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Non au matraquage des m�decins sp�cialistes!
Andr�
Carpentier MD, FRCP(C); professeur
adjoint, service d'endocrinologie, Centre hospitalier universitaire
de Sherbrooke. L'auteur de ce texte est un ancien membre du comit�
d'administration de la F�d�ration des m�decins r�sidents du Qu�bec
de 1992 � 1997.
�dition du vendredi 6
septembre 2002
Le ministre de
la sant�, Fran�ois Legault, projette de modifier le statut
professionnel des m�decins sp�cialistes du Qu�bec, les for�ant �
signer un contrat avec les �tablissements et les r�gies r�gionales
imposant des activit�s m�dicales prioritaires �tablies de mani�re
centralis�e par le minist�re de la Sant�.
De plus, tous les m�decins
sp�cialistes seront soumis aux plans d'effectifs m�dicaux r�gionaux
qui incluront dor�navant toutes les activit�s professionnelles, y
compris celles en cabinet priv�. Finalement, les sp�cialistes seront
tenus responsables non seulement des services de garde dans
l'�tablissement local, mais �galement dans tous les �tablissements
de la r�gion, selon les directives dict�es par les fonctionnaires de
la r�gie.
Ainsi, n'ayant apparemment rien � perdre sur le
plan politique et voulant faire quelques gains rapides avant les
�lections, M. Legault a d�cid� d'utiliser l'approche populiste du
matraquage des m�decins. Le ministre passe donc � la phase finale
d'un processus entam� il y a 30 ans : la fonctionnarisation des
m�decins.
Mais quelles sont les raisons poussant le ministre
� agir de la sorte ? Quels sont les objectifs poursuivis par le
ministre ? Peut-�tre trouve-t-il que les m�decins sp�cialistes
ne sont pas assez performants, ne travaillent pas assez ?
Peut-�tre que la moyenne d'heures travaill�es chaque semaine par les
sp�cialistes devrait �tre augment�e � 70 ou 80 au lieu des 60 heures
actuelles ?
Peut-�tre M. Legault trouve-t-il que les
m�decins sp�cialistes optent pour une pratique facile ? La
vaste majorit� des m�decins sp�cialistes sont pourtant demeur�s au
sein des �tablissements alors que les conditions de pratique n'ont
cess� de se d�t�riorer. Les malades sont pourtant encore bien
soign�s dans nos h�pitaux.
Peut-�tre le ministre trouve-t-il
qu'il manque de m�decins sp�cialistes dans plusieurs r�gions
p�riph�riques et qu'il faudrait que les m�decins sp�cialistes des
r�gions universitaires fassent enfin �leur effort� ? Comme si
nous nous tournions les pouces. Serait-il vraiment possible de nous
ajouter quelques semaines suppl�mentaires de garde par ann�e sans
compromettre les services que nous offrons d�j� aux populations que
nous desservons actuellement ? Le minist�re est pourtant le
principal responsable du fiasco de la mauvaise planification des
effectifs m�dicaux au Qu�bec.
En
1996, lorsque j'�tais [m�decin] r�sident, nous l'avions mis en garde
contre les cons�quences des d�cisions prises � l'�poque. Nous
subissons maintenant ces cons�quences : un manque chronique
d'effectifs m�dicaux sur l'ensemble du territoire qu�b�cois suite �
la mise � la retraite de plus de 1000 m�decins et de milliers
d'infirmi�res exp�riment�es, minant nos conditions de pratique et
notre qualit� de vie; la n�cessit� aujourd'hui d'une augmentation
drastique des admissions en m�decine, cons�quence de la coupure
inopportune des admissions en m�decine dans les ann�es 90,
augmentant la quantit� de nos t�ches d'enseignement; la mise en
place de plans d'effectifs m�dicaux r�gionaux dans les r�gions
universitaires qui ne tiennent pas compte des activit�s de
recherche, transformant en bataille constante le maintien de la
masse critique des effectifs sp�cialis�s dans nos universit�s.
On ajoute maintenant l'insulte � l'injure ! Imaginez un
peu que l'on applique la recette Legault aux juristes, aux
ing�nieurs ou aux entrepreneurs du Qu�bec. Fonctionnariser toutes
ces forces vives que sont les m�decins sp�cialistes ne pourra que
d�t�riorer l'�tat de notre syst�me de sant�. Surtout qu'il n'est pas
du tout �vident que la population soit insatisfaite quant � la
qualit� des services que nous offrons lorsque qu'ils r�ussissent
finalement � nous voir ! Rien dans ce qui est propos� ne laisse
entrevoir qu'il y aura une am�lioration de l'accessibilit� ou de la
qualit� des services m�dicaux sp�cialis�s. Au contraire.
Si
le projet du ministre se concr�tise, des cons�quences tr�s f�cheuses
sont encore une fois � pr�voir pour la population qu�b�coise :
1) un affrontement tr�s intense avec les m�decins qui viendra
perturber le fonctionnement d'un syst�me de sant� dont la situation
est d�j� pr�caire; 2) la possibilit� qu'une grande partie des
m�decins refusent de participer et se d�saffilient de la R�gie
d'assurance-maladie du Qu�bec, mettant ainsi un terme � la gratuit�
des services m�dicaux sp�cialis�s (un but peut-�tre inavou� du
gouvernement ?); 3) la prise h�tive de la retraite pour les
plus vieux et l'exode pour les plus jeunes, surtout dans des
sp�cialit�s � forte demande, ce qui exacerbera la p�nurie des
effectifs m�dicaux et affectera l'accessibilit� et la qualit� des
soins ainsi que la qualit� de l'enseignement et de la recherche; 4)
la d�motivation et la d�responsabilisation des m�decins qui auront
accept� de devenir des fonctionnaires du minist�re; 5) la n�cessit�
d'�tablir des ententes collectives normatives fort co�teuses avec
ceux-ci, ce qui, � mon avis, augmentera le co�t par service offert;
6) et, ce qui me semble inexorable, la d�monstration habituelle
d'incomp�tence de gestion du minist�re, qui torpillera cette fois la
qualit� et l'accessibilit� des services qui seront offerts par les
m�decins sp�cialistes.
La majorit� des observateurs de ce
d�bat entendus depuis le d�but de l'�t� ont montr� leur r�ticence
face � la m�thode dure adopt�e par le ministre contre les m�decins.
M�me M. Castonguay, p�re de l'assurance-maladie, qui n'est certes
pas un ardent d�fenseur des int�r�ts des m�decins, argumentait
r�cemment contre cette fa�on de proc�der. Il semble qu'encore une
fois, le minist�re de la Sant� fasse fi des conseils et s'achemine
vers une autre gaffe monumentale.
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