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Lysiane Gagnon La Presse
Ces derniers
jours, le ministre de la Sant� a adopt� un ton un peu moins
batailleur. Mais le mal est fait, d'autant plus que M. Legault ne
semble aucunement enclin � mettre au rancart le deuxi�me volet de
son op�ration.
Ce projet, annonc� pour cet
automne, consistera en substance � imposer � l'ensemble des m�decins
un statut de quasi-fonctionnaires dont les activit�s seront r�gies
par la bureaucratie - cette m�me bureaucratie qui est ultimement
responsable des maux du syst�me, tant il est vrai que les ministres
passent mais que les fonctionnaires demeurent.
* * *
Le mal est fait, car le d�sarroi qui s'est install� dans la
profession m�dicale est tel que m�me un demi-recul de la part du
ministre ne pourra r�tablir le climat de confiance n�cessaire pour
revenir � la case d�part.
D�j�, nombre de m�decins, parmi les
plus jeunes et les plus mobiles, commencent � penser � quitter le
Qu�bec, ce qui ne fera qu'aggraver un exode qui se manifeste depuis
plusieurs ann�es.
Prenez le cas de Michel-Antoine Perrault,
un r�sident en anesth�siologie - un domaine o� la p�nurie de
sp�cialistes a depuis longtemps atteint des proportions dramatiques.
Sa compagne se sursp�cialise en cardiologie et aura un poste �
l'h�pital du Sacr�-Coeur de Montr�al. Le Dr Perrault
confiait cette semaine � notre coll�gue Alexandre Sirois que si,
comme c'est fort possible compte tenu des intentions du MSS, on le
force � aller pratiquer � 700 kilom�tres de Montr�al, ils partiront
tous les deux.
Le Dr Perrault, qui �tudie �
l'Universit� de Montr�al, estime qu'environ la moiti� de ses
coll�gues songent actuellement � l'exil. Ces jeunes m�decins
n'imaginaient jamais devoir �tre accul�s � pareil choix. Mais
l'Op�ration Legault leur est tomb�e dessus comme une tonne de
briques.
Les �v�nements sont suivis de pr�s dans les
provinces limitrophes, dont les h�pitaux ont d�j� commenc� �
recruter au Qu�bec. �Pour nous, ce qui se passe au Qu�bec est
merveilleux�, avouait cette semaine � The Gazette le
directeur de la r�gie responsable de trois h�pitaux de Moncton. Le
Nouveau-Brunswick a toujours recrut� des m�decins au Qu�bec mais
cette fois la r�colte sera meilleure.
L'h�pital r�gional de
Thunder Bay, dans le nord de l'Ontario, a re�u deux candidatures
d'urgentologues montr�alais. �Vos m�decins vont partir en masse�,
affirme � The Gazette le directeur de l'H�pital r�gional de
Windsor, dans le sud de l'Ontario. Windsor, comme toutes les petites
villes ontariennes, a d�sesp�r�ment besoin de m�decins de famille:
�La porte leur sera grande ouverte.�
� Toronto, Susan Craig
est � la t�te d'une compagnie qui recrute des m�decins pour
l'ensemble de l'Am�rique du Nord. �Je re�ois cinq fois plus d'appels
du Qu�bec que d'habitude, des m�decins qui me disent �Sortez-moi
d'ici!�. Ils ont le sentiment d'�tre pris au pi�ge et m�pris�s, ils
sont furieux.�
* * *
Chose certaine, les m�decins qui
le voudront pourront facilement trouver du travail ailleurs. Les
m�decins qualifi�s, de m�me d'ailleurs que les infirmi�res, sont en
demande partout. Des dizaines d'infirmi�res qu�b�coises travaillent
en Suisse, la France en est r�duite � recruter des infirmi�res en
Espagne... Depuis des ann�es, les grands h�pitaux am�ricains
courtisent, souvent avec succ�s, nos meilleurs
chirurgiens.
Longtemps, le gouvernement a fait le calcul
cynique que la langue, la culture, les liens familiaux,
retiendraient les professionnels de la sant� francophones. Ce n'est
plus le cas. Plut�t que de bousiller dix ans de dures �tudes
universitaires en pratiquant dans des conditions intol�rables, bien
des m�decins pr�f�reront partir, ce qui, �videmment, aggravera le
probl�me de fond qui affecte le syst�me de sant�, soit la p�nurie de
professionnels.
Cette p�nurie est enti�rement due aux
politiques gouvernementales des derni�res d�cennies, alors que, sous
l'influence de la m�me �cole de bureaucrates qui r�gne toujours au
MSS, on r�duisait les admissions en m�decine de fa�on draconienne et
que l'on multipliait les emb�ches � la pratique m�dicale - jeunes
forc�s d'aller en r�gion sous peine de voir leur revenu amput� du
tiers, plafond salarial trimestriel impos� � l'ensemble des
m�decins, qui se retrouvent forc�s de se tourner les pouces alors
que leurs patients les r�clament...
� cela, s'ajouta le coup
de gr�ce que constitua la mise � la retraite pr�matur�e des
professionnels de la sant�. Puis vint, cet �t�, l'Op�ration Legault:
la conscription des m�decins ayant une exp�rience � l'urgence,
mesure qui p�nalise ceux qui sont d�j� les plus surcharg�s de
travail, et ce projet d'asservir l'ensemble des m�decins � la
fonction publique - une initiative sans �quivalent dans les soci�t�s
d�mocratiques.
Il y a toutefois un d�tail que M. Legault
n'avait pas pr�vu. Il aura beau passer des lois de type sovi�tique,
les m�decins restent libres de s'en aller.
Il ne s'agit pas
ici de pleurer sur le sort des m�decins. Le probl�me, c'est que la
soci�t� a besoin d'eux. La question, c'est de savoir quel jeune de
talent voudra d�sormais entrer en m�decine, et quelle sorte de
m�decins (et combien) seront � l'oeuvre au Qu�bec d'ici quelques
ann�es, alors qu'explosera la demande produite par les baby-boomers
vieillissants. C'est cela, la question, et elle concerne tout le
monde.
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