L’Europe
<http://www.cyberpresse.ca/article/20070316/CPACTUALITES/70315278&SearchID=7
3275216842847> menace Ottawa d’une guerre de visas
 <mailto:[EMAIL PROTECTED]> Gilles Toupin
La Presse

Les Canadiens risquent dans un avenir rapproché de devoir se procurer un
visa pour visiter la France, l’Angleterre ou n’importe lequel des 25 autres
pays de l’Union européenne, si Ottawa ne renonce pas à exiger un visa pour
les visiteurs de huit nouveaux pays membres de l’UE.

Cette menace «a bel et bien été transmise aux autorités canadiennes», a
confirmé à La Presse hier un haut responsable à la délégation de l’Union
européenne à Ottawa.

L’entrée de 12 nouveaux pays dans l’Union européenne depuis 1er mai 2004 est
devenue une pomme de discorde depuis près de quatre ans entre l’Union et le
Canada sur la question des visas. Avant cette date, Ottawa observait le
principe de la réciprocité avec les membres de l’UE et dispensait d’un visa
ses visiteurs pour entrer au pays.

En mai 2004, Chypre, la République tchèque, l’Estonie, la Hongrie, la
Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie se
sont joints à l’UE. Le 1er janvier dernier, la Bulgarie et la Roumanie ont
fait de même. Or, les pays de ce groupe qui exigeaient des visas des
visiteurs canadiens ont cessé de le faire, se conformant ainsi à la
politique commune des visas de l’Union européenne.

Certains pays, comme la Lituanie, n’ont même pas attendu cette date pour
cesser d’exiger le visa aux visiteurs canadiens. «En 1996, le gouvernement
de Lituanie a aboli l’exigence de visas pour les Canadiens, affirme
l’ambassadrice de Lituanie à Ottawa, Siguté Jakstonyté. Tous les Canadiens
sont bienvenus dans notre pays.»

Le Canada, lui, n’en a pas moins continué d’exiger, après 2004, des visas
pour 10 de ces pays, soit pour la République tchèque, la Lettonie, la
Lituanie, la Pologne, la Slovaquie, la Slovénie, la Hongrie, l’Estonie, la
Bulgarie et la Roumanie. Après examen de l’ensemble du dossier, Ottawa a
dispensé en cours de route les Hongrois (en 2005) et les Estoniens (en
septembre dernier) de visas.

Mais ces concessions sont loin de satisfaire l’Union européenne. Dans un
document d’information à l’intention du ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration, obtenu par La Presse en vertu de la Loi sur l’accès à
l’information et daté de novembre 2006, il est écrit en toute lettre que «la
Commission européenne et les nouveaux pays membres continuent à faire
pression sur le Canada pour qu’il renonce à exiger le visa et pourraient lui
imposer des sanctions, en vertu desquelles les diplomates canadiens et les
autres titulaires de passeports officiels du Canada pourraient se voir tenus
d’obtenir un visa pour entrer dans tout pays de l’Union européenne».

Officiellement, le gouvernement Harper a affirmé à l’UE qu’il s’engageait à
lever l’exigence de posséder un visa pour les États ciblés dès que ces États
«répondront aux critères établis par le Canada en matière de dispense de
visa».

Dans les faits, les négociations piétinent. «Je dois dire à propos de ces
négociations sur les visas, affirme l’ambassadrice Jakstonyté, que nous en
sommes plus ou moins au point où nous étions il y a quatre ans, au début des
pourparlers. J’ai été personnellement impliquée dans le processus pendant
plus de quatre ans et je dois dire qu’il n’y a pas eu de réels progrès.»

À la délégation de l’Union européenne à Ottawa, le haut responsable souligne
que l’UE garde encore espoir de régler le différend. «D’autres négociations
ont eu lieu ces derniers jours et la cible du 4 juin 2007 a été arrêtée pour
un règlement du problème. Ce jour-là, le premier ministre Stephen Harper
doit rencontrer en Allemagne le président de la Commission européenne, le
premier ministre portugais José Manuel Barroso.»

Le diplomate a cependant refusé de dire si, en cas d’échec de la rencontre,
les sanctions envisagées par l’Union européenne contre le Canada
s’appliqueraient immédiatement. «Les pays concernés, a-t-il ajouté, sont
très en colère et ne comprennent pas pourquoi ils sont traités de la sorte.»

Au ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration, un porte-parole a
précisé à La Presse hier que «la politique canadienne en matière de visa
n’est pas fondée sur la réciprocité ; elle repose sur la nécessité de
protéger la santé et la sécurité des Canadiens et de gérer l’accès au
Canada. Les dispenses de visa ne sont pas consenties en fonction de
l’affiliation à des organisations politiques ou militaires comme l’UE ou
l’OTAN. Le Canada a examiné individuellement la situation de chacun des
nouveaux États membres pour déterminer si une dispense du visa pouvait être
accordée».

En novembre dernier, le vice-président de la Commission européenne,
l’Italien Franco Frattini, est venu à Ottawa pour discuter du problème avec
le gouvernement. Lors d’une rencontre avec les ambassadeurs de l’UE en poste
dans la capitale fédérale, on a reproché au Canada d’invoquer pêle-mêle,
pour justifier son refus de dispenser certains États de visas, l’importance
de la corruption, de la fraude documentaire, du crime organisé et du risque
d’un afflux de Roms au Canada.

Ottawa a également justifié son intransigeance, selon les Européens, par la
contrainte d’une coordination croissante de leurs politiques d’immigration
et d’asile avec les États-Unis.

Le vice-président Frattini a également fait part aux ambassadeurs de l’UE au
Canada que l’Union européenne «ne pouvait tolérer la persistance d’un
traitement inégalitaire des citoyens de l’Union européenne».

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