JACQUES VERG�S 
"Milosevic a raison de r�cuser le TPI"

Pour le c�l�bre et sulfureux avocat fran�ais, le proc�s � venir de
l�ancien pr�sident yougoslave ne sera qu�une triste com�die. 

Interview
Robert Habel
8 juillet 2001

Il nous re�oit dans son h�tel particulier, � deux pas de l�avenue de
Clichy, � Paris. Sur tous les murs, des livres! Et partout, des
sculptures et des �uvres d�art, aussi bien europ�ennes qu�asiatiques et
africaines. Lors de la guerre d�Alg�rie, Me Jacques Verg�s d�fendait les
combattants du FLN en d�niant carr�ment aux tribunaux fran�ais le droit
de les juger. Ce qu�il a appel� "le proc�s de rupture". Aujourd�hui, il
consid�re que le Tribunal p�nal international (TPI), qui vient de
r�ceptionner l�ancien pr�sident yougoslave Slobodan Milosevic, n�est que
l�instrument politique des plus forts. Interview.

- Me Jacques Verg�s, accepteriez-vous de d�fendre Milosevic?
- Bien s�r! Mais l�attitude qu�il a adopt�e exclut la pr�sence d�un
avocat, puisqu�il ne reconna�t pas la comp�tence du tribunal. Donc il
n�a pas � r�pondre aux accusations port�es contre lui. Pour ma part, je
propose que les pays qui patronnent le TPI envoient des jur�s: que la
France, par exemple, envoie le g�n�ral Aussaresses; que les Am�ricains
envoient M. Kissinger, que les Belges envoient le commissaire de police
qui a fait dissoudre le corps de Lumumba dans une baignoire d�acide...
Ces gens sont tous tr�s qualifi�s pour juger des crimes contre
l�humanit�. Ce sont des experts.

- Le TPI est-il une imposture?
- Il suffit de lire les d�p�ches d�agence: on a livr� le colis et, en
�change, on a re�u 1 milliard de dollars. On ne peut �tre plus cynique.
On a d�truit un pays et on dit ensuite: "Livrez-nous votre chef et on
vous donnera de l�argent pour reconstruire une partie de ce que l�on a
d�truit." C�est une nouvelle conception de la morale internationale. Je
suis s�r que les Serbes, qu�ils soient pro ou anti-Milosevic, doivent se
sentir profond�ment humili�s. Ne sont-ils pas capables de juger
eux-m�mes leurs dirigeants?

- Pour Milosevic, tout est-il jou� d�avance?
- C�est �vident. On est dans la situation typique du proc�s de rupture:
l�accus� et le tribunal ne se r�clament pas des m�mes principes ni de la
m�me �thique. Le dialogue est impossible. Quels que soient les reproches
qu�on puisse lui adresser, M. Milosevic a raison de r�cuser ce tribunal.
C�est ce que je lui aurais conseill� de faire s�il m�avait consult�.
Pour l�instant, son attitude est celle qui g�ne le plus le tribunal.

- Au fond, Milosevic suit l�exemple de Klaus Barbie, qui avait refus� de
s�exprimer devant le tribunal.
- Ce n�est pas tout � fait la m�me configuration. Barbie avait dit: "Je
ne vous r�ponds pas, parce que ma situation est ill�gale. J�ai �t�
enlev�, je n�ai pas �t� extrad�. Mais mon avocat fran�ais va plaider
pour d�fendre l�honneur de la France et pour vous demander de ne pas
violer encore davantage vos propres traditions et vos propres r�gles."

- Milosevic ne pourrait-il pas soutenir �galement qu�il a �t� extrad� �
La Haye sans base l�gale?
- Oui, puisque, si l�on en croit les journaux, la Cour supr�me n�a pas
eu le temps de rendre un avis de droit, et que le pr�sident yougoslave
n�a pas �t� inform�. Nous sommes l� dans le cadre d�un enl�vement.

- Donc l�op�ration est vici�e � la base?
- Oui, on est d�ailleurs dans une situation curieuse: le TPI poursuit
des Rwandais ou des Serbes, c�est-�-dire des vaincus, au nom de certains
pays qui refusent pourtant la cr�ation d�un Tribunal p�nal
international. C�est le cas des Etats-Unis! On ne peut pas aller plus
loin dans l�humour noir. Le pr�sident Bush s�est f�licit� de
l�extradition de Milosevic alors qu�il rejette totalement la cr�ation
d�un Tribunal p�nal international qui aurait une comp�tence universelle.
Le TPI est un instrument politique, un instrument d�shonorant.

- Lors de la premi�re audience, le juge utilisait un bouton pour couper
la parole � Milosevic quand celui-ci voulait parler.
- C�est ce que l�on appelle le respect du contradicteur! (Rires.) C�est
symbolique de cette forme de justice: je vous donne la parole tant que
vos mots me plaisent. A partir du moment o� vos mots ne me plaisent
plus, je vous coupe la parole. Comme avocat, je suis un peu sid�r�: ce
magistrat n�a pas besoin de mettre une perruque et une robe d�hermine
pour faire des choses pareilles

- Le proc�s de Milosevic vise-t-il vraiment � justifier a posteriori les
bombardements de l�OTAN contre la Serbie?
- Oui, le TPI est fait pour l�gitimer les actions et m�me les crimes de
guerre de certains pays. Ce qu�on a fait contre la Serbie  bombarder des
objectifs civils, d�truire des �uvres d�art, couper l��lectricit� dans
la nuit, pas seulement au commissariat de police, mais aussi dans les
h�pitaux  ce sont autant de crimes pr�vus par les conventions
internationales.
Le TPI s�abrite derri�re un rapport d�experts, qu�il a choisis lui-m�me,
qui disculpe compl�tement les pays de l�OTAN.
Evidemment! C�est le propre d�un tribunal des vainqueurs. Si le TPI
inculpait non seulement Milosevic, mais aussi le g�n�ral am�ricain qui a
ordonn� les bombardements sur la Serbie, je serais pr�t � le
reconna�tre. Car il maintiendrait la balance �gale!

- Selon vous, y aurait-il mati�re � inculper Bill Clinton, Chirac et les
autres dirigeants de l�OTAN pour avoir attaqu� la Serbie?
- Oui, puisque l�op�ration militaire a �t� d�clench�e sans aucun mandat
d�une instance l�gitime. Nous vivions, r�actionnaires que nous sommes,
dans la mythologie des h�ros qui se battent � armes �gales. L� on a eu
z�ro mort d�un c�t� et la destruction compl�te d�un pays de l�autre. En
outre, l�OTAN a utilis� des armes � l�uranium appauvri, qui est
dangereux pour la sant�.

- Pourrait-on poursuivre Clinton devant la justice belge, puisque
celle-ci reconna�t d�sormais sa comp�tence universelle pour des crimes
de ce type?
- On peut essayer, mais on ne prend pas un escroc politique au mot.
Quand il s�agit de poursuivre un ministre de l�ex-Za�re, on se sent tr�s
fort. Mais quand des rescap�s de Sabra et Chatila portent plainte contre
M. Sharon, on d�clare aussit�t qu�il faut changer la loi! C�est ce qu�a
dit le ministre belge des Affaires �trang�res.

- La procureure Carla Del Ponte, qui a fait carri�re dans des histoires
de mafia et de blanchiment, vous para�t-elle qualifi�e pour jouer �
l�historienne dans ce dossier?
- Je ne la connais pas, je l�ai � peine crois�e. M�me sans conna�tre
l�histoire des Balkans, ce tribunal pourrait au moins appr�cier les
faits de mani�re objective: les bombardements d�objectifs civils
constituent des crimes de guerre, quels qu�en soient les auteurs.

- D�signer Milosevic comme l�unique responsable des guerres en
ex-Yougoslavie, n�est-ce pas r�ducteur et simpliste?
- Oui, il est tenu pour responsable de tout alors que nous savons tr�s
bien que la situation dans l�ex-Yougoslavie r�sulte d�un engrenage.
Tito, qui n��tait pas Serbe mais Croate, avait r�ussi � maintenir
l�unit� des peuples slaves du Sud. Apr�s sa mort, le navire a tangu� et
la dislocation est arriv�e quand l�Allemagne a reconnu la Croatie. Entre
l�Allemagne et la Croatie, il y avait de vieux rapports datant de Hitler
et des Oustachi. Aujourd�hui on estime m�me que la F�d�ration yougoslave
� ce qu�il en reste! � est encore trop grande: il faut s�parer le
Mont�n�gro. Et on s�appr�te aussi, grosso modo, � s�parer le Kosovo. Et
la Mac�doine ne perd rien pour attendre: l�U�K va mettre bon ordre � la
paix civile.

- On dit que le proc�s de Milosevic peut servir d�exemple et d�courager
des apprentis dictateurs.
- La preuve que �a ne les d�courage pas, c�est de voir la mani�re dont
les alli�s ont men� la guerre en Irak et en Serbie. Ils savent que les
vainqueurs ne passeront jamais en jugement. En Irak, les alli�s ont
d�truit les ponts, des laboratoires de recherche agronomique, les
ch�teaux d�eau. Ils ont tout fait pour que la production agricole
s�effondre, ils ont tout fait pour que les eaux pullulent d�amibes. Au
Vietnam, il y a encore des r�gions o� les enfants naissent avec toutes
sortes de malformations � la suite des bombardements chimiques. Les
responsables de ces faits ont-ils �t� jug�s?

- L�opinion internationale va-t-elle croire au proc�s Milosevic?
- Non, cette com�die ne pourra pas abuser l�opinion internationale: les
gens savent bien qu�on ne va pas r�soudre les probl�mes politiques et
historiques par des simulacres de proc�s. 

       
http://www.lematin.ch/home/actualite/5037.html
 

 
 � Le Matin / Edipresse online

Miroslav Antic,
http://www.antic.org/ 

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