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Ratko Mladic : la haine en héritage


L'ancien commandant des forces serbes lors du massacre de Srebrenica a été 
reconnu coupable et condamné à la perpétuité. Retour sur un parcours sinistre.


Par Yves Cornu 
<http://www.lepoint.fr/monde/ratko-mladic-la-haine-en-heritage-21-11-2017-2173997_24.php?&m_i=%2B9RXXk1_Gg7pbhno3hl2zNqTShkaJrKCzEJ_Fh_LVnStJoc8Gcxwn265E5U20GwNRp22GiTu6kWjcWM8bRdeDaVIvAP%2B%2BN&boc=1094726&M_BT=537955709953>
  

Modifié le 22/11/2017 à 12:06 - Publié le 21/11/2017 à 13:27 | Le Point.fr 

 

L'ancien commandant des forces serbes en Bosnie, le 5 décembre 2016, au 
Trinunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, à La Haye aux Pays-Bas.  © 
AP/SIPA / TP

Ratko Mladic <http://www.lepoint.fr/tags/ratko-mladic>  a ce qui s'appelle la 
gueule de l'emploi. Silhouette trapue, cou de taureau et masque renfrogné que 
surmontait, du temps de sa splendeur, un étrange calot, celui-là même que 
portait la résistance nationaliste serbe du mouvement tchetnik durant la 
Seconde Guerre mondiale. La Yougoslavie 
<http://www.lepoint.fr/tags/yougoslavie>  de Tito eût-elle survécu à la 
disparition du maréchal-président, Mladic aurait poursuivi une honnête carrière 
d'officier supérieur et anonyme.

Mais l'explosion du pays en 1991 et la folie nationaliste qui embrasa ses 
élites allaient réveiller chez lui de vieilles blessures. Commandant en chef 
des forces serbes durant la guerre en Bosnie-Herzégovine 
<http://www.lepoint.fr/tags/bosnie-herzegovine> , il est notamment responsable 
du siège de Sarajevo qui fit plus de 10 000 morts entre avril 1992 et novembre 
1995, et du massacre planifié de quelque 7 000 civils musulmans à Srebrenica.

Cette négation de l'autre, il l'a contractée au biberon. Né en 1943 à 
Bozinovici, village de l'est de la Bosnie, il ne connaîtra jamais son père, un 
combattant tchetnik tué par les Oustachis, qui sont alors à la Croatie 
<http://www.lepoint.fr/tags/croatie>  indépendante ce que les nazis sont au 
Reich allemand. Dès lors, il sera élevé dans la haine des Croates, mais aussi 
des musulmans dont beaucoup étaient des supplétifs de l'Oustacha.

Tirez sans arrêt, il faut les rendre fous. 

Formaté par une scolarité dans un établissement militaire puis à l'académie de 
Belgrade, Mladic devient un officier bien noté : brutal, sanguin, mais 
charismatique et très apprécié de ses hommes. Ce n'est que lorsque la 
Fédération yougoslave explose que se révèle sa part d'ombre. Au début de la 
guerre en Bosnie, il forme avec Radovan Karadzic 
<http://www.lepoint.fr/tags/radovan-karadzic>  un tandem infernal : le 
psychiatre halluciné théorise la Grande Serbie, le militaire la met en œuvre à 
coups de canon. Restée célèbre, l'interception d'une communication avec ses 
artilleurs postés sur les hauteurs de Sarajevo en dit long sur sa rage 
destructrice : « Tirez sans arrêt, il faut les rendre fous. »

 
<http://www.lepoint.fr/images/2017/11/21/11369103lpw-11394545-ap21514600000004-jpg_4785308.jpg>
 Radovan Karazdic et Ratko Mladic sur le front pendant la guerre de Bosnie le 
15 avril 1995.  © Sava Radovanovic/AP/SIPA 

 

La complicité entre les deux hommes ne résiste pas au choc des ego. Mladic n'en 
poursuit pas moins sa croisade contre les musulmans, oubliant au passage que 
ceux qu'il appelle « les Turcs » sont pour la plupart des Serbes convertis de 
gré ou de force à l'islam durant l'occupation ottomane. Elle culmine en juillet 
1995 avec l'élimination de tous les hommes de l'enclave de Srebrenica.


Clandestinité


Cet ultime bain de sang lui vaut une inculpation pour génocide par le Tribunal 
pénal international pour l'ex-Yougolsavie, dont il a été reconnu coupable le 22 
novembre 2017. Encore quelques rodomontades devant les caméras de télévision et 
il plonge dans une clandestinité au cours de laquelle il pourra toujours 
compter sur une poignée de soldats prêts à se faire tuer pour lui, et un 
pouvoir politique longtemps complice. Il est d'abord signalé dans la base de 
Han Pijesak, une citadelle enterrée dans les montagnes de Bosnie, puis à 
Belgrade, où on le voit parfois au restaurant ou au stade, avant de disparaître 
pour de bon en 2000, de peur de subir le sort de Slobodan Milosevic, arrêté 
puis déféré à La Haye par les autorités serbes, puis de Radovan Karadzic, qui a 
subi le même sort il y a sept ans.

Depuis, Ratko Mladic n'avait plus été aperçu en public ; pas même au cimetière 
de Belgrade où, auparavant, il venait régulièrement se recueillir sur la tombe 
de sa fille Ana qui s'est suicidée en 1994. Selon des proches, elle ne pouvait 
plus supporter que tant de violences soient devenues indissociables du nom 
qu'elle portait.


Une haine intacte


Les années passant, la chaîne de solidarité qui protège le fugitif commence à 
se distendre. D'autant que les nouvelles autorités serbes, soucieuses de solder 
les années Milosevic et sensibles aux promesses d'intégration européenne, 
offrent 10 millions d'euros pour tout renseignement permettant son arrestation. 
C'est effectivement sur dénonciation qu'il est finalement interpellé, en 2011, 
en Voïvodine, dans le nord de la Serbie.

L'épilogue a pour cadre le Tribunal pénal international de La Haye, aux 
Pays-Bas. Au terme d'années d'instruction puis de procès, c'est un vieillard de 
74 ans, à la santé chancelante mais à la haine intacte, qui a accueilli sa 
condamnation à la prison à perpétuité pour génocide. Sans remords ni regrets.

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