Oups.Ci-joint la lettre.
 
C.
----- Original Message -----
Sent: Thursday, August 01, 2002 4:25 PM
Subject: r�flexion

Je vous r��cris � nouveau,sans doute parce que j'ai l'impression que vous �tes la seule � ne pas applaudir des deux mains et des deux pieds � la loi sp�ciale...et que j'ai besoin de me d�fouler un peu.
 
Comme je vous l'ai mentionn�,je suis m�decin d'urgence depuis 19 ans.J'ai longtemps travaill� en r�gion urbaine,je travaille maintenant en r�gion rurale,dans l'Outaouais.J'ai assist� � la naissance de la m�decine d'urgence au Qu�bec,concept soutenu � bout de bras par ceux et celles qui y croyaient et s'y sont consacr�s.Et croyez-moi,au d�but le concept n'�tait pas populaire...On se m�fiait un peu de ces m�decins qui voulaient se consacrer � la m�decine d'urgence.
 
Nous �tions (et nous le sommes encore) passablement en retard sur le reste du Canada.
 
La m�decine d'urgence au Qu�bec est une affaire de passion. Pratiqu�e par des gens passionn�s(�a para�t un peu cul-cul de dire �a...mais c'est vrai).Il faut l'�tre pour continuer � privil�gier ce type de pratique.En d�pit des horaires difficiles,des contraintes innombrables sur la famille,des risques m�dico-l�gaux et,cerise sur le sundae,en d�pit de la r�mun�ration consid�rablement inf�rieure � celle qu'il est possible de faire en travaillant de 9 � 5 dans une clinique "sans rendez-vous".
 
La "dur�e de vie" d'un m�decin � l'urgence est relativement br�ve.Une dizaine d'ann�es,et encore.Ce qui n'est pas �tonnant.Rien dans notre syst�me de sant� n'encourage un m�decin � y travailler et surtout,rien ne l'encourage � continuer � y travailler une fois qu'il a acquis l'exp�rience et les comp�tences qui le rendent pr�cieux.
 
Et je p�se mes mots.Un m�decin d'urgence exp�riment� et comp�tent est pr�cieux.
 
Voil� que cette loi nous tombe dessus.On y lit en autre que les m�decins devront �tre assign�s en fonction de leurs "habilit�s et comp�tences". Les m�decins qui travaillent d�j� � l'urgence sont � n'en pas douter les plus comp�tents et habiles � y pratiquer.Cons�quence:ils seront (et sont)les premiers interpell�s par cette loi.
 
Je le disais pr�c�demment:vous travaillez � Montr�al ou Qu�bec dans une clinique sans rendez-vous et n'avez jamais mis les pieds � l'urgence? Dormez tranquille.Cette loi ne vous concerne pas.
 
Vous travaillez � l'urgence depuis 10- 
15 ans,votre urgence est chroniquement en difficult� et le fragile �difice que vous et vos coll�gues r�ussissez � garder debout menace de s'effondrer � chaque fois qu'un m�decin quitte,tombe malade,devient enceinte ou...prend des vacances,tout simplement?...Cette loi s'adresse � vous. 
 
Un de mes coll�gues me disait tout r�cemment �tre totalement d�sesp�r�.Il travaille en Mauricie � l'urgence depuis plusieurs ann�es,il fait 24 p�riodes de gardes en un mois sur deux sites diff�rents et sur trois "shifts"...et il a �t� "conscrit" � donner des disponibilit�s � un h�pital voisin!!!!! Il n'en fait pas assez,peut-�tre???? C'est o�,la limite? Qui la fixera? Aura-t-on le droit de cesser de travailler � l'urgence? "?
 
On s'en va o�,l�???
 
La population qui applaudit chaudement � cette loi devrait  se poser des questions...La plupart des gens croient que l'on vient de mettre un "choker"� tous les m�decins omnipraticiens de la province et que le "probl�me de l'urgence est r�gl�".
 
Erreur:on vient de conscrire ceux et celles qui travaillent d�j� � l'urgence,qui n'ont attendu aucune loi pour le faire,et qui tiennent d�j� des deux mains le filet de s�curit� de notre syst�me de sant�.
 
On ne se pose pas trop de questions sur les cons�quences d'une telle approche.Jean Par�,ex-�diteur de l'Actualit�,a d�j� �crit que les "travailleurs qui interviennent dans la vie des gens en p�riode de crise -m�decins,policiers,avocats-ont rarement la faveur populaire"(Je me r�p�te cette phrase chaque fois que je me fais engueuler � l'urgence:�a me console).Le moins qu'on puisse dire est que la d�monstration actuelle en fait foi.
 
Les m�decins d'urgence du Qu�bec viennent de se faire baiser,royalement.Comme le dit un coll�gue en termes fort imag�s,mais fort �loquents:"... ils nous ont mis dans la merde,et maintenant ils nous la font manger.Ce qui est une fa�on fort commode de s'en d�barasser.M�me si ce n'est pas tr�s sant�."
 
Je vous remercie d'avoir pris le temps de me lire.
 
Catherine Bich

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