Le 9/18/02 12:46 AM, ��Alain Vadeboncoeur��
<[EMAIL PROTECTED]> a �crit�:
> Ouais...
>
> Int�ressant, mais bon. Et si le sondage disait vrai? Si les patients �taient
> satisfaits de soins re�us? C'est certain qu'ils ne comptent pas beaucoup,
> qu'ils ne connaissent rien et qu'ils sont manipul�s, mais c'est tout de m�me
> un peu pour eux qu'on fait tout �a, non?
>
> Or, la moyenne des taux de satisfaction avoisine le B+, aussi bien pour
> Montr�al que pour les r�gions. Presque la perfection. Je suis certain que
> mon McDo au coin n'atteint pas ce niveau.
>
> D'ailleurs, Claude, tes objections ne tiennent pas trop: rien ne dit que les
> s�jours hospitaliers recens�s sont courts ("au moins une nuit") ou que les
> patients des soins �taient surepr�sent�s. Il est vrai que les patients de
> l'urgence ont �t� exclus. Mais n'oublions que la "catastrophe" plan�taire
> qui s'abat sur le r�seau touche bien plus que les urgences.
>
> J'ai eu l'autre jour une conversation tr�s intructive avec une infirmi�re
> d'origine haitienne, toujours de bonne humeur, travaillant fort et aimant ce
> qu'elle fait. Alors que je lui demandais si elle trouvait frustrants les
> probl�mes que nous �prouvions dans le r�seau, elle m'a regard� avec un
> certain sourire et m'a dit: "Si les gens ici savaient c'est quoi de vrais
> probl�mes, on ne les entendraient plus jamais se plaindre..."
>
> Je commence � �tre un peu tann� du discours hypercatastrophique qu'on nous
> ass�ne et que nous nous ass�nons nous-m�mes, jours apr�s jours, dans les
> h�pitaux, dans le r�seau. Nous ne sommes pas au Sud-Soudan, disais-je. Nos
> immenses et �pouvantables probl�mes feraient se tordre de rire 97% de
> l'humanit� actuelle et 99.5 % de l'humanit� de 500 derni�res ann�es.
>
> Est-ce qu'il serait aussi possible que nous soyons devenus un peu plaignards
> avec le temps, � force de vivre dans une soci�t� o�, comme professionnels,
> on ne peut pas vraiment dire que nous sommes dans la grande mis�re noire...
> Quelqu'un me disait l'autre jour qu'� force de vivre dans une soci�t� o� il
> n'y a finalement plus de v�ritable lutte pour la majorit� des gens
> (catastrophes, guerres, recherche de nourriture, bref, le quotidien des 4/5
> de la plan�te), les r�flexes de d�fenses avaient fini par s'atrophier, au
> point qu'on pouvait faire de l'absence ou de la pr�sence d'un syst�me
> d'information ou d'un s�jour de 48 heures sur une civi�re l'�quivalent des
> plus grands tourments v�cus par l'humanit�.
>
> A chacun ses grandes catastrophes, pour nous, ce sont les probl�mes de
> civi�res et les relations avec les sp�cialistes. C'est vrai que ces
> probl�mes questionnent de vastes pans de la philosophie et de notre
> spiritualit�, mais peut-�tre devrions-nous, par moments, aussi consid�rer
> qu'il y a d�j� eu, dans l'histoire, deux ou trois probl�mes de plus grande
> envergure.
>
> C'est curieux, mais le sondage m'a fait exactement l'effet inverse: nous
> sommes peut-�tre un peu d�phas�s par rapport � la r�alit� exprim�e ici, par
> ceux qui comptent vraiment. Dans le fond, les gens re�oivent la plupart du
> temps des soins de qualit�, dans un environnement qui n'est pas toujours
> jojo mais qui est souvent mieux qu'un tas de boue au milieu de la brousse.
>
> L'image est peut-�tre un peu grosse, mais bon, peut-�tre qu'� force de dire
> et de r�p�ter que c'est la catastrophe, on a fini par se croire et �
> vraiment ha�r notre r�seau. Je me souviens d'uen infirmi�re qui avait
> affirm� publiquement qu'elle aimait bien son m�tier... et qui s'�tait faite
> rabrou�e par ses coll�gues. Comment? Aimer son m�tier dans le merdier qu'est
> devenu notre r�seau? Mais c'est impossible, c'est humiliant, voyons!
>
> Pourquoi ce discours est-il si dominant? N'y aurait-il pas quelque part des
> gens qui auraient int�r�t � ce que le r�seau finisse par d�raper? Des gens
> qui, sages plnificateurs, commencent d�j� � mesurer les �ventuelles
> retomb�es d'une privatisation du r�seau? Des gens qui sont patients, mais
> qui savent qu'� force de favoriser un discours aussi catastrophique, les
> choses pourraient bouger plus vite qu'on ne le croit?
>
> Je ne sais pas. C'est peut-�tre mon s�jour en Chine qui commence dans
> quelques jours qui m'inspire cela.
>
> Bonne soir�e.
>
> Alain Vadeboncoeur
Il reste qu'on est pas au Sud-Soudan mais bien au Qu�bec, qu'on sait que des
ressources sont gaspill�es, que si ton patient avec un infarctus complique
un peu parce que tu as eu un d�lai de 2 heures pour lui trouver une civi�re
dans ton urgence ou m�me qu'un patient complique dans les 8 heures d'attente
avant d'�tre vu, eh bien, tu seras bl�m� par le r�gime, le coll�ge, et tu
risques de devoir te d�brouiller en cour pour ne pas avoir donn� les soins
optimaux selon les crit�res nord-am�ricains, pas soudanais.
Alors oui restons philosophes. Conservons notre sens de l'humour. Mais je
crois qu'il faut continuer � exercer des pressions pour que le syst�me
r�ponde aux besoins que nous percevons, pas seulement ceux refl�t�s par des
sondages d'opinion des consommateurs.
Bernard Mathieu