QUÉBEC, le 24 août /CNW Telbec/ - Dépôt du rapport d'investigation
du
coroner Jacques Ramsay concernant le décès de M. Pierre Drolet, 61 ans,
survenu à Magog, le 28 juillet 2003. M. Drolet est décédé d'un choc
anaphylactique provoqué par une piqûre de guêpe alors qu'il jouait au golf.
Les événements
M. Pierre Drolet est un médecin à la retraite. Il souffre
d'hypertension
artérielle pour laquelle il prend un médicament de la classe des
béta-bloquants. L'homme possède aussi un auto-injecteur à base
d'épinéphrine
(EpiPen) qu'il s'est procuré en 1998, après une réaction inquiétante à des
piqûres de fourmis.
L'après-midi du 28 juillet 2003, M. Drolet joue au golf avec des amis
sur
le terrain Venise à Deauville dans le canton de Magog. Vers la fin du
parcours, il se fait piquer par une guêpe près d'un boisé. Les autres
joueurs
procèdent vers la coupe. Monsieur Drolet tarde à les rejoindre. Ses amis
l'aperçoivent plutôt en train de fouiller dans son sac de golf,
vraisemblablement pour utiliser l'auto-injecteur.
Comme l'épinéphrine n'a pas l'effet escompté et qu'il a toujours de la
difficulté à respirer, un golfeur avise le 9-1-1 avec son téléphone
cellulaire. L'appel est d'abord filtré par la standardiste de la compagnie
du
cellulaire qui tente de le rediriger vers le Centre d'appels de sécurité
publique (CASP) le plus proche. Incapable, elle demande alors à l'appelant
de
recomposer le 9-1-1 et l'appel parvient alors au CASP de Sherbrooke. Le
répartiteur affecte immédiatement une ambulance en poste à Magog.
Toutefois,
les paramédics ne connaissent pas le terrain de golf en question et on ne
leur
fournit pas l'adresse de l'endroit. Ils se dirigent vers Deauville mais
n'empruntent pas le chemin le plus court. Cela occasionne un retard de sept
minutes, ainsi qu'un autre délai de deux à trois minutes à l'arrivée au
terrain, car il n'y a personne pour les accueillir. Lorsqu'ils se
présentent
finalement au chevet de M. Drolet, celui-ci est en arrêt cardiorespiratoire
depuis déjà onze minutes et toutes les manoeuvres subséquentes sont
condamnées
à l'échec. Il est éventuellement transporté au centre hospitalier où son
décès
est constaté.
L'organisation des soins préhospitaliers
A partir du moment où l'on essaie d'entrer en contact avec le 9-1-1
trois
délais vont occasionner un retard totalisant environ dix minutes. Au lieu
d'être en mesure de dispenser leurs soins à partir de 16 h 10, les
paramédics
ne seront sur place qu'à 16 h 20.
Le premier retard se produit lorsque l'appel au 9-1-1 doit transiter
par
la standardiste de Bell Mobilité au lieu d'aboutir immédiatement au CASP le
plus proche. La situation a depuis été corrigée. Grâce au E9-1-1, si
l'appel
était effectué aujourd'hui, il serait capté par la tour de
télécommunication à
proximité puis dirigé vers le CASP le plus près. Ce service est imposé par
le
CRTC depuis 2004 à toutes les compagnies offrant des services de téléphonie
cellulaire. Même si cette nouvelle technologie n'aurait pas permis à elle
seule d'éviter le décès de M. Drolet, elle aurait toutefois permis de
sauver
de précieuses secondes.
Le deuxième délai est dû au fait que les paramédics ne disposent pas
des
outils nécessaires pour établir de façon indubitable le chemin le plus
court
pour se rendre sur les lieux de l'appel. Dans le cas de M. Drolet, ce sont
sept minutes qui auraient pu être ainsi gagnées. La répartition assistée
par
ordinateur (RAO) promet de corriger cet écueil potentiel si elle est mise
en
place en Estrie.
De plus, les premiers répondants du Service des incendies de la Ville
de
Magog auraient pu être les premiers sur place mais, au moment de la
tragédie,
l'ancienne Ville de Magog ne couvrait pas le territoire du Canton de Magog.
Cette situation est désormais corrigée avec la formation de la nouvelle
Ville
de Magog. Le 9 mars 2004, une entente pour la desserte du territoire a été
ratifiée avec le Service des incendies. Selon le coroner, il subsiste
néanmoins quelques aberrations qui doivent encore faire l'objet
d'amendements
dans le schéma de couverture de risques. Il fait donc des recommandations
en
ce sens. Il incite également les premiers répondants à compléter la
formation
qui leur permettra d'avoir sur eux de l'adrénaline et de pouvoir
l'administrer
au besoin.
L'accessibilité des soins d'urgence sur les terrains de golf
Par ailleurs, lorsque les ambulanciers arrivent au terrain de golf,
personne n'était présent pour les guider. Cela est responsable du troisième
délai. C'est l'épouse de la victime qui, apercevant les gyrophares de
l'ambulance, se rend au chalet pour diriger les paramédics au bon endroit.
Or,
les terrains de golf sont souvent isolés et fréquentés par une population
relativement âgée. Les administrateurs des terrains doivent envisager que
des
événements cardiaques ou autres urgences surviennent et se préparer en
conséquence avec un protocole qui prévoit ce genre de situations.
L'utilisation de l'auto-injecteur à base d'épinéphrine
Selon le coroner Ramsay, il est important que les personnes ayant une
hypersensibilité aux piqûres d'hyménoptères (abeilles, guêpes, fourmis,
etc.)
soient bien conscientes des risques auxquels elles s'exposent afin de
pouvoir
se préparer en conséquence. Parmi les mesures de prévention il y a, entre
autres, la protection contre les piqûres, par le port de vêtements longs,
l'accès rapide à l'épinéphrine et une bonne connaissance de la façon de
faire
pour se donner l'injection. Dans le cas de M. Drolet, comme il était
médecin,
le coroner présume qu'il a utilisé son auto-injecteur correctement.
Toutefois,
la date limite d'utilisation indiquée sur le produit était juillet 1998.
D'après les renseignements du fabricant, ce produit doit en gros faire
l'objet
d'un renouvellement aux douze mois. Or, l'EpiPen utilisé par la victime
était
périmé depuis déjà cinq ans. Le coroner note qu'un des deux distributeurs
canadiens offre un mécanisme de rappel pour s'assurer que ses clients
renouvellent leur médicament.
Le Dr Ramsay explique également l'inefficacité de l'EpiPen chez M.
Drolet
par la sévérité et la progression rapide de l'événement ainsi que par le
blocage de l'action de l'épinéphrine par l'utilisation d'un autre
médicament
de la classe des béta-bloquant, le Lopressor. M. Drolet ignorait
probablement
ce fait. La prise d'un béta-bloquant impose des précautions supplémentaires
aux personnes pouvant être victimes d'une réaction d'hypersensibilité.
Enfin,
le coroner mentionne que, selon une étude récente, plus du tiers des
patients
traités pour réaction anaphylactique ont eu besoin dans un délai rapide de
plus d'une injection d'épinéphrine. Il faudrait donc que les personnes à
risque gardent sur eux deux injections plutôt qu'une. Un des deux produits
offerts au Canada prévoit également la possibilité de se donner une
deuxième
injection.
Le coroner conclut que si M. Drolet avait été avisé de la nécessité de
renouveler son épinéphrine régulièrement, qu'il avait eu sur lui deux
injections plutôt qu'une de même qu'une seringue de glucagon, ses chances
de
survie auraient été singulièrement augmentées. Par ailleurs, les personnes
s'injectant de l'épinéphrine doivent également pouvoir compter sur des
soins
préhospitaliers diligents pour recevoir l'assistance que leur condition
peut
requérir. Différents délais ont fait en sorte que M. Drolet n'a pu recevoir
cette assistance.
<<
ANNEXE
RECOMMANDATIONS
Que le Club de golf Venise :
- élabore un code de procédures en cas d'urgence qui prévoit clairement
les responsabilités de chacun. Il faut donc prévoir qui va dispenser
les premiers soins et qui doit demeurer en arrière pour coordonner
les
secours puis escorter les premiers répondants et les paramédics vers
l'endroit où se trouve la victime.
Que l'Association des terrains de golf du Québec :
- sensibilise ses membres à la nécessité de se préparer adéquatement
pour
être prêt à faire face aux urgences médicales pouvant survenir sur un
terrain de golf. Cette préparation requiert l'établissement d'un code
de procédure, la dispensation d'une formation minimale en premiers
soins pour le personnel et, pour les clubs plus achalandés, l'achat
d'un défibrillateur automatique externe.
Que l'Agence de la santé et des services sociaux de l'Estrie :
- priorise le projet d'implantation de la technologie de répartition
assistée par ordinateur pour les soins préhospitaliers et débloque
les
ressources nécessaires pour sa réalisation.
Que la Ville de Sherbrooke et la Ville de Magog :
- équipent les services de répartition pour les premiers répondants de
terminaux, afin que ceux-ci puissent profiter de la répartition
assistée par ordinateur lorsque celle-ci sera mise en place au sein
du
Centre de communication santé de l'Estrie.
Que le Service de protection contre les incendies de la Ville de
Sherbrooke et le Service incendie de la Ville de Magog :
- s'entendent sur un schéma de couverture de risques pour qu'il soit
clairement déterminé lequel des deux Services sera appelé à couvrir,
en
cas d'urgence, les endroits à cheval sur les deux territoires tels
que
le club de golf Venise;
- complètent les formations et mettent en service, si cela n'est pas
déjà
fait, les défibrillateurs automatiques externes pour leurs équipes de
premiers répondants ainsi que la formation en anaphylaxie pour que
les
premiers répondants puissent garder sur eux de l'épinéphrine et, au
besoin, en faire usage (protocole MED 17b).
Que la compagnie King Pharma Canada :
- offre à ses clients le même système de rappel à la date d'expiration
de
l'EpiPen qu'offre sa contrepartie américaine et Laboratoires Paladin,
fabricant de Twinject.
Que la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec :
- sensibilise ses membres au traitement de l'anaphylaxie lors de ses
activités de formation, en particulier;
- à la prescription de la dose appropriée d'épinéphrine;
- à la nécessité de prescrire ou bien le Twinject ou bien deux doses
d'EpiPen pour les personnes ayant expérimenté par le passé une
réaction
d'hypersensibilité et de bien former celles-ci pour l'utilisation de
l'auto-injecteur;
- à la nécessité de réévaluer les béta-bloquants déjà prescrits selon
une
évaluation individualisée des risques et des bénéfices et d'en bien
informer le patient, afin qu'il puisse prendre une décision éclairée;
- à la possibilité d'administrer une immunothérapie du venin
d'hyménoptère pour les personnes chez qui la prise de béta-bloquants
est jugée nécessaire;
- ou éventuellement, à la possibilité de prescrire du glucagon en plus
de
l'épinéphrine pour ces patients à risque, ce traitement étant indiqué
en présence de réaction anaphylactique réfractaire à l'épinéphrine.
Que les Centres de communication santé du Québec :
- reçoivent et prennent connaissance du rapport d'investigation.
>>
--- SMU-L
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