Nettement mieux...

Merci

Luc





From: "Alain Chamoun" <[EMAIL PROTECTED]>
Reply-To: [EMAIL PROTECTED]
To: [EMAIL PROTECTED] (URG-L Mailing List)
Subject: URG-L: 2i�me tentative (pas de fichier joint...)
Date: Tue, 05 Nov 2002 09:30:39 -0500


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Mesdames & messieurs des media,
 

L��ditorialiste en chef de La Presse, monsieur Andr� Pratte, signait un article int�ressant dans le journal du 30 octobre rappelant aux m�decins leurs devoirs sociaux malgr� leurs revendications. Ce devoir social est r�el mais ne devrait pas se limiter aux seuls m�decins!

Aussi, je me permets donc de vous �crire pour vous informer de donn�es importantes mais souvent mal connues qui permettent de mieux mettre en perspective les dimensions de ce qui appara�t maintenant comme un enjeu soci�tal majeur. La fa�on avec laquelle le gouvernement n�gociera ou non la r�solution de cette crise pourra avoir de lourdes cons�quences au cours des 5 prochaines ann�es, cons�quences qui pourraient �tre aussi lourdes sur l�accessibilit� aux services de sant� que celles des mises � la retraite anticip�e l�ont �t�.

Pertes d�effectifs

Peu de gens r�alisent notamment que les prochaines cohortes de m�decins sont parmi les plus faibles de l�histoire r�cente. Les ajouts nets de m�decins omnipraticiens dans les prochaines ann�es devraient �tre notamment de 30 en 2003, 30 en 2004 et 60 en 2005.

Je dis bien � devraient �, car le contexte de la pratique de la m�decine a singuli�rement chang�. La loi 114, la menace de contrats avec assignation g�ographique obligatoire ou d�activit�s m�dicales particuli�res impos�es sous peine de lourdes p�nalit�s d�motivent dor�navant plusieurs m�decins � pratiquer dans le contexte social sp�cifique du Qu�bec.

Si on consid�re, par exemple, que ce contexte difficile pourrait dor�navant amener 1% des sept milles omnipraticiens � se relocaliser hors Qu�bec au cours des trois prochaines ann�es, il y aurait des pertes nettes d�effectifs de 40 m�decins omnipraticiens en 2003, 40 en 2004 et 10 en 2205!... Dans une situation de p�nurie telle qu�on a recours � une loi sp�ciale pour garder les salles d�urgence ouvertes, il y a de quoi s�alarmer!

De fait, 1% semble peu puisque le Coll�ge des m�decins note un accroissement r�cent, mais nettement anormal en cette p�riode de l�ann�e, de demandes faites par des corporations ext�rieures au Qu�bec pour obtenir les certificats de bonne conduite des m�decins qu�b�cois qui ont appliqu� dans leur juridiction.

On sait que ces certificats essentiels � l�obtention d�un permis de pratique hors Qu�bec sont habituellement demand�s en mai ou juin, soit quelques mois avant la fin des cours des �tudiants en m�decine g�n�rale ou sp�cialis�e. Or, cette ann�e, il en est tout autrement : des r�sidents se pr�parent d�j� � leur d�part et des m�decins en pratique active ont aussi enclench� le processus. Je vous r�f�re au sondage effectu� par l�Association m�dicale du Qu�bec http://www.amq.ca/fra/action.htm pour en appr�hender l�importance.

 Cadre temporel

� moins de signaux clairs du gouvernement d�ici quelques semaines, ce ph�nom�ne va non seulement se poursuivre mais risque de s�accro�tre.

Or, le gouvernement est pi�g� par les effets pervers de la loi 114. Il ne peut l�abolir puisque maintenant la situation est pire qu�elle ne l��tait en juillet 2002. En raison de la d�motivation des m�decins ou du changement de profil de pratique de plusieurs (attrition sur la liste de d�pannage, cessation de la pratique en m�decine d�urgence, etc.), il y a plus de ��trous � combler�� maintenant qu�il n�y en avait auparavant. Juste au cours des 2 derni�res semaines, le Regroupement des m�decins d�urgence du Qu�bec (REMUQ) a volontairement assum� huit gardes qui autrement auraient n�cessit� l�assignation forc�e de m�decins � Jonqui�re ou Dolbeau.

Ce ph�nom�ne s�accro�tra consid�rablement puisque les listes de garde actuelles ont �t� constitu�es il y a quelques mois (et pour des p�riodes r�guli�res hors pointes) avant que plusieurs m�decins d�missionnaires ne puissent effectivement donner leur pr�-avis l�gal de 60 jours. On peut penser aussi que plusieurs ne feront plus l�effort dor�navant de s�astreindre � prendre sur eux la responsabilit� de combler les plages horaires orphelines de leur �tablissement puisqu�on peut maintenant s�en remettre � la loi 114 pour venir � bout ce probl�me.

Puisque la loi 114 comporte aussi une clause cr�pusculaire qui en am�nera l�extinction le 31 d�cembre 2002, le gouvernement doit amener une autre solution d�ici le 21 d�cembre 2002, date de la fin de la pr�sente l�gislature. �tant donn� le temps n�cessaire pour faire �tudier le projet de loi par la Chambre, la loi devra �tre �crite d�ici le 30 novembre.

Solutions possibles

Il y a 5 solutions possibles mais une seule viable.

  • Reconduire la loi sp�ciale

Cela est constitutionnellement ind�fendable. Seule une urgence nationale peut permettre de violer les droits et libert�s d�un groupe pour le bien commun. Or, une urgence nationale ne peut �tre �voqu�e pour plus de 6 mois et on ne peut pas toujours recourir � une loi sp�ciale pour masquer l�incurie.

  • Mettre en place des contrats d�engagement avec localisation g�ographique forc�e

Si les m�decins refusent de signer en bloc, ils seront exclus du r�gime d�assurance-maladie. �tant donn�e la p�nurie actuelle, les patients n�auraient d�autre choix que de consulter des m�decins d�sassur�s. Il y aurait l� une irruption massive de la m�decine priv�e au Qu�bec et une guerre ouverte avec le f�d�ral puisque cela violerait l�article 12 de la loi canadienne sur la sant�.

  • Mettre en place des jumelages inter-hospitaliers

Cette solution ne tient pas la route car il suffirait de 2 cong�s de maternit� et d�une invalidit� de quelques mois chez les m�decins d�urgence du centre ��parrain�� pour que celui-ci se retrouve aussi en p�nurie. Le � fardeau � du jumelage doit �tre port�e id�alement par l�ensemble des m�decins aptes de la province (comme cela se fait en anesth�sie).

  • �tendre les Activit�s M�dicales Particuli�res � vie � tous les m�decins

Confront�s aux revendications des m�decins d�urgence et aux effets pervers de la loi 114, le MSSS et la FMOQ ont accouch� d�une ��solution�� cosm�tique qui peut donner, � qui ne conna�t pas les enjeux, l�apparence d�un progr�s. En effet, il para�t bien aux yeux de la population de savoir que tous les m�decins se verraient imposer dor�navant un ��service obligatoire��. De plus, ce faisant, le MSSS donne aussi l�illusion de rem�dier � la discrimination qui imposait ces activit�s aux seuls m�decins de moins de 10 ans de pratique.

Or, cette man�uvre ne r�siste pas � l�analyse. En quoi est-il pr�f�rable, par exemple, de garder la salle d�urgence de Shawinigan ouverte la nuit si le m�decin qu�on y consulte n�a pas les habilet�s n�cessaires pour prodiguer des soins d�urgence� et que le prochain qui le pourrait ne commencera son quart de travail que dans plusieurs heures, soit plus de temps qu�il n�en faut pour aller en ambulance de Shawinigan � Trois-Rivi�res?

En effet, on ne forme pas de force en quelques jours des m�decins non motiv�s � des habilet�s aussi particuli�res que la ma�trise des techniques et des connaissances de la m�decine d�urgence. Et ceci est d�autant plus vrai quand ils n�ont pas travaill� en salle d�urgence ou en soins aigus depuis plus de dix ans. On voit donc que l�ajout d�effectifs nouveaux et comp�tents qu�entra�nerait cette mesure est insignifiant. Se pourrait-il que seul l�imp�ratif de sauver les apparences soit � l�agenda politique?

A supposer que l�on veuille former ces effectifs, cela demanderait une supervision �troite durant plusieurs mois. L�exp�rience de milieux d�enseignement montre que cela n�entra�ne aucun gain quant � la productivit� totale durant la p�riode de tutorat et m�me, le plus souvent, cette productivit� diminue. Qui dit tutorat dit ressources cliniques d�enseignement. Curieusement, ni le REMUQ ni l�ASMUQ (Association des m�decins sp�cialistes en m�decine d�urgence) qui regroupent pr�s de 400 des m�decins d�urgence qu�b�cois les plus actifs en pratique de la m�decine d�urgence et en enseignement n�ont �t� consult�s � cet effet. Apr�s avoir laiss� aux seuls m�decins d�urgence l�odieux de subir la loi sp�ciale, il appara�t nettement mal avis� que le MSSS et la FMOQ veuillent encore pr�sumer de leur appui inconditionnel � des jeux de coulisse dont ils feraient les frais.

Si nous passons outre � la formation, on peut d�cider de n�utiliser ces effectifs � insuffisamment form�s � que comme � surnum�raires � pour les consultations ambulatoires et mineures. Laiss�s � eux-m�mes, plusieurs de ces m�decins pourraient ne pas prendre le risque de lib�rer un patient probl�matique et en laisser la responsabilit� � un autre m�decin, ce qui impliquerait des dur�es de s�jour prolong�es en salle d�urgence et une congestion accrue. De plus, la non familiarit� avec des cas plus lourds pourrait entra�ner aussi une multiplication indue de tests de laboratoire et de consultations en sp�cialit�s. La cons�quence imm�diate de cette solution � improvis�e � pourrait �tre la d�gradation de la qualit� de la m�decine d�urgence au Qu�bec, une m�decine que des g�n�rations de m�decins se sont �vertu�es � b�tir.

On voit donc que cette mascarade ne peut servir le MSSS et la FMOQ que comme solution tampon pour reporter la crise et une prochaine ronde de n�gociations � plus tard, apr�s les �lections. Malheureusement pour le PQ, comme on l�a vu plus haut, rien ne garantit que ce tampon tiendra jusqu�au printemps.

Le co�t social et la d�t�rioration du milieu de pratique seront �lev�s et, si le tout devient apparent en pleine campagne �lectorale, cette man�uvre aura �t� un suicide politique. Cette solution ne peut �tre consid�r�e que parce que le cabinet du PM n�en a pas encore �valu� l�impact d�sastreux qu�elle pourrait avoir sur son image au printemps.

  • Reconna�tre le champ de pratique de la m�decine d�urgence et lui donner les moyens de s�assumer

La FMOQ, � l��vidence, conna�t mal la pratique d�urgence. De plus, elle a laiss� le MSSS g�rer la banque de d�pannage en effectifs m�dicaux. Sa gestion d�ficiente explique en grande partie l�incapacit� de la FMOQ � recruter 5-10 m�decins pour couvrir quelques gardes en juillet dernier et �viter ainsi la loi sp�ciale. Il appartient au gouvernement de s�assurer que son mandataire a l�expertise et les ressources voulues pour savoir remplir son mandat. La crise est arriv�e par les urgences; elle doit se r�soudre par les urgences.

La seule solution viable qui pourrait aussi �tre un gain politique important est d�obtenir des m�decins d�urgence qu�ils assument eux-m�mes la responsabilit� de la couverture des unit�s d�urgence (comme le font les anesth�sistes dans leur discipline). Cela peut �tre obtenu si le gouvernement veut s�en donner les moyens.

Plus besoin d�affrontement contre-productif avec les sp�cialistes, plus besoin de mesures qui risquent encore de se retourner contre le gouvernement ou la population.

A cet effet, Le REMUQ est pr�t � s�engager � assurer la couverture des gardes en salle d�urgence � la grandeur du Qu�bec si les quatre conditions suivantes sont remplies :

  • reconnaissance syndicale du REMUQ par le MSSS : le REMUQ devient seul organisme repr�sentatif des omnipraticiens dans le champ d�exercice de l�urgence avec application de la formule RAND (afin de pouvoir asseoir la base d�effectifs);
  • allocation d�une enveloppe budg�taire sp�cifique � l�urgence assurant la parit� avec les pratiques plus l�g�res (sans rendez-vous) ou les pratiques �quivalentes dans les provinces limitrophes (pour assurer la r�tention, le recrutement et la formation des effectifs)
  • engagement du MSSS � ent�riner et mettre en oeuvre les dispositions du document conjoint AMUQ/REMUQ/ASMUQ pr�sent� au ministre le 1er octobre 2002
  • abolition de la loi 114 et engagement du MSSS � ne mettre en place aucune autre disposition coercitive ou discriminatoire dans le champ d�exercice de la m�decine d�urgence.

 

Ces informations vous sont communiqu�es car nous croyons sinc�rement que le bien public le commande. Elles sont aussi copi�es aux agents du gouvernement pour que ceux-ci soient clairement imputables de leur choix. Pour la sauvegarde des acquis de la soci�t� qu�b�coise dans le domaine de la sant�, des d�cisions judicieuses s�imposent. Ne pas le faire ou ne rien faire � court terme risque de cr�er une hypoth�que sociale qui sera longue � lever.

Merci.

Luc Bessette, vice-pr�sident aux communications

REMUQ



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