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Title: Cyberpresse | L'effet Legault : col�re et exode
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Le samedi 28 septembre 2002
L'effet Legault : col�re et exode

Lysiane Gagnon
La Presse

Ces derniers jours, le ministre de la Sant� a adopt� un ton un peu moins batailleur. Mais le mal est fait, d'autant plus que M. Legault ne semble aucunement enclin � mettre au rancart le deuxi�me volet de son op�ration.

Ce projet, annonc� pour cet automne, consistera en substance � imposer � l'ensemble des m�decins un statut de quasi-fonctionnaires dont les activit�s seront r�gies par la bureaucratie - cette m�me bureaucratie qui est ultimement responsable des maux du syst�me, tant il est vrai que les ministres passent mais que les fonctionnaires demeurent.

* * *

Le mal est fait, car le d�sarroi qui s'est install� dans la profession m�dicale est tel que m�me un demi-recul de la part du ministre ne pourra r�tablir le climat de confiance n�cessaire pour revenir � la case d�part.

D�j�, nombre de m�decins, parmi les plus jeunes et les plus mobiles, commencent � penser � quitter le Qu�bec, ce qui ne fera qu'aggraver un exode qui se manifeste depuis plusieurs ann�es.

Prenez le cas de Michel-Antoine Perrault, un r�sident en anesth�siologie - un domaine o� la p�nurie de sp�cialistes a depuis longtemps atteint des proportions dramatiques. Sa compagne se sursp�cialise en cardiologie et aura un poste � l'h�pital du Sacr�-Coeur de Montr�al. Le Dr Perrault confiait cette semaine � notre coll�gue Alexandre Sirois que si, comme c'est fort possible compte tenu des intentions du MSS, on le force � aller pratiquer � 700 kilom�tres de Montr�al, ils partiront tous les deux.

Le Dr Perrault, qui �tudie � l'Universit� de Montr�al, estime qu'environ la moiti� de ses coll�gues songent actuellement � l'exil. Ces jeunes m�decins n'imaginaient jamais devoir �tre accul�s � pareil choix. Mais l'Op�ration Legault leur est tomb�e dessus comme une tonne de briques.

Les �v�nements sont suivis de pr�s dans les provinces limitrophes, dont les h�pitaux ont d�j� commenc� � recruter au Qu�bec. �Pour nous, ce qui se passe au Qu�bec est merveilleux�, avouait cette semaine � The Gazette le directeur de la r�gie responsable de trois h�pitaux de Moncton. Le Nouveau-Brunswick a toujours recrut� des m�decins au Qu�bec mais cette fois la r�colte sera meilleure.

L'h�pital r�gional de Thunder Bay, dans le nord de l'Ontario, a re�u deux candidatures d'urgentologues montr�alais. �Vos m�decins vont partir en masse�, affirme � The Gazette le directeur de l'H�pital r�gional de Windsor, dans le sud de l'Ontario. Windsor, comme toutes les petites villes ontariennes, a d�sesp�r�ment besoin de m�decins de famille: �La porte leur sera grande ouverte.�

� Toronto, Susan Craig est � la t�te d'une compagnie qui recrute des m�decins pour l'ensemble de l'Am�rique du Nord. �Je re�ois cinq fois plus d'appels du Qu�bec que d'habitude, des m�decins qui me disent �Sortez-moi d'ici!�. Ils ont le sentiment d'�tre pris au pi�ge et m�pris�s, ils sont furieux.�

* * *

Chose certaine, les m�decins qui le voudront pourront facilement trouver du travail ailleurs. Les m�decins qualifi�s, de m�me d'ailleurs que les infirmi�res, sont en demande partout. Des dizaines d'infirmi�res qu�b�coises travaillent en Suisse, la France en est r�duite � recruter des infirmi�res en Espagne... Depuis des ann�es, les grands h�pitaux am�ricains courtisent, souvent avec succ�s, nos meilleurs chirurgiens.

Longtemps, le gouvernement a fait le calcul cynique que la langue, la culture, les liens familiaux, retiendraient les professionnels de la sant� francophones. Ce n'est plus le cas. Plut�t que de bousiller dix ans de dures �tudes universitaires en pratiquant dans des conditions intol�rables, bien des m�decins pr�f�reront partir, ce qui, �videmment, aggravera le probl�me de fond qui affecte le syst�me de sant�, soit la p�nurie de professionnels.

Cette p�nurie est enti�rement due aux politiques gouvernementales des derni�res d�cennies, alors que, sous l'influence de la m�me �cole de bureaucrates qui r�gne toujours au MSS, on r�duisait les admissions en m�decine de fa�on draconienne et que l'on multipliait les emb�ches � la pratique m�dicale - jeunes forc�s d'aller en r�gion sous peine de voir leur revenu amput� du tiers, plafond salarial trimestriel impos� � l'ensemble des m�decins, qui se retrouvent forc�s de se tourner les pouces alors que leurs patients les r�clament...

� cela, s'ajouta le coup de gr�ce que constitua la mise � la retraite pr�matur�e des professionnels de la sant�. Puis vint, cet �t�, l'Op�ration Legault: la conscription des m�decins ayant une exp�rience � l'urgence, mesure qui p�nalise ceux qui sont d�j� les plus surcharg�s de travail, et ce projet d'asservir l'ensemble des m�decins � la fonction publique - une initiative sans �quivalent dans les soci�t�s d�mocratiques.

Il y a toutefois un d�tail que M. Legault n'avait pas pr�vu. Il aura beau passer des lois de type sovi�tique, les m�decins restent libres de s'en aller.

Il ne s'agit pas ici de pleurer sur le sort des m�decins. Le probl�me, c'est que la soci�t� a besoin d'eux. La question, c'est de savoir quel jeune de talent voudra d�sormais entrer en m�decine, et quelle sorte de m�decins (et combien) seront � l'oeuvre au Qu�bec d'ici quelques ann�es, alors qu'explosera la demande produite par les baby-boomers vieillissants. C'est cela, la question, et elle concerne tout le monde.

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