Un articol frumos aparut astazi in "Le Point".
 
----------------------------
 
Vali
"Noble blood is an accident of fortune; noble actions are the chief mark of
greatness." (Carlo Goldoni)

"When the power of love overcomes the love of power, the world will know
peace." (Jimi Hendrix)

 

http://www.lepoint.fr/content/festival_cannes/article.html?id=185078

Lundi 28 mai 2007


Deux ou trois choses sur la palme d'or décernée à "4 mois, 3 semaines et 2
jours"


28/05/2007 - François-Guillaume Lorrain - © 

Sur le film : Il y a quelques jours, Jean Labadie, le distributeur français
de 4 mois, 3 semaines et 2 jours, nous avoua qu’à la réception de la
cassette, en mars, il avait tardé à la visionner. Le sujet ne l’emballait
guère : un avortement clandestin, dans une chambre d’hôtel, à Lasi, en
Roumanie, en 1987. Qui voudrait aller voir cela ? Et puis il avait fait son
métier, avait allumé son magnétoscope, et il avait été cloué sur place par
ce qu’il voyait. Comme allaient l’être tous les premiers spectateurs à
Cannes. 

De la première à la dernière image, au fil de ces longues séquences
constituées à chaque fois d’un seul plan, on est pris, happé. Ce qui
pourrait être glauque, sordide, est transcendé par le cinéma. 

On est marqué par la détresse désarmée de la jeune fille enceinte. Par
l’énergie débridée mais impuissante de son amie, qui tente de lui venir en
aide. Par la solidarité entre ces deux amies luttant, isolées, contre un
régime qui veut les empêcher de choisir librement. Par le cynisme du médecin
avorteur qui profite de la situation, avant d’effectuer son travail
froidement, mais efficacement. Par le climat de surveillance permanente,
propre au régime de Ceaucescu, qui étouffe cette jeune génération étudiante.
Par le réalisme - Christian Mungiu a suivi très précisément une histoire
qu’on lui avait raconté en 1992 -, qui imprègne chaque scène, où l’on croise
tous les éléments de cette époque. 

Cannes a toujours aimé ces films qui allient - voir les frères Dardenne dont
Mungiu pourrait être le cousin roumain - la tension d’un thriller à une mise
en scène parfaitement maîtrisée. 4 mois est la seule révélation de ce
Festival. On en a parlé dès le premier jour et ses images ne nous ont pas
quitté. Voilà une palme, du coeur et de l’esprit, amplement méritée, qui
confirme la montée en puissance du cinéma roumain : en 2005, Cristi Puiu
remportait le prix Un certain regard avec La Mort de Dante Lazarescu, l’an
dernier, la Caméra d’or était attribuée à Corneliu Porumboiu (12h08 à l’est
de Bucarest).

Sur Christian Mungiu : A trente-neuf ans, il appartient à cette génération,
dont l’adolescence s’est écoulée à l’ombre des dernières années du régime
Ceaucescu. Journaliste à l’âge de vingt ans, il a fait ses classes dans une
école de cinéma avant de devenir l’assistant de Bertrand Tavernier (Le
Capitaine Conan, 1995) de Radu Mihalainu (Train de vie, 1998) et de
cinéastes américains venus tourner en Roumanie. Il dit appartenir à cette
génération du baby-boom roumain, née après la mise hors-la-loi de
l’avortement, en 1964. « Dans ma classe, nous étions six ou sept à nous
appeler Christian. J’ai entrepris des études médicales, mais pour un seul
poste, cent étudiants se portaient candidats. » L’ambition de Mungiu était
de faire le portrait d’une génération. Il songeait à une comédie, mais pour
rappeler à la nouvelle génération ce que furent vraiment les années
Ceaucescu, il a pris la direction du drame.

Voir ici "Mon Cannes à moi..."
<http://www.lepoint.fr/content/festival_cannes/article?id=184228>  raconté
par le cinéaste que nous avons interviewé il y a quelques jours.

Sur le sujet : L’avortement fut un vrai cataclysme en Roumanie. Illégaux
sous Ceaucescu, ils auraient provoqué la mort de 500 000 femmes. Rien qu’en
1990, après leur légalisation, un million d’avortements - sur une population
de vingt millions d’habitants - auraient été pratiqués. En bon catholique,
Mungiu s’interroge en filigrane sur l’aide qu’on peut apporter à son
prochain. Là où il devrait y avoir rapprochement, dialogue, il n’y a plus
que silence, séparation et souffrance entre les deux amies.

Sur l’actrice, Annamaria Marinca : « Elle avait joué dans une série
anglaise, Sex Traffic, elle était une sorte de star en Roumanie, mais elle
n’était pas mon premier choix. A dix jours du tournage, je n’avais trouvé
personne. Je l’ai donc fait venir de Londres. Payer un billet d’avion pour
nous, c’était déjà beaucoup. Je l’ai vue dans un café et je me suis dit que
c’était fichu, que j’avais payé pour rien. Elle n’était pas du tout le
personnage. Et puis le lendemain, elle est arrivée aux essais, ce n’était
plus la même personne. »

Raspunde prin e-mail lui