> Subject: Le Temps/ despre implicarea lui Ion Iliescu in evenimentele din > Dec89 si iunie90 > > >> *LE TEMPS,* >> (Geneva, Elvetia) >> >> Mardi 24 avril 2007* >> Suspension du président en Roumanie: le deuxième putsch d'Ion Iliescu* >> >> /*La crise politique qui ronge la Roumanie depuis l'élection >> présidentielle de 2004 s'intensifie avec l'éviction du président par un >> parlement aux pouvoirs exorbitants, directement hérités du régime >> communiste. */ >> >> Gérard Delaloye, Historien, journaliste, résidant à Bucarest . >> >> La décision du parlement roumain de suspendre le président Traian >> Basescu de ses fonctions vient de donner un coup d'accélérateur à la >> crise politique qui ronge le pays depuis la dernière élection >> présidentielle de décembre 2004. Le 20 mai prochain, les électeurs >> confirmeront ou non cette décision par un vote référendaire prévu par la >> constitution. En l'état actuel, il est probable qu'ils apporteront un >> soutien massif à un président très populaire, populiste même, fort >> habile dans l'art de se donner le beau rôle face à une classe politique >> décriée. Capitaine de la marine marchande sous le régime Ceausescu, >> Basescu (56 ans) s'est lancé dans la politique dès le lendemain de la >> prétendue Révolution de 1989. Ministre des transports, il rompt >> rapidement avec le «néocommunisme» du président Ion Iliescu, le nouvel >> homme fort. La victoire de l'opposition en 1996 le ramène au Ministère >> des transports pour quatre ans. En juin 2000, Basescu réussit un grand >> coup politique en raflant la mairie de Bucarest. Mais Ion Iliescu gagne >> les législatives et la présidentielle quelques mois plus tard. Ce n'est >> qu'en décembre 2004 que Basescu, à la tête d'une coalition réunissant >> son Parti Démocrate (alors membre de l'Internationale socialiste!) et le >> Parti National Libéral, remporte de justesse l'élection présidentielle. >> Ce succès, il le doit à un vaste réflexe du type «Tout sauf Iliescu et >> sa bande de corrompus» plus qu'à une adhésion programmatique. En effet, >> les réalisations du Basescu maire de la capitale sont aussi évanescentes >> que celles du Basescu ministre des Transports. Mais l'homme est >> sympathique, souriant, primesautier. Son franc-parler goguenard réjouit >> une population assourdie par un demi-siècle de langue de bois. Pendant >> des mois, son taux de popularité flirte avec des sommets dignes du >> Mont-Blanc. Mais ce tableau idyllique repose sur de profonds >> malentendus. Le plus grave est l'absence d'une majorité parlementaire. >> C'est en effet le Parti social-démocrate d'Iliescu qui a gagné les >> législatives. Pour gouverner, Basescu et sa coalition démocrate-libérale >> ont dû composer avec deux petits partis noyautés jusqu'à l'os par des >> apparatchiks de l'époque Ceausescu. Pis même, l'alliance entre >> démocrates et libéraux ne reposait au départ sur aucune convergence >> concrète autre que la conquête du pouvoir. Les démocrates sont issus >> d'une couche d'apparatchiks provinciaux relookés en réformistes, mais >> attentifs à leurs intérêts de caste. Les libéraux jouent quant à eux la >> carte du capital mondialisé et représentent les intérêts de certains >> groupes transnationaux qui s'intéressent aux richesses naturelles du >> pays et tentent de relancer ses industries de transformation. Mittal >> s'est intéressé à la sidérurgie roumaine bien avant de tourner ses >> regards vers Arcelor. Quant à l'appareil d'Etat, il est toujours, à tous >> ses échelons, très largement sous la coupe du PSD, désormais dirigé par >> Mircea Geoana. Tel un funambule se déplaçant sur un câble tiraillé de >> tous côtés, Traian Basescu aura donc tenu pendant un peu plus de deux >> ans. Mais cette fois-ci avec un actif non négligeable. La finalisation >> de la négociation européenne avec l'entrée du pays dans l'UE en janvier >> dernier a été accompagnée par d'importantes mesures contre la >> corruption, par la création d'une agence pour l'intégrité destinée à >> vérifier le cursus des élus et hauts fonctionnaires, par la publication >> d'un important rapport sur le passé communiste du pays, par la >> nomination à des postes clés de personnalités intègres, par une reprise >> en main de l'appareil judiciaire. Paradoxalement, c'est l'entrée de la >> Roumanie dans l'UE qui exacerba les oppositions anti-Basescu comme si, >> soudainement libérées, les énergies balkanico-orientales pouvaient enfin >> donner libre cours à leurs pulsions. Janvier était à peine commencé >> qu'une proche du président accusait le premier ministre de favoritisme >> pour avoir demandé à Basescu de freiner une enquête ouverte contre le >> roi du pétrole, Dinu Patriciu, un oligarque accusé d'escroquerie et >> fraude fiscale. Dix jours plus tard, le PSD annonçait le lancement de la >> procédure d'impeachment. Le journal Cotidianul a raconté en détail le >> cheminement de ce projet. *C'est l'ancien président Ion Iliescu qui en a >> eu l'idée. Iliescu, on le sait désormais grâce aux archives soviétiques, >> réussit en décembre 1989 à camoufler un vulgaire putsch en révolution >> démocratique. Maître incontesté du pays de 1989 à 2004, il n'aurait >> jamais imaginé devoir un jour rendre pénalement compte de son action. Or >> en novembre dernier, comme la justice le serrait d'un peu trop près pour >> son rôle dans les fameuses «minériades» (mise à sac de la capitale par >> des ouvriers amenés de la province ayant provoqué des dizaines de morts >> en 1990 et 1991), il décide de réagir et aurait, selon Cotidianul, >> convaincu ses successeurs à la tête du PSD de jouer à fond la >> destitution. *De prime abord réticent en raison de la minceur du >> dossier, Mircea Geoana se serait laissé convaincre et aurait ensuite >> entraîné les nombreux ennemis du chef de l'Etat. Le réquisitoire pour >> «violation de la Constitution» fut dressé par une commission ad hoc et >> soumis pour avis à la Cour constitutionnelle. Cet avis, négatif, fut >> délibérément ignoré par des députés imbus de leur pouvoir qui, le 19 >> avril, votèrent l'impeachment à trois contre un. Pour la deuxième fois, >> Ion Iliescu, devenu sénateur, avait déboulonné un président roumain. >> Au-delà de ces péripéties chaotiques, fumeuses, byzantines de la vie >> politique d'une démocratie qui tente vaille que vaille de croître en un >> terrain infertile encore pourri par les scories de la dictature se pose >> pour la Roumanie (et au-delà pour l'Ukraine qui connaît une crise >> similaire) la question constitutionnelle. En 1990, le putschiste Iliescu >> s'est taillé une constitution à la mesure de son ambition en s'inspirant >> de la France, où le président pense et le premier ministre exécute. Mais >> cela ne marche qu'à la condition que le premier ministre soit à la botte >> du président. En Roumanie, ce fut le cas pendant la première législature >> de la nouvelle République (1992-1996), quand le pays fut dirigé par le >> tandem Iliescu-Vacaroiu. Ensuite les choses se compliquèrent, mettant en >> évidence une carence fondamentale, l'absence de répartition claire et >> nette des pouvoirs entre les deux têtes de l'exécutif. Même dans une >> démocratie vieille et policée comme la France, instaurer la cohabitation >> ne fut pas une mince affaire. On se souvient des tensions qui marquèrent >> l'arrivée du gouvernement Chirac sous la présidence Mitterrand en mars >> 1986. La classe politique roumaine n'ayant pas encore atteint ce degré >> de maturité, elle ne pourra s'épargner une révision drastique de la >> constitution sauf à plonger le pays dans l'anarchie ou la dictature. Par >> ailleurs, la crise actuelle repose aussi sur les pouvoirs exorbitants >> des parlementaires, députés et sénateurs. Le système électoral, >> directement inspiré du régime communiste, est basé sur le scrutin de >> liste à la proportionnelle où les élus sont désignés par les partis, non >> par les électeurs. En quinze ans s'est ainsi créée une autocratie >> parlementaire obéissant à ses propres intérêts quand elle ne sert pas >> servilement ceux des oligarques, ses commanditaires. Le seul rayon de >> soleil dans cet affligeant tableau est la bonne tenue de l'économie >> grâce à la mondialisation, qui impose ses propres exigences au-delà des >> vicissitudes politiques locales. La croissance est toujours soutenue, la >> monnaie se renforce, les investisseurs étrangers rassurés par la caution >> européenne ne boudent pas. Les crédits de soutien accordés par l'UE, >> même s'ils ne seront pas à la hauteur des 32 milliards d'euros sur six >> ans prévus, apporteront de toute manière un immense ballon d'oxygène. >> Cerise sur le gâteau, le pouvoir d'achat de la classe moyenne est lui >> aussi à la hausse: à peine ouverte, la succursale IKEA de Bucarest a été >> proprement dévalisée en quelques jours par une clientèle pressée de >> rejoindre les standards occidentaux. C'est dire que les gens suivent >> d'un oeil distrait, voire dégoûté, des vicissitudes politiques dont ils >> perçoivent peu l'enjeu." >> ----------- >> >

