fait incert! aine : on peut imaginer qu'au rythme actuel, il va falloir à ces deux pays entre quinze et vingt années pour rattraper les pays européens.
Brusselscalling : A-t-on déjà chiffré les coûts réels des transferts pour soutenir l'intégration de ces pays ?
Jérôme Creel : C'est une question tout à fait intéressante. Il y a des statistiques européennes indiquant le montant des transferts qui ont été effectués vers ces pays depuis qu'ils sont en relation avec l'UE. Le fait de vouloir accéder à l'UE donne droit à un certain nombre de fonds, notamment le programme Phare, qui vise à une amélioration de la situation économique de ces pays et à l'amélioration de leur capacité à adopter l'acquis communautaire.
Je n'ai pas de chiffres précis à donner. Ce qu'il faut imaginer, c'est que les montants en jeu sont inscrits dans le budget européen, et que ce budget européen, équilibré, est minime puisqu'il s'établit à 1 % du PNB européen. Et ! que dans ce 1% du PNB européen, 80 % des dépenses vont aux pays qui appartiennent à l'UE, et à peine 5 % à la politique dite extérieure de l'UE dans laquelle s'inscrit notamment le programme Phare.
Les programmes de transfert vers la Roumanie et la Bulgarie avant leur entrée dans l'UE sont donc très faibles au regard du PNB européen. Ce sont des montants très importants pour les pays qui les reçoivent.
Je crois qu'il est important de rappeler que le principe qui a prévalu à la construction européenne a été celui de la solidarité entre les Etats membres. Cette solidarité a forcément un coût, il me semble que celui-ci est minime. La solidarité a surtout un avantage : celui de produire de la stabilité politique, géopolitique et économique.
Chat modéré par Constance Baudry et Edouard Pflimlin
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