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Sep 2007 01:52:14 +0200 (CEST) From: "Maddy Tiembe" <[EMAIL PROTECTED]>
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more Subject: Questions directes à Laurent Nkunda To: [EMAIL
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Dear Sir, I was expecting you to connect me with Laurent Nkunda as you
seems to talk with him every day, but noting so far ... but now, I know by
Congoindependant what's I was looking for and hope that peace will be a reality
in Congo. Yours, Maddy T
Questions directes à Laurent Nkunda
Officier dissident des Forces armées de la RD Congo, Laurent Nkunda
Mihigo parle de lui-même et livre sa part de vérité sur la situation qui
prévaut dans les provinces du Kivu en général et au Nord Kivu en particulier.
Linterview a été réalisée, mardi 4 septembre, par téléphone. Sans partager les
opinions du général mutin, comme aurait dit Voltaire, la rédaction du
Congoindependant a jugé juste de lui donner loccasion de les exprimer. Aux
internautes den juger. Lobjectif est simple : la recherche de la vérité. «
Je ne protège par les Tutsi. Je plaide leur cause. Il y a une cause tutsie qui
na jamais été défendue dans cette République. Il y a des gens qui ne savent
pas sils sont Congolais ou Rwandais. Depuis des années, ils naviguent entre le
Rwanda et le Congo »
Vous êtes un homme plutôt mal connu. Qui êtes-vous ?
Je suis né dans le Territoire de Rutshuru précisément dans la collectivité de
Bwito, localité de Mirangi. Jai fait mes études à luniversité de Kisangani à
la fin des années 80. Cest au cours de lannée académique 1987-1988 que je
suis arrivé dans la ville. Parmi mes anciens camarades détudes, il y a par
exemple Justin Kabongo qui est actuellement professeur assistant à la même
université. Après Kisangani, jai poursuivi mes études à luniversité
(adventiste) de Mudende, au Rwanda. Jai quitté le Rwanda en 1990, lorsque le
Front patriotique rwandais (FPR) a déclenché les combats. Je suis marié et père
de six enfants. Mon épouse est originaire de la Province orientale. Son père
travaille à la RVA (Régie des voies aériennes). Il est en poste à laéroport de
Simi Simi.
Après vos études, quel a été votre parcours professionnel ?
Jai enseigné dans un institut denseignement secondaire mis sur pied par les
responsables du parc national de Virunga. Jy donnais le cours de
psycho-pédagogie. Jai été enseignant également à Kitshanga.
Je tiens à vous prévenir que jaurai à vous poser des questions parfois
dérangeantes. Jespère que vous êtes prêt à jouer le jeu.
Il ny a pas de questions taboues pour moi !
Quelle nationalité portez-vous au moment où nous parlons ?
La nationalité congolaise. Je nai jamais sollicité lobtention dune autre
nationalité. Je nai jamais renié ma qualité de Congolais même lorsque jétais
enrôlé dans lAPR (Armée patriotique rwandaise) en 1993. Jai fait partie de
larmée rwandaise pour de raisons strictement idéologiques. Révolutionnaires.
Au Rwanda, les autorités peuvent vous confirmer que « Laurent » a servi au sein
de lAPR en tant que Congolais.
Pourquoi avez-vous rejoint lAPR alors que vous revendiquez votre statut de
Congolais ?
En 1990, je quitte le Rwanda. Je suis rentré à Goma. Pendant que la guerre
faisait rage au Rwanda, tous les jeunes zaïrois, issus de lethnie tutsie,
faisaient lobjet de diverses tracasseries policières. Ils étaient accusés
dêtre des « Inkothanyi », autrement dit des complices du FPR. Il devenait de
plus en plus difficile de se mouvoir dans la ville. Ayant constaté que nous
nétions pas accepté comme de citoyens zaïrois à part entière, il ne nous
restait plus quà rejoindre le Front. En 1992, jai rejoint la branche
politique du FPR.
Avez-vous personnellement été menacé, à lépoque du Zaïre de Mobutu, du fait de
votre appartenance à la communauté tutsie ?
Non ! Nous avons été menacés pendant un certain temps lorsque la guerre
rwandaise a commencé à partir du mois doctobre 1990. Cette situation peut être
expliquée par lamitié qui existait entre Mobutu et Habyarimana. Je peux vous
dire cependant que je garde personnellement un excellent souvenir de lépoque
de Mobutu durant laquelle tout le monde jouissait de la liberté daller et de
venir aux quatre coins du Zaïre dalors. Jen garde un grand souvenir. Jai
toujours répété aux gens quon devrait suivre lexemple de Mobutu dans le «
management » de toutes les ethnies du pays. Au sein du CNDP (Congrès national
pour la défense du peuple, ndlr), nous considérons cette méthode comme un
modèle de leadership à suivre. A cause de ses affinités avec Habyarimana,
Mobutu a, au cours des dernières années de son régime, perdu « un peu » le
contrôle des provinces du Kivu où des extrémistes se sont lancés dans le
tribalisme.
Où étiez-vous durant le génocide rwandais de 1994 ?
Jétais déjà dans larmée rwandaise. Jétais sous-officier.
Le FPR a pris le pouvoir à Kigali en juillet 1994. Quavez-vous fait après ?
Après le génocide, des contacts ont été amorcés avec André Kisase Ngandu en vue
de la mise sur pied de lAFDL (Alliance des forces démocratiques pour la
libération du Congo-Zaïre). Six à sept mois avant le déclenchement de la guerre
dans les provinces du Kivu, jai fait partie des officiers chargés dencadrer
les combattants Zaïrois et ceux issus du maquis de Ruwenzori - envoyés en
formation dans le Parc de lAkagera.
Dans une interview accordée au quotidien bruxellois « Le Soir », vous affirmez
avoir assuré la sécurité de Joseph Kabila à Kisangani durant la guerre de
lAFDL.
Après la « libération » de Kisangani en mars 1997, javais en charge la
sécurité de cette ville.
Cest à ce titre que lon ma présenté Joseph comme étant le fils de mon « boss
». Je devais assurer sa sécurité. Il logeait à lhôtel Palm Beach. A lépoque,
il était très discret. Calme. Il savait écouter. Lhomme avait soif
dapprendre. Il était très sympathique. Malheureusement, nous ne nous sommes
plus revus depuis ce temps.
Le 17 mai 1997, les troupes de lAFDL font leur entrée à Kinshasa. Quelle
fonction avez-vous assumée après la « libération » ?
Après la guerre, jai été désigné « S2 », cest-à-dire responsable des
renseignements à la 7ème brigade à Kisangani. En juin 1998, jai été affecté à
Walikale, au Kivu, dans la 224ème brigade dirigée par le commandant Ali
Gisatero.
Fin juillet 1998, cest la rupture entre le président Laurent-Désiré Kabila et
ses parrains rwandais et ougandais. Que faites-vous ?
Je me trouvais à Walikale. Je navais aucun contact avec Goma. Cest à partir
de Walikale que jai appris que les jeunes soldats banyarwanda présents à
Kisangani ont été massacrés. A la tête dun groupe de militaires, jai « libéré
» Kisangani le 23 août 1998. A lépoque, je navais eu aucun contact avec le
staff dirigeant du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie). Je ne
connaissais ni le général Ondekane encore moins le général feu Sylvain (Ndlr,
Sylvain Buki).
Je vais peut-être sauter une étape pour arriver à la mise en place des
institutions de transition à partir du 30 juin 2003. Pourquoi avez-vous
rechigner de rejoindre Kinshasa après votre intégration dans larmée nationale
congolaise ?
Pour comprendre mon histoire, il me semble quil faut partir de la fin du
Dialogue intercongolais dont les travaux se sont achevés à Sun City, en Afrique
du Sud, le 22 décembre 2002. De retour de Sun City, le collège de fondateurs du
RCD convoque une réunion à Goma. Tous les officiers sont présents. Lobjectif
est de restituer les négociations politiques de Sun City. Jai à cette occasion
soulever une préoccupation. A savoir que cette réunion a certes abouti à un
accord politique se limitant à un partage de postes. En revanche, il ny avait
pas daccord militaire. En clair, les parties se sont accordées sur rien en
matière militaire et sécuritaire. Le président du RCD, Azarias Ruberwa, mavait
laissé entendre quune commission ira à Kinshasa pour traiter de ces questions.
Jai suggéré en vain que cet accord militaro-sécuritaire soit signé avant notre
arrivée à Kinshasa. Je lui ai fait observé que, dans le cas contraire, il ny
aura pas de garantie du fait quil ne sera pas
le chef suprême de larmée dans la capitale. Voilà pourquoi je me suis abstenu
de rejoindre Kinshasa. Et ce, pour de ne pas être victime de larbitraire. Les
faits me donnent raison. Larbitraire continue à régner jusquà ce jour.
Larmée est gérée de manière monolithique. Les combattants issus des ex-forces
belligérantes devaient être régis par des textes élaborés dun commun accord.
Javais prévenu Ruberwa. Il ne mavait pas compris.
Daucuns vous accusent davoir commis des atrocités à Kisangani en 2002 à
loccasion de la répression dune mutinerie. Que répondez-vous ?
On ma toujours fait un mauvais procès sur mon intervention à Kisangani. Jai
quitté le chef-lieu de la Province orientale en y laissant une bonne
impression. Jai fait plus de quatre ans à Kisangani. Jétais lofficier le
plus écouté de cette ville. La mutinerie de Kisangani a commencé au moment où
jétais en formation à lacadémie militaire au Rwanda. Jai été désigné pour
accompagner le général Amisi « Tango fort », alors chef détat-major de larmée
du RCD, qui devait mettre fin à ce soulèvement. Peut-on franchement mimputer
des actes qui ont été commis sous la supervision du chef détat-major du RCD ?
En juin 2004, vous êtes stigmatisé comme lorganisateur dune mutinerie à
Bukavu.
En 2004, je nassumais aucune fonction militaire. Jétais à la tête dune
Organisation non gouvernementale dénommée « Synergie nationale pour la paix et
la concorde » dont le siège se trouvait à Goma. La mutinerie de Bukavu a eu
pour détonateur le bras de fer entre le colonel {Jules} Mutebusi et son chef
hiérarchique le général Budja Mabe. Le conflit a fini par dégénérer en
affrontements armés dans la ville. Les Banyamulenge vivant à Bukavu devaient
faire lobjet dune rafle. En ce moment, je me trouvais en Ituri pour tenter de
réconcilier les Lendu et les Hema. Javais engagé des pourparlers avec des
milices de lIturi afin darrêter le massacre des Bahema. De même, javais pris
langue avec le général Kakolele Bwambale. Celui-ci devait mapporter son
concours grâce à ses relations avec les Balendu. Cest en Ituri que jai appris
que les « Banyamulenge » de Bukavu étaient menacés. Voilà pourquoi, jai pris
la décision dintervenir. Nous avons amené au Rwanda les 1 500
Banyamulenge qui résidaient à Bukavu. Après, je me suis replié sur Goma.
Comment avez-vous fait pour mobiliser des soldats alors que vous nétiez que le
président dune ONG ?
Comme vous le savez, jai été le commandant de la deuxième région militaire du
RCD au Nord Kivu. Une fonction que jexerçais encore trois mois auparavant.
Cest ainsi que je nai éprouvé aucune peine à mobiliser de combattants.
Vous aimez bien vous présenter en « défenseur de vos frères Tutsi ». Nest-ce
pas une erreur de communication en tentant dattraper les mouches avec du
vinaigre?
Il ne faut pas quon se cache la vérité. Là où je me trouve, je ne protège par
les Tutsi. Je plaide leur cause. Il y a une cause tutsie qui na jamais été
défendue dans cette République. Il y a des gens qui ne savent pas sils sont
Congolais ou Rwandais. Depuis des années, ils naviguent entre le Rwanda et le
Congo. Il y a de réfugiés qui sont au Rwanda, en Ouganda et au Burundi. Aucun
officiel congolais na jamais pris la peine de se pencher sur leur situation.
Je me dis quil faut plaider pour ce peuple pour quil ne soit pas exclu de la
République. Jai le malheur dêtre Tutsi comme ces gens. Reste que je fais un
grand travail. Jai convaincu beaucoup dautres officiels, civils et militaires
- qui ne sont pas issus de la communauté tutsie sur la nécessité de plaider
cette cause. Je les ai sensibilisé sur le travail que je fais qui ne se limite
pas uniquement à défendre les Tutsi mais surtout parce que ceux-ci nont pas de
défenseur.
Cest un malheur dêtre Tutsi, selon vous ?
Ce nest pas un malheur ! Malheureusement, cest un malheur quon peut créer.
Aujourdhui, il y a dune part des Tutsi qui ont honte de leur origine. De
lautre, il y a des gens qui les ostracisent. Je ne pense pas quêtre Tutsi est
un malheur parce que nous avons été crées par le même Dieu.
Qui, selon vous, menace la vie des membres de la communauté tutsie du Congo ?
La menace ne se situe pas au niveau de la population. Cest au niveau des
pouvoirs publics. A titre dexemple, lorsque la guerre a repris en août 1998,
plusieurs officiers tutsis avaient refusé de prendre lavion avec James
Kabarebe et des Rwandais. Ces officiers étaient notamment à Kinshasa, à Kamina
et à Kisangani. Sans oublier Lubumbashi. Ils ne voulaient en aucun cas être
confondus avec les officiers rwandais. Savez-vous ce quils sont devenus ? Ils
ont été massacrés. Certains ont été brûlés vif dans la capitale. Le
gouvernement congolais constitue la première menace qui plane sur les Tutsi. Le
gouvernement doit changer sa façon dagir. La deuxième menace émane des FDLR
(Forces démocratiques de libération du Rwanda) qui ont transplanté leur
politique dextermination des Tutsi, du Rwanda vers le Nord et le Sud Kivu. Les
FDLR ont fini par intoxiquer dautres Congolais. Cest le cas notamment des
Bashi et des Bahutus du Congo. Certains parmi ceux-ci ont adhéré à cette
idéologie. Nous pensons que la réconciliation entre Congolais doit être une
priorité. Il faut commencer par faire rapatrier les FDLR au Rwanda. Voilà une
piste pour le retour de la paix au Congo.
Pendant plusieurs années, larmée rwandaise avait occupé les provinces du Kivu.
Comment na-t-elle pas pu régler définitivement cette question des FDLR ?
Cette question est simple. A lépoque, les FDLR bénéficiaient dun soutien
total du gouvernement congolais. Ils participaient aux combats aux côtés des
troupes congolaises. Ils étaient même incorporés dans larmée congolaise.
Aujourdhui, les FDLR continuent à bénéficier du soutien des autorités
congolaises.
Pouvez-vous citer des faits susceptibles détayer ce soutien ?
Cest très facile. Durant la guerre rwando-congolaise à savoir RCD contre le
gouvernement de Kinshasa, les FDLR combattaient aux côtés des troupes
congolaises revêtus du même uniforme. Aujourdhui, nous sommes entrain de nous
battre. Suivez les nouvelles. La radio Okapi rapporte que la semaine passée, le
vendredi ou le samedi, les troupes des FDLR ont occupé la localité de Ngungu
dans le Masisi. Le même jour, le Conseil des ministres réuni à Kinshasa annonce
que les troupes gouvernementales ont libéré Ngungu. Je peux vous faire parvenir
des preuves de munitions que nous avons interceptées sur la route
Rutshuru-Ishasha. Elles étaient destinées aux FDLR. A Rutshuru, il nest plus
un secret pour personne. Les FDLR portent les tenues des FARDC. Le gouvernement
congolais na jamais traité les FDLR comme une « force négative ». Cest pour
toutes ces raisons que les forces onusiennes hésitent à intervenir aux côtés
des FARDC.
Les FDLR ont annoncé que 12 000 soldats rwandais se battraient aux côtés de vos
combattants. Quen dites-vous ?
Ce sont des allégations purement fausses. Ce sont des militaires mixés qui se
battent entre eux. Les troupes rwandaises ne sont pas au Congo.
La MONUC dit avoir surpris vos combattants portant des tenues de larmée
rwandaise
Pour nous la tenue ne sert quà nous protéger contre le froid. Nous portons la
tenue que nous trouvons sans nous préoccuper de son « identité ». Nous avons
des uniformes belges, sud africains, FARDC et autres tenues de camouflages.
Lorsque le RCD est parti à Kinshasa, cest moi qui étais chargé de gérer le
stock des uniformes y compris les armes.
Vous pouvez comprendre que lopinion congolaise vous suspecte de « travailler »
pour le compte du Rwanda de Paul Kagame
Cette affaire duniformes rwandais est un faux problème.
Vous êtes pourtant mieux placé que quiconque pour connaître létat des
relations existant entre le Rwanda et la RD Congo. Nest-ce pas une forme de
provocation ?
Non ! Nous portons la tenue qui est disponible. Pourquoi ne parle-t-on pas de
la tenue de larmée belge que jai portée sur la photo prise par « Colette »
{la journaliste Colette Braeckman du « Soir » de Bruxelles, Ndlr}?
En janvier 2007, vous avez conclu un accord avec Joseph Kabila, représenté par
John Numbi. Pourquoi avez-vous recouru à la « facilitation » rwandaise alors
que, le ministre rwandais des Affaires étrangères Charles Murigande vient de
déclarer à Kinshasa que laffaire Nkunda est un problème « congolo-congolais »
?
Nous navons jamais pris linitiative de solliciter les bons offices du Rwanda.
Ce sont les autorités congolaises qui avaient demandé au président Kagame de
faciliter ce dialogue.
Pouvez-vous confirmer ou infirmer linformation selon laquelle « Kinshasa »
avait pris lengagement de vous nommer à la tête de la 8ème région militaire
(Nord Kivu) et de concéder quelques portefeuilles ministériels aux membres du
CNDP ?
Nous navons pas évoqué ces sujets. A Kigali, il était surtout question de la
conclusion dun cessez-le-feu et de trouver des mécanismes de son renforcement.
Doù le « mixage ». Après le mixage, nous allions passer aux négociations
politiques. Celles-ci nont jamais eu lieu.
Pourquoi un mixage en lieu et place du brassage ?
Le brassage signifie un mélange définitif des militaires issus de divers
mouvements. Nous avons pensé quil fallait commencer par le « mixage ». Le
brassage ne pouvant avoir lieu quà lissue dun accord politique.
Depuis la création de la Force Publique en 1886, les militaires congolais ont
lhabitude dêtre affectés dans toutes les provinces du pays. Pourquoi vos «
anciens combattants » ne peuvent travailler que dans le Kivu ?
Nous navons jamais posé cette exigence. En vérité, nous ne voulons pas
travailler dans une armée comme des mercenaires dans un pays où nos parents ne
peuvent pas revenir y vivre. Nous avons demandé quon nous donne la chance de
travailler à lEst afin de nous occuper du problème sécuritaire, autrement dit
de la traque des FDLR, pour permettre à nos parents de revenir au pays. Après
cela, nous pourrions être déployés partout à travers le pays.
Pensez-vous, comme Charles Murigande, que laffaire Nkunda est un problème
congolo-congolais ?
Cest tout à fait vrai dans la mesure où daucuns prétendent que « Laurent »
est un « satellite » du Rwanda. Les autorités rwandaises savent que je ne suis
pas leur satellite. Je suis responsable des actes que je pose.
Vous nêtes peut-être pas un satellite du Rwanda. Mais qui finance la
formation, lentretien et la logistique de vos troupes ?
Jai hérité dune armée formée par le RCD. Nous bénéficions du soutien de la
population. Par ailleurs, notre mouvement est composé de membres qui versent
leurs cotisations. Nos soldats ne sont pas payés. Ils sont en revanche nourris
et soignés.
Quelle est, au moment où nous parlons, la situation qui prévaut dans la
province du Nord Kivu ?
Létat-major des FARDC a emménagé dans le Nord Kivu. Toutes les troupes de la
République sont rassemblées au Nord Kivu contre le « général Laurent ». La
province est super militarisée avec la présence de plusieurs brigades. Nous
assistons aux combats depuis une semaine sur laxe Rutshuru-Masisi.
Avez-vous une « recette » pour ramener une paix durable dans les provinces du
Kivu ?
Nous avons proposé au gouvernement de Kinshasa un plan de paix. Il ne sagit
pas dun plan de partage de postes. Pour nous, il sagit darrêter la guerre et
de poursuivre le « processus de Kigali » qui avait si bien commencé. Jai reçu
une délégation du Sénat congolais ici. Je leur ai remis ce plan de paix en leur
demandant de me dire si le document comporte un seul passage qui met en danger
la souveraineté ou lindépendance du pays. « Laurent » ne demande rien que la
paix et la sécurité en RD Congo. Je suis prêt à y participer et à contribuer.
Quels sont les éléments essentiels de ce plan de paix ?
Nous disons que le Congo doit être débarrassé des « forces négatives »
étrangères.
Les forces négatives ne constituent-elles pas une affaire rwando-rwandaise ?
Quel est lintérêt pour le Congolais que vous êtes de se préoccuper de cette
question ?
Ces forces occupent le territoire congolais et tuent les nationaux. Tant
quelles seront là, nos réfugiés ne pourront pas regagner le pays. Les FDLR ne
sont pas un problème rwandais. Il sagit dun problème congolais.
Des éléments des brigades mixées notamment « Bravo » ont été accusés de
meurtres et autres exactions infligées à la population.
Ces accusations navaient quun seul but : mettre fin au mixage. On a voulu
sacrifier les « mixés ». Ce sont de fausses accusations. Les soldats mixés
nont jamais opéré sans lordre de létat-major général. Il y a eu un incident
à Buhamba. Cest un territoire contrôlé par les FDLR et les Maï Maï du colonel
Jackson.
Au-delà de ce qui a été dit précédemment, quel est, en définitive, lobjectif
de votre combat ?
Je veux quil y ait la paix en République démocratique du Congo. Il est
illusoire descompter la paix tant que le gouvernement sera allié aux forces
négatives lesquelles font souffrir les populations congolaises vivant à lEst.
Le gouvernement doit prendre ses responsabilités en rétablissant la paix et la
sécurité en intégrant ce plan de réconciliation. Les Congolais nont pas été
réconciliés durant la transition. Quand vous observez la manière dont
{Jean-Pierre} Bemba a quitté Kinshasa, ce nest nullement honorable pour une
personnalité qui a récolté plus de 40% de suffrage à lélection présidentielle.
Bemba avait fait intégrer ses troupes dans larmée en gardant un petit
contingent pour sa sécurité rapprochée. Aujourdhui, je suis entrain de vivre
le même scénario. Jai accepté les négociations tout en donnant mes troupes au
gouvernement. Voilà que je me fais attaquer. Nous ne voulons nullement remettre
le Congo entre les mains dun jeune dictateur. Il faut éviter que ce
qui est arrivé à Bemba arrive à quelquun dautre. Nous soutenons les
institutions issues des élections. Cependant, le gouvernement doit prendre ses
responsabilités pour rétablir la paix et la sécurité.
Je vous ai contacté sur un numéro de téléphone précédé par le préfixe « 00250
», celui du Rwanda, encore un mauvais signal qui ne pourrait que troubler les
esprits
Le téléphone na pas de nationalité. Ici à lEst, nous avons lhabitude
dutiliser notamment le réseau du MTN-Rwanda Cell. Cest une question de simple
commodité. Le problème du téléphone me fait penser à la question de la
nationalité. Le CNDP continue à réclamer la double nationalité. La motion
Makila nous donne raison. On a donné un moratoire de trois mois pour permettre
aux députés ayant des nationalités étrangères de régulariser leur situation.
Rien na été fait à ce jour. Plaidons pour que les Congolais ayant acquis une
autre nationalité puissent garder celle dorigine.
Que répondez-vous à ceux qui ironisent que les Tutsi congolais ressemblent à de
joueurs de football qui jouent un mi-temps dans le camp congolais et un autre
mi-temps dans le camp rwandais ?
(Rires). Il y a des Tutsi congolais et des Tutsi rwandais. Ce sont des frères.
Ils ont été séparés par le tracé de frontières fait à Berlin. Jespère que vous
vous souvenez dune visite effectuée à Kinshasa par le président Bongo, du
Gabon. Issu de lethnie batéké, Bongo dira à son homologue quil est le « Mwami
» des Batéké. Y a-t-il un mal que les Batéké considèrent le président gabonais
comme leur « Mwami » ? La situation est identique en ce qui concerne les Tutsi.
Ils sont au Rwanda, au Burundi, en Ouganda et au Congo. Ceux qui sont au Congo
se reconnaissent comme citoyens congolais à part entière.
Que pensez-vous du projet dorganisation dune table-ronde inter-communautaires
dans les provinces du Kivu ?
La situation qui prévaut à lEst est un problème politique. Il ne sagit pas
dun différend entre communautés. Est-ce que ces différentes communautés
nexistaient pas à lépoque de Mobutu ? Pourquoi la situation déplorée
aujourdhui nexistait pas ? On se trouve face à un problème de leadership.
Cette table-ronde nest rien dautre quune fuite en avant. La cohabitation
harmonieuse entre les différentes communautés est laffaire du président de la
République et du gouvernement. Ce nest nullement une affaire des ethnies. Les
pouvoirs publics doivent assurer à tous les Congolais une protection égale
devant la loi.
Propos recueillis depuis Bruxelles par B. Amba Wetshi
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Où il n'y a point de maître, tout le
monde est maître;
où tout le monde est maître, tout le monde est esclave.
Jacques-Bénigne Bossuet,Extrait de la politique tirée de l'Ecriture Sainte.
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