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Un zoo la nuitPhoto François Roy, La PresseHugo MeunierLa PresseDehors, il 
neige à gros flocons. Nous sommes quelque part en février, dans la nuit du 
vendredi au samedi. Vers 1 h 45 un appel entre dans la voiture de patrouille 
d’Urgences-santé. « Trauma par couteau sur la rue Peel », peut-on lire sur 
l’écran du superviseur François Vincent.Ce dernier fronce les sourcils, active 
les gyrophares et se lance à toute vitesse dans les rues de la ville. À cause 
de la neige, sa voiture valse dans tous les sens. Le patrouilleur aux cheveux 
gris paraît nerveux.La voiture s’arrête quelques minutes plus tard devant le 
bar La Salsathèque, rue Peel. À l’intérieur, un homme a été attaqué à plusieurs 
reprises au cou, au visage et à la tête avec un tesson de bouteille. Les 
lumières sont allumées, la piste de danse est figée et la musique est arrêtée. 
Seule la clameur de la foule compacte, environ 300 personnes, se fait 
entendre.La victime est dans une sorte de bureau près du bar, étendue sur le 
dos. Une équipe de premiers soins entoure l’homme couvert de sang. Au fond du 
bar, derrière des portes à volet, des policiers fouillent. C’est là que s’est 
joué le drame. Une dispute qui a dégénéré.L’enquête ne risque pas d’aller bien 
loin. Les clients disent n’avoir rien vu. Les employés du bar ont passé une 
serpillière pour nettoyer le sang. Ils ont transporté la victime de l’agression 
à l’écart. Ils ne voulaient pas que l’incident mette fin à la soirée et leur 
fasse perdre de l’argent, soupire un jeune policier. La loi du silence prévaut. 
« C’est typique de plein de bars à Montréal », explique François Vincent.Sanglé 
sur une civière, le jeune homme est transporté en ambulance. Il survivra de 
justesse. Le propriétaire du bar de la rue Peel estime qu’il s’agit d’un cas 
isolé. «C’est la première fois que la police ferme la place en 26 ans », a 
assuré Maxi Fernandez, qui dit toujours ignorer ce qui s’est passé. Selon M. 
Fernandez, tout s’est passé très vite et les employés ne savaient pas trop 
comment réagir. «On l’a amené au bureau parce qu’il était blessé à la tête. Il 
a lui-même marché. On ne savait pas qu’elle serait la réaction de la police, 
qui a finalement décidé d’arrêter la musique. »L’heure critiqueRetour dans la 
voiture. La soirée est encore jeune. « Là c’est parti, la ville est en feu ! » 
lance le superviseur d’Urgences-santé, qui carbure à l’adrénaline depuis 22 
ans.Vers 2 h 30 du matin, la centrale a déjà reçu 100 appels. Le dernier 
concerne une bagarre opposant une dizaine de punks dans un bar 
d’Hochelaga-Maisonneuve. « Attendre les policiers avant de procéder », peut-on 
lire sur le terminal. Au bout de quelques minutes, les jeunes se sont 
dispersés. Un seul saigne du nez. Personne ne porte plainte. Le dossier est 
clos. « Les petites bagarres explosives, des feux de paille, sont monnaie 
courante », explique François Vincent.Encore des appels. Une femme dit avoir 
été frappée par un homme dans un bar de l’arrondissement de Ville-Marie.Une 
voix sur les ondes raconte qu’une bagarre impliquant une soixantaine de 
personnes est en cours dans un bar à l’intersection du boulevard Pie-IX et de 
la rue Sainte-Catherine.M. Vincent active les gyrophares. Mais un autre 
incident éclate tout près à l’intersection du boulevard Saint-Laurent et de 
Saint-Viateur. Changement de trajectoire, on fonce vers le dernier 
appel.L’horloge affiche 3 h. Les bars ferment. C’est l’heure critique, souligne 
le vétéran d’Urgences-santé. Les appels se bousculent sur le petit terminal. 
Devant le Bar Saint-Laurent, les gyrophares de six voitures de police 
scintillent dans la nuit.Dehors, c’est la jungle.Une jeune femme au décolleté 
plongeant est assise sur une civière à l’arrière d’une ambulance. Complètement 
intoxiquée, elle invective tout ce qui porte un uniforme. Elle a été poignardée 
légèrement au bas du dos et à la cuisse, mais ne semble pas s’en 
formaliser.Devant la porte, la tension est à son comble. Une vingtaine de 
personnes font face à la dizaine de policiers. Une agente confie ne pas trop 
savoir ce qui se passe, puisque personne ne collabore. Les jeunes insultent les 
policiers. La blessée hurle comme une démente et veut qu’on la laisse 
partir.Les policiers la sortent de l’ambulance. Elle tombe dans la neige. Les 
jeunes protestent et accusent les policiers de brutalité. Finalement, la jeune 
femme part avec ses amis. Dieu seul sait ce qui s’est réellement passé.Joint 
quelques jours plus tard, le propriétaire du bar jure que personne n’a été 
poignardé dans son établissement. « C’est une histoire de jalousie, j’ai sorti 
un gars. La fille est tombée à côté de la fenêtre, elle s’est peut-être coupée 
», raconte Adriano da Costa. Il dit ne pas avoir de problèmes dans son bar. « 
On a 13 caméras vidéo et les clients sont fouillés avec un détecteur de métal 
», assure le tenancier. Urgences-santé soutient toutefois être intervenue 
auprès d’une victime poignardée.Les « chèques du BS »Plus dangereux, les bars 
de Montréal ?« Plus sournois », répond François Vincent, comme l’ensemble des 
intervenants interrogés par La Presse.« Avant, ça se réglait avec un coup de 
poing sur la gueule. Maintenant, c’est un coup de couteau au milieu d’une foule 
», nuance M. Vincent. « Les fins de semaine, les couteaux sont assez communs, 
de l’exacto à la grosse lame », raconte le superviseur. « Mais on a encore plus 
d’agressions avec des chaises et des tables. Là, la nouvelle vague, c’est de 
frapper avec des boucles de ceinture, sans oublier les verres cassés et les 
bouteilles. »À 3 h 27, un autre appel. Un homme a été poignardé à trois 
reprises quelques rues plus loin. « C’est le festival du couteau ce soir ! » 
s’exclame notre guide avant d’allumer ses gyrophares. L’incident est survenu 
dans une pizzeria. Les policiers tentent de démêler ce qui s’est passé avec des 
témoins, mais personne n’a rien vu.Vers 3 h 45, la fréquence des appels 
commence à ralentir. Les rues sont très fréquentées. Les jeunes sont éparpillés 
par grappes. Un homme titubant fait un doigt d’honneur à une voiture de police. 
Au coin de l’avenue des Pins et du boulevard Saint-Laurent, deux jeunes 
s’engueulent à un pouce du visage.Vers 4 h, les pizzerias et les autres restos 
commencent à se vider. Les ambulanciers s’occupent ensuite des « restants », 
des fêtards blessés qui ressentent des douleurs en dégrisant.Des files 
commencent à s’étirer devant quelques clubs de la rue Sainte-Catherine. 
François Vincent peut souffler. Les ambulanciers ont reçu de 140 à 150 appels, 
dont une cinquantaine pour des agressions. « Il y a des nuits pires que ça. 
Surtout au printemps, quand les jupes rapetissent et que la testostérone monte. 
»Mais le superviseur savait que la soirée serait animée. Les gens avaient reçu 
leur chèque de l’aide sociale le jour même.


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