Je viens de lire plus attentivement ce papier et, comme Pierre me sollicite, j'en profite pour faire quelques remarques ci-dessous
 
PMR
-----Message d'origine-----
De : taboulet <[EMAIL PROTECTED]>
À : URG-L Mailing List <[EMAIL PROTECTED]>
Date : mercredi, juin 26, 2002 18:32
Objet : URG-L: D-dimères et phlébite encore

Mon impression est faite. Lisez la synthèse que j'ai faite de l'article de J. Cornuz (ou en doc joint) et dites moi ce que vous en pensez. J'attends également l'avis de PM Roy qui est un des spécialistes du thème.
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Cornuz J, Ghali WA, Hayoz D, Stoianov R, Depairon M, Yersin B. Clinical prediction of deep venous thrombosis using two risk assessment methods in combination with rapid quantitative D-dimer testing. Am J Med. 2002 Feb 15;112(3):198-203.

L’article de Jacques CORNUZ et Collaborateurs de Lausanne est particulièrement important pour un urgentiste qui s’intéresse au diagnostic de phlébite et à l’emploi (pertinent) des D-Dimères.
Les auteurs ont comparé chez 278 patients le célèbre score clinique de Wells (Lancet 1997) à un score clinique informel qui permet, tout comme le score de Wells, de classer la probabilité pré-test de phlébite dans trois catégories : faible, moyenne et forte. Cette classification informelle était construite à partir des éléments classiques à recueillir pour établir une probabilité empirique de phlébite. Le deuxième intérêt de ce travail était de combiner l’utilisation des D-Dimères à ces deux échelles, pour vérifier l’hypothèse qu’une probabilité faible de phlébite avec un dosage négatif des D-Dimères (< 500 µg/ml) permet avec sécurité d’éliminer le diagnostic de phlébite et de ne pas recourir à l’échographie veineuse des membres inférieurs.
La prévalence de la phlébite profonde était de 29 % dans l’étude. Les valeurs diagnostiques des deux méthodes d’évaluation de la probabilité pré-test étaient bonnes (surface sur la courbe ROC 0,72). Les deux méthodes n’ont pas montré de différence significative dans leur capacité à classer les patients en probabilité pré-test faible, moyenne ou forte, mais les concordances entre les deux méthodes étaient faibles chez certains patients (kappa 0,31). Quelle que soit la méthode utilisée pour le calcul de la probabilité pré-test, une phlébite était présente chez 13% des patients qui présentaient une probabilité pré-test faible (prévalence 39% par le score de Wells et 31% par la méthode empirique).
La valeur prédictive négative des D-Dimères était de 96 % (2 faux négatifs chez (49) 198 patients) ; le ratio de vraisemblance négatif était de 0,14 par le score de Wells et de 0,28 par estimation empirique du clinicien en cas de probabilité pré-test faible. Ces deux ratios étaient bons, bien meilleurs que les ratios de vraisemblance positif (1,39 en moyenne). En utilisant le score de Wells et un test de D-Dimères ? 500 mg/ml, cette stratégie aurait permit d’éviter 10 % des échographies veineuses sur l’ensemble des patients et 26% d’échographie chez les patients avec faible probabilité pré-test.
Les auteurs concluent que le score de Wells et l’évaluation clinique classique étaient comparables pour prédire une phlébite profonde et que, combinés à la mesure des D-Dimères, ces deux méthodes offraient une valeur diagnostique comparable. Ces deux méthodes permettent avec sécurité (surtout le score de Wells) d’utiliser les D-Dimères pour éviter le recours aux ultrasons. Néanmoins, l’économie dégagée par cette stratégie paraît faible, puisque seulement 10 % des patients bénéficieraient de cette stratégie et probablement moins d’ailleurs, dans la mesure où l’échographie veineuse permet d’autres diagnostics que celui de thrombose veineuse. Les auteurs concluent finalement qu’il est essentiel d’enseigner aux cliniciens une méthode clinique d’évaluation pré-test de phlébite profonde des membres inférieurs pour améliorer la pertinence d’emploi des D-Dimères.
Mes conclusions personnelles sont les suivantes.

  • 1/ Il faut savoir évaluer une probabilité pré-test de phlébite (mais c’est vrai pour toute maladie). La méthode de Wells semble légèrement meilleure que la méthode empirique, laquelle reste acceptable.
  • 2/ Il faut réserver l’emploi des D-Dimères aux probabilités pré-test faibles. Cette stratégie permet dans ce groupe d’éviter environ un quart d’échographie veineuse en urgence pour éliminer le diagnostic de phlébite profonde.
Pierre Taboulet
1) Il faut effectivement évaluer la probabilité prétest pour pouvoir interpréter un examen dès lors qu'il n'a pas une sensibilité et/ou une spécificité absolue de 100% ce qui est toujours le cas. En l'occurence, la question est comment le faire ? Les deux méthodes donnent des résultats globaux identiques mais une mauvaise concordance au cas par cas ce qui prouve que les déterminants de la méthode subjective ne sont pas les mêmes que ceux de la méthode de Wells. Finalement, pour faire mieux que le score et que le pif, il faut probablement utiliser les deux. C'est ce que nous avons montré dans un travail sur l'EP qui va être publié dans l'Am J Med : en comparant deux scores celui de Wells et celui de Genève, le résultat le meilleur est l'utilisation d'un score (peut importe lequel) avec une pondération par l'impression du clinicien. L'un sensibilise l'autre et inversement !
2) L'utilisation des D-dimères qui ne sont intéressants que dans une démarche d'exclusion diagnostique par leur forte VPN, est logiquement beaucoup plus pertinente lorsque la probabilité clinique est faible. Lorsqu'elle est forte, il est plus rentable de se diriger vers un examen de confirmation diagnostique. Surtout, le risque de faux négatif est d'autant plus important que la prévalence de la maladie est forte (ce qui est le cas si la probabilité clinique est forte) et le risque de faux positif, d'autant plus important que la prévalence est faible. Cette étude bien conduite ne permet cependant pas d'étayer cet adage, en raison du trop faible nombre de patients et donc de faux négatifs : 2 seulement dont un avec une probabilité clinique faible et un PC forte (évaluation empirique) ou tous les deux une PC intermédiaire (score de Wells). Ainsi, si on prend les résultats au pied de la lettre, la VPN est meilleure lorsque la PC est forte que lorsqu'elle est intermédiaire (score de Wells). En ce qui concerne les D-dimères, il ne faut donc retenir de ce travail, que le fait qu'ils ont une bonne sensibilité et ainsi une très bonne VPN lorsque la prévalence est faible.
En toute liberté et à titre personnel, l'intérêt des D-dimères dans la suspicion de TVP est à mon sens plus limité que lors de la suspicion d'EP. Ce test me semble intéressant aux urgences lors d'une suspicion de TVP que lorsque le recours à l'échographie n'est pas possible pour des raisons logistiques. En pratique, je fais alors en fonction de la probabilité clinique :
PC faible > D-dimères  > négatifs : sortie sans traitement
                                   > positifs : sortie avec traitement et échodoppler dans les jours suivants
PC intermédiaire > D-dimères  > négatifs : sortie sans traitement, échodoppler dans les jours suivants
                                       > positifs : sortie avec traitement et échodoppler dans les jours suivants
PC forte : traitement et échodoppler dans les jours suivants.
3) ce travail suggère aussi un point qui mérite d'être discuté:
- Pour Cornuz et coll,les performances diagnostiques du dosage des D-dimères (<500µg/l) seraient les mêmes pour la thrombose distale que pour la thrombose proximale (avec un faux négatif sur 49 patients avec suspicion de TVP proximale). Or, il y a de grands débats sur les modes diagnostiques et la prise en charge thérapeutique des thromboses distales isolées. Comme le discute les auteurs, l'écho-doppler n'est pas considéré dans ce cas un moyen diagnostic validé (risque de faux + et de faux -, mauvaise reproductibilité...) et si l'usage est en france de chercher et anticoaguler une TVP distale , dans plusieurs pays elles ne sont pas traitées car elles ne sont pas recherchées (l'exploration Ultrasonore s'arrêtant au genou). L'étude de Cornuz aborde le sujet mais la méthode adoptée ne permet cependant pas tout à fait de répondre à la question car la référence est criticable. Il faudrait soit faire une phlébo à tous les patients ce qui est aujourd'hui inimaginable, soit se baser sur le suivi sans traitement (mais dans cette étude els patients avec US + en distal était anticoagulé ).
 
Ce qui est super, c'est que cela nous laisse encore des voies de recherche à explorer !
CIAO
PMR

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Dr Pierre-Marie Roy
Service d'Accueil et traitement des Urgences
Centre Hospitalier Universitaire
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tel: 02 41 35 37 18
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