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"Les enfants ne sont pas des petits adultes": Vers une stratégie européenne
sur les droits de l'enfant


Par Babelstrasbourg le mercredi, mars 12 2008, 11:30 -
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L'Europe en construction -
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Par Lena Morel



Strasbourg, Parlement européen



Les années en « 9 » sont riches en avancées pour les droits de l’enfant. 
1959: La Charte des droits de l’enfant est adoptée à l’unanimité par l’ONU.
1979 : Année internationale de l'enfance. 
1989 : Adoption à l'ONU de la Convention Internationale des droits de
l'enfant.
L’Union européenne cherche-t-elle à faire de 2009 un nouveau symbole en la
matière ?

A l’heure où le Parlement européen prépare une session plénière où la
question de la « femme » sera l’un des thèmes majeurs, il n’est pas sans
intérêt de revenir sur la session parlementaire de janvier 2008 à Strasbourg
lors de laquelle la députée européenne Roberta Angelilli (UEN, Italie, pour
la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires
intérieures) et Mme Panayotopoulos-Cassiotou (PPE-DE, Grèce, pour la
commission des droits de la femmes et l’égalité des chances) présentaient le
rapport sur la stratégie européenne sur les droits de l’enfant
(2007/2093(INI)). Adopté par la majorité des députés européens, le rapport
demande la création d’une ligne budgétaire spécifique pour le financement
des travaux que requiert la future stratégie.

La question ne date toutefois pas d’aujourd’hui puisqu’en juillet 2006, une
<http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/site/en/com/2006/com2006_0367en01.pdf>
communication annonçait le travail à venir de la Commission européenne à ce
sujet ainsi que les objectifs fixés pour 2006-2007, dont quasiment aucun n’a
été honoré.

Quand l’Union européenne se saisit de la question des Droits de l’enfant

La protection des droits de l’enfant trouve sa première base juridique
européenne dans le traité de Lisbonne et dans la Charte des droits
fondamentaux : « L’Union combat (…) les discriminations, et promeut (…) la
protection des droits de l’enfant », et il est précisé que « dans ses
relations avec le reste du monde, l’Union (…) contribue à la protection des
droits de l’Homme, en particulier ceux de l’enfant » (art. 3 Traité de
Lisbonne).

« Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu’ils soient accomplis par des
autorités publiques ou des institutions privées, l’intérêt supérieur de
l’enfant doit être une considération primordiale » (art. 24 Charte des
droits fondamentaux).

Mme Angelilli soulignait en janvier dernier la nécessité de protéger les
enfants « dans tous les aspects des politiques européennes ». L’objectif est
double : garantir d’une part la participation des enfants dans les décisions
qui les regardent et plus globalement, avoir un mainstream sur le droit des
enfants à travers toute l’Europe. La plus-value de ce rapport réside dans la
volonté proclamer d’inscrire des droits positifs de l’enfant dans le droit
communautaire : le droit à une identité propre, le droit de grandir dans des
conditions de sécurité, le droit à l’affection, le droit à une famille, le
droit d’être aimé et de jouer, le droit à la santé, à l’instruction, à
l’intégration sociale, à l’égalité des chances, au sport et à un
environnement propre et protégé, le droit d’obtenir des informations sur ces
sujets. Des domaines de « droits » dont l’hétérogénéité reflète le contenu
du document présenté lors de la session plénière du Parlement européen.
Domaine public, domaine privé, le document ressemble plus au résumé d’un
brainstorming qu’au raisonnement construit d’une méthode de réflexion
systématisée.

En répondant par ce rapport à la communication de la Commission européenne,
le Parlement européen souligne qu’il ne s’agit pas de se contenter d’un état
de fait, de constatations sur les dangers auxquels sont exposés les enfants,
mais bien de transformer l’observation de cas particuliers en Droit.

Faire accepter l’universalité des droits de l’enfant

Le rapport d’Angelica Angelili constitue une « feuille de route sur les
droits de l’enfant pour avoir de meilleurs effets » allant au-delà des
éléments contenus dans la communication de la Commission européenne. La
Hongroise Kinga Gal (PPE-DE) rappelait que les enfants sont aussi victimes
de la pauvreté et des discriminations, tandis que la socialiste Inger
Segelström (PSE, Suède) soulignait la responsabilité des Etats dans la lutte
contre le trafic d’humain et donc d’enfants. La protection des droits des
enfants est « la base de la société de demain », concluait l’Estonienne
Siiri Oviir (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe). Le
point fort de la présentation du rapport s’articule néanmoins autour du
constat du développement et de la croissance de la pédopornographie.

Pierre de touche du rapport : faire accepter l’universalité des droits de
l’enfant. Et selon les intervenantes, cette démarche doit être le fruit des
Européens : « Il faut faire les « bonnes » choses en tant qu’Européen »,
dira l’une des rapporteurs lors de la conférence de presse. La
reconnaissance du droit des enfants éviterait les « déboires tels que ceux
que l’on a connu au Tchad dans l’affaire de l’Arche de Zoé ». La
reconnaissance de son universalité par les États, des obligations qui leur
incombent en matière de droits de l’enfant, permettraient à la Commission
européenne de disposer d’une base particulièrement solide pour la conclusion
d’engagements avec des pays tiers – une condition que l’on ne trouve pas
nécessairement dans tous les dossiers touchant aux droits de l’homme.

On aura regretté une chose : lorsqu’on parle d’enfants, ce sont les femmes
qui s’y collent. La justification de la représentante de la Commission des
droits de la femme et de l’égalité des genres Mme Panayatopoulos est on ne
peut plus hasardeuse: « ce sont les femmes qui mettent les enfants au monde
et personne n’ignore que les filles sont particulièrement exposées aux
dangers »

Au détriment du Conseil de l’Europe ?

La stratégie européenne sur les droits de l’enfant met néanmoins le doigt
sur une question épineuse : celle de l’interférence quasi systématique entre
l’Union européenne et le Conseil de l’Europe sur ce type de problématiques.
Ce n’est pas sans raison que Mme
<http://strasbourg.cafebabel.com/fr/post/2008/03/12/(http://www.europarl.eur
opa.eu/hearings/20070417/libe/summary_en.pdf)> Verena Taylor, représentante
du Conseil de l’Europe, a déclaré lors de l’audition publique du 17 avril
2007 organisée par le Parlement européen: « We would like very much to see
the European Union become party to suitable Conventions, thus reinforcing
our political and practical cooperation in this context, and giving extra
impetus to their ratification members »

Ce à quoi le rapport du Parlement européen ‘Vers une stratégie européenne
sur les droits de l’enfant’ répond : « Il y a lieu de s’interroger sur
l’opportunité de devenir partie à diverses Convention du Conseil de
l’Europe. Ainsi il faut explorer la possibilité pour la Communauté et/ou
l’Union européenne(s) d’adhérer par exemple, à terme, aux Conventions sur la
cybercriminalité, sur l’exercice des droits des enfants, sur l’adoption ou
sur l’exploitation sexuelle ». Si on ne peut que se réjouir de cette prise
de conscience par les commissions du Parlement européen engagées dans la
question, comment se peut-il que ce type de collaboration fasse encore
l’objet d’interrogations ?

Les propositions faites par le document présenté par Mme Angelilli
rejoignent en de nombreux points les campagnes et commissions initiées par
le Conseil de l’Europe. Que ces problématiques soient reprises par l’Union
européenne n’est pas condamnable en soi. Mais est-ce réellement productif ?
Si on ne peut guère parler de « concurrence » entre les institutions et
organisations européennes dans ce cas, le Conseil de l’Europe a toujours
fait figure d’initiatrice et de précurseur en ce qui concerne les thèmes
humains, sociaux et sociétaux qui s’inscrivent dans une dimension
paneuropéenne. Et en matière de politique de jeunesse et de l’enfant, le
Conseil de l’Europe a justement nombre d’initiatives et de travaux
conséquents à son actif. Dernière expression de cette force du Conseil de
l’Europe est le sommet Afrique-Europe de la jeunesse organisé à Lisbonne au
début du mois de décembre 2007 qui s’est affirmé comme un pendant au Sommet
UE-Afrique.

Lorsque les enjeux dépassent ceux de l' « Union européenne »,
lorsqu’elle-même parle de l’« universalité » de sa démarche, ne serait-il
pas enfin temps d’en finir avec cet éloignement entre UE et Conseil de
l’Europe et de considérer pleinement le travail de ce dernier comme celui
d’un laboratoire de réflexion et d’initiative paneuropéen ?

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