----- Original Message -----
Sent: Friday, October 11, 2002 3:03
PM
Subject: URG-L: r�flexions sur la
rapidit�
On pourrait argumenter ad vitam eternam � propos du
salariat vs acte.
GM soul�ve le tr�s int�ressant et
tr�s houleux sujet de la rapidit�,indissociable des discussions sur
le mode de r�mun�ration.Ce facteur de
rapidit�,absolue ou relative,est toujours un sujet sensible entre
urgentologues.Probablement moins aujourd'hui qu'il y a,disons,dix ou
quinze ans(quand le seul et unique facteur-ou presque- qui
influen�ait le nombre de patients vus � l'heure �tait la
capacit� intrins�que du docteur,sa comp�tence...ou son incomp�tence)mais
sensible tout de m�me.
Parlons-en donc,de la rapidit�.De l'efficience.Du
"beat".De la capacit� de "rouler".
Bien des choses modulent aujourd'hui cette
"rapidit�",ne serait-ce que la p�nurie (et l'�puisement qui va avec)des
infirmi�res et le manque d'espace physique qui sont de nos jours l'un des
principaux obstacles � une "certaine" rapidit�.Etre "lent" aujourd'hui
para�t moins qu'il y a quinze ans...et le seuil � partir duquel on
consid�re que quelqu'un est "vite" ou "lent" a consid�rablement
baiss�.
Les infirmi�res qui �taient les premi�res � nous
pousser dans le dos il y a 10-15 ans (et qui faisaient des gros yeux au
pauvre docteur qui avait le malheur de ne pas voir son 50-60 patients
par jour) sont maintenant les premi�res � nous adjurer de ralentir pour
qu'elles puisent souffler un peu!!!
Vous pensez que j'exag�re? Je me rappelle une
certaine �poque o� la commis de l'urgence comptait,litt�ralement,le nombre
feuilles "roses" accumul�es par le docteur de garde.Malheur � vous si la
pile n'�tait pas assez �paisse!!!Vous sortiez de l'urgence la queue entre
les jambes sous le regard r�probateur de l'�quipe qui prenait la rel�ve et
devait assumer votre inefficacit�!!!
Aujourd'hui,plus personne ne compte.
Fort heureusement d'ailleurs.Je n'ai jamais trouv�
que voir 60 ou 70 patients dans un chiffre �tait quelque chose dont on
devait se vanter.(Vous devinerez aussi qu'avec mon 30-35 patients par
chiffre,je sortais souvent de l'urgence la queue entre les jambes...et
quand,pour une raison ou une autre,c'�tait moins que 30...alors
l�,carr�ment,je me faufilais sous le carrelage).
Autre question,maintenant.Suis-je plus rapide
qu'avant,apr�s 18 ans et des poussi�res de pratique �
l'urgence?
Plus confiante,certainement.Plus efficace,sans
doute.Plus rapide? Hum...bonne question.Oui et non.
Je suis � la fois plus rapide et plus efficace quand
je traite un "gros cas"...et plus lente quand je traite un "petit
cas"(c'est-�-dire un cas qui a l'air d'un "petit cas" et qui en est
peut-�tre un "gros"d�guis�).Paradoxal?
Pas du tout.Je suis juste devenue prudente,tr�s
prudente.J'ai tellement vu de trucs atypiques que j'ai attrap� in
extremis(ou que je n'ai pas attrap�...)que j'ai d�velopp� une esp�ce
de r�flexe du genre "tout ce qui se pr�sente ici est potentiellement
grave jusqu'� preuve du contraire".Exclure la gravit� peut me prendre deux
secondes...ou deux heures.Ca d�pend.
Et puis,merde,j'ai carr�ment plus envie de
"rusher"tout le temps.
Une grosse diff�rence avec il y a quinze ans
c'est qu'aujourd'hui,ce qu'on pense de ma rapidit�...je m'en contrefous.Ma
"pile de feuilles roses" est parfois confortablement �paisse,parfois
d�sesp�remment mince...mais sans tous les cas je me couche l'esprit
tranquille.
On pratique tous � la mesure de nos capacit�s,de nos
talents,de notre dynamisme naturel.Et je crois honn�tement que la grande
majorit� d'entre nous font leur "gros possible" et ne flemmarde
pas.
Mais faut faire attention de ne pas confondre
efficacit� avec "train d'enfer".
Plusieurs m�decins qui commencent � travailler �
l'urgence et abandonnent au bout de un-deux-trois ans parce qu'ils ne
"sont pas faits pour �a" ou alors ceux qui n'en font jamais parce qu'on
leur a maintes et maintes fois r�p�t�s qu'ils "n'�taient pas faits pour
�a" sont peut-�tre beaucoup plus faits pour �a qu'ils ne le pensent.Mais
ils ont moins de r�sistance face � des conditions qui sont de toutes
fa�ons intol�rables.Ne restent que "les vrais",les "tough",les
"indestructibles".
J'exag�re bien s�r,mais le culte du superman existe
dans notre milieu.Et on ne rend pas toujours compte � quel point on se
tire dans le pied,� moyen ou long terme.
Et c'est un peu l'histoire de la poule et de
l'oeuf.Des conditions plus faciles,une certaine r�mun�ration
assur�e, permettront de recruter plus de monde pour faire la job,ce
qui permettra d'am�liorer nos conditions de pratique.
Le salaire? Avantageux pour les "lents".L'acte?
Avantageux pour les "vites".Le forfait +acte reste sans doute la meilleure
option,qui permet une r�mun�ration de base + stimule la
"productivit�".
C.
PS:Voil� une question qui pourra int�resser nos amis
fran�ais...Doivent vraiment en avoir ras-le-pompon,de nos histoires
syndicales!!!