Kosovo: une Cour spéciale va enfin juger les crimes de la guérilla albanaise
13 février 2018 Par Jean-Arnault Dérens <https://www.mediapart.fr/biographie/jean-arnault-derens> , Laurent Geslin <https://www.mediapart.fr/biographie/laurent-geslin> et Simon Rico Le Kosovo va fêter les dix ans de son indépendance, proclamée le 17 février 2008. Une redoutable épée de Damoclès pèse sur ses responsables politiques, issus de l’ancienne guérilla albanaise de l’UÇK. Une nouvelle Cour spéciale doit émettre ses premières inculpations et juger les crimes commis entre 1998 et 2000. * Kosovo, de nos envoyés spéciaux.- « La nouvelle Cour spéciale ? Nous n’en attendons rien. Nous avons déjà tout dit et tout expliqué. Personne n’a rien fait, ni les tribunaux du Kosovo ni le TPIY de La Haye. » L’homme qui parle ainsi, Negovan Marić, fut l’un des informateurs du député suisse Dick Marty, auteur en 2010 d’un retentissant rapport présenté devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe <http://assembly.coe.int/nw/xml/News/FeaturesManager-View-FR.asp?ID=964> (le rapport intégral peut être lu ici). Ce travail, à l'origine de cette nouvelle Cour spéciale, a permis de mettre au jour les agissements criminels de certains membres de la guérilla albanaise de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK). Placée sous l’autorité du système judiciaire du Kosovo mais délocalisée à La Haye et entièrement composée de juges et de procureurs internationaux, cette juridiction ad hoc réussira-t-elle là où le Tribunal pénal international (TPIY) a échoué ? Manifestation de vétérans de l'UCK en 2015 à Pristina. © Laurent Geslin Lire aussi * Kosovo: un rapport accuse l’UÇK de crimes de guerre et trafic d’organes <https://www.mediapart.fr/journal/international/070814/kosovo-un-rapport-accuse-l-uck-de-crimes-de-guerre-et-trafic-d-organes> Par Jean-Arnault Dérens <https://www.mediapart.fr/biographie/jean-arnault-derens> * Kosovo, un trou noir dans l'Europe (1) : sur la piste de trafics d'organes <https://www.mediapart.fr/journal/international/200712/kosovo-un-trou-noir-dans-leurope-1-sur-la-piste-de-trafics-dorganes> Par Jean-Arnault Dérens <https://www.mediapart.fr/biographie/jean-arnault-derens> * Kosovo, un trou noir dans l'Europe (2): la conquête sanglante de l’UÇK <https://www.mediapart.fr/journal/international/200712/kosovo-un-trou-noir-dans-leurope-2-la-conquete-sanglante-de-l-uck> Par Jean-Arnault Dérens <https://www.mediapart.fr/biographie/jean-arnault-derens> * Kosovo, un trou noir dans l'Europe (3/3): le rôle des services français <https://www.mediapart.fr/journal/international/200712/kosovo-un-trou-noir-dans-leurope-33-le-role-des-services-francais> Par Jean-Arnault Dérens <https://www.mediapart.fr/biographie/jean-arnault-derens> La justice internationale a déjà inculpé de hauts responsables civils et militaires serbes, auteurs de massacres et d’exactions contre la population albanaise du Kosovo. Mais pratiquement tous les procès intentés à d’anciens commandants de l’UÇK se sont effondrés, souvent à cause de la disparition des témoins, ou de leur rétractation. « Avec les Occidentaux, c’est toujours la même chanson : ils arrivent en affirmant que leurs prédécesseurs n’ont rien fait, et que ce sont eux qui vont enfin dévoiler la vérité, mais ensuite, rien ne vient », poursuit avec amertume Negovan Marić, qui préside la branche d’Orahovac du Comité des parents de Serbes kidnappés et disparus. L'homme a lui-même a perdu son frère, enlevé en 1999 en plein centre de cette petite ville du sud-ouest du Kosovo. Nichée dans des coteaux où l’on cultive la vigne depuis des siècles, Orahovac surplombe la plaine que les Serbes appellent Metohija et les Albanais Raffsh i Dukagjinit, en face des montagnes qui marquent la frontière avec l’Albanie. Jusqu’en 1999, les Serbes représentaient un quart des habitants de la commune, et vivaient plutôt en bonne intelligence avec leurs voisins albanais. La production du vin unissait les deux communautés, que reliait encore la commune pratique d’un dialecte local, l’orahovacki, à base slave mais truffé de termes arabes, turcs ou persans. Aujourd’hui, seuls trois cents Serbes vivent encore sur les hauteurs de la ville, regroupés autour de l'église orthodoxe, et un demi-millier dans le village voisin de Velika Hoča. Aucun n'est resté dans ceux d'Opteruša, Retimlje ou Zočište. Du 17 au 22 juillet 1998, alors que le Kosovo était encore placé sous l’autorité du régime de Belgrade, la ville d’Orahovac fut investie par l’UÇK. « Une centaine de personnes ont été tuées, pas seulement des Serbes, mais aussi des Albanais, des gens qui s’opposaient à la guérilla », assure Negovan Marić. Les enlèvements se sont poursuivis durant des mois. « Le premier kidnapping a eu lieu le 22 mai 1998, le dernier le 25 août 2000, plus d’un an après la fin des affrontements, un berger qui faisait paître ses chèvres. Durant la guerre, je conduisais les autocars qui amenaient les travailleurs au combinat viticole. Je roulais la peur au ventre, car la guérilla pouvait nous arrêter à tout moment sur la route reliant Velika Hoca à Orahovac. » Presque tous ces enlèvements sont précisément documentés. Le 17 juillet 1998, la famille Balošević, qui revenait de vacances au Monténégro, fut arrêtée par les guérilleros albanais qui venaient de prendre le contrôle de la ville – le père, la mère, leur fils, sa femme et un bébé de deux mois. Les deux hommes ont disparu, tandis que les femmes ont été détenues durant deux semaines dans une base de l’UÇK, située sur le territoire de la commune voisine de Malishevë, avant d’être relâchées. La mère est depuis décédée tandis que sa bru est partie aux États-Unis. « Vingt ans après les faits, les témoins vivants deviennent de plus en en plus rares », souligne Negovan Marić. « Durant ces jours d’enfer de juillet 1998, ce sont surtout des personnes âgées qui ont été enlevées. Les jeunes étaient partis pour l'été travailler dans les domaines viticoles du Monténégro et de Slovénie. » L’association qu’anime Negovan Marić collecte les témoignages permettant de documenter les crimes, un travail jamais complètement achevé. « Quand quelqu’un décède, il faut qu’il ait laissé un écrit expliquant qui a tué son frère, son fils, comment cela s’est passé. Nos listes ne sont pas complètes, car beaucoup de gens se sont enfuis après l’entrée des troupes de l’Otan au Kosovo, en juin 1999. Récemment encore, une famille s’est manifestée : nous ne savions pas que le mari avait été kidnappé, nous l’avons ajouté à notre liste. » Negovan Marić est un homme profondément meurtri, mais qui parle sans haine. « 1 650 personnes sont toujours portées disparues au Kosovo, dont 500 Serbes. La grande majorité des autres sont albanais et, pour leurs familles, je crois que c’est encore plus dur, si les kidnappeurs étaient albanais. À Orahovac, nous coopérons avec les Albanais qui recherchent les leurs. » -- You received this message because you are subscribed to the Google Groups "serbia" group. To unsubscribe from this group and stop receiving emails from it, send an email to [email protected]. To post to this group, send email to [email protected]. Visit this group at https://groups.google.com/group/serbia. For more options, visit https://groups.google.com/d/optout.
