Jean-Fran�ois Mattei se donne cinq ans pour sauver les urgences
Mercredi 1er octobre 2003
(LE MONDE)

10 500 postes cr��s et un budget de 489 millions d'euros sur cinq ans : pour le ministre de la sant�, le plan qu'il a pr�sent� mardi 30 septembre est "d'une ambition jamais �gal�e". Ce programme, qui r�forme toute la cha�ne des urgences, a suscit� des r�actions mitig�es parmi les syndicats.

 

LA CANICULE est pass�e par l�, et la grippe menace � l'approche de l'hiver. C'est en �voquant ces deux crises sanitaires, l'une qui a fait pr�s de 15 000 morts, l'autre susceptible d'�tre �galement meurtri�re, que le ministre de la sant�, Jean-Fran�ois Mattei, a pr�sent� mardi 30 septembre son plan Urgences. "D'une ambition jamais �gal�e", selon lui, ce plan de 24 mesures sera dot� de 489 millions d'euros sur cinq ans, dont 150 millions pour 2004. Il pr�voit la cr�ation de 10 500 postes, dont 10 % de m�decins et 40 % d'infirmiers, sur cinq ans, et de 15 000 lits de sortie d'urgence.

Rendant un hommage appuy� aux urgentistes pour leur d�vouement pendant la canicule, le ministre a souhait� agir sur "toute la cha�ne des urgences" : l'amont - la permanence des soins des m�decins lib�raux -, les urgences � l'h�pital et l'aval, des services de soins de suite jusqu'au retour � domicile.

En amont des urgences, la permanence des soins est une "obligation m�dicale", a d'abord rappel� M. Mattei. A ce sujet, il a �voqu� les deux d�crets du 15 septembre 2003, qui organisent un syst�me bas� sur le volontariat des m�decins lib�raux. Le conseil de l'ordre a la charge de combler les manques, le pr�fet n'intervenant qu'en cas de carence.

Parall�lement, M. Mattei a pr�cis� que "tout sera fait pour poursuivre le d�veloppement" des maisons m�dicales, dans lesquelles les m�decins lib�raux effectuent des vacations afin de d�sengorger les urgences : 34 fonctionnent en France et 80 projets sont recens�s d'ici � 2005.

Les d�crets du 15 septembre 2003 visent �galement � am�liorer la coordination ville-h�pital � travers une instance commune et une r�gulation unique par les centres 15. Les permanenciers de ces centres b�n�ficieraient d'une formation continue et d'une reconnaissance financi�re. 2 millions d'euros en 2004 sont pr�vus pour eux.

Cent permanenciers (soit une augmentation de 10 % des effectifs) et 20 praticiens hospitaliers viendront renforcer les �quipes des SAMU (service d'aide m�dicale d'urgence, o� parviennent les appels). Les SMUR (service m�dical d'urgence et de r�animation, qui se d�placent) seront consolid�s, avec 600 infirmi�res de plus sur trois ans. Enfin, toujours pour am�liorer l'amont des urgences, le plan int�gre des incitations � l'installation des m�decins lib�raux dans les zones o� ils font d�faut et entend d�velopper des h�pitaux locaux.

UN DIPL�ME SP�CIALIS�

Optimiser l'accueil aux urgences est l'objectif du deuxi�me volet du triptyque pr�sent� par le ministre. "Les urgences sont une mission essentielle de l'h�pital", a expliqu� M. Mattei en insistant sur le "projet collectif de prise en charge des urgences et du partage entre activit�s programm�es et non programm�es". Ainsi, "d�s la rentr�e 2004" sera cr�� un "dipl�me d'�tudes sp�cialis�es compl�mentaires de m�decine d'urgence", confirmant ainsi la reconnaissance de la m�decine d'urgence comme une sp�cialit� � part enti�re, annonc�e par Bernard Kouchner en avril 2002.

En 2004, 18 millions d'euros permettront de renforcer les "�quipes d'accueil comportant un m�decin senior, un infirmier organisateur et un travailleur social". Des zones de soins de courte dur�e ("lits portes") seront cr��es dans les services d'urgences qui en sont d�pourvus. De m�me, le plan d�die 14 millions d'euros en 2004 au renforcement des �quipes gr�ce au remplacement des personnels absents ou au paiement des heures suppl�mentaires.

"Nous passons trente minutes pour nous occuper d'un malade et trois heures pour lui trouver un lit." En rapportant ce propos d'un urgentiste, M. Mattei �voquait le probl�me end�mique de l'engorgement des urgences. Pour tenter de le r�soudre, le plan s'appuie sur le d�veloppement des r�seaux ville-h�pital. L'engagement dans un r�seau sera ainsi une condition de l'accr�ditation des services d'accueil des urgences.

DES LITS G�RIATRIQUES

Enfin, plusieurs mesures visent � accro�tre les capacit�s d'hospitalisation en aval des urgences. Tout d'abord, des lits de court s�jour devront �tre d�di�s sp�cifiquement aux personnes �g�es. Parmi les 207 �tablissements dot�s d'un service d'accueil des urgences, 117 devront en poss�der � la fin 2003. Les autres devront s'en doter avant la fin 2004. Dans le m�me esprit, les �quipes mobiles de g�riatrie seront d�velopp�es. Plus largement, le ministre esp�re r�sorber en cinq ans le d�ficit de 15 000 lits de soins de suite. L'objectif de 8 000 places d'hospitalisation � domicile est fix� pour 2005.

Le plan a �t� qualifi� d'"insuffisant" par la CGT-Sant�, qui a estim� qu'il "ne permettra pas d'�viter que la catastrophe se reproduise". L'accueil a �t� moins n�gatif aupr�s de la Coordination m�dicale hospitali�re, qui a estim� que le plan "allait dans le bon sens", ou du syndicat SAMU de France, qui a soulign� des "avanc�es majeures". Pr�sident de l'Association hospitali�re des m�decins urgentistes, le docteur Patrick Pelloux s'est montr� circonspect, regrettant � la fois que "le plan ne concerne pas seulement les urgences" et qu'il "n'�voque jamais la question du service d'urgences des pompiers, soumis � une r�gulation parall�le � celle des services hospitaliers, au lieu d'�tre commune".

Paul Benkimoun


Maisons m�dicales. Plusieurs types de maisons m�dicales existent. Certaines visent � limiter l'isolement des m�decins g�n�ralistes, surtout en zone rurale, d'autres � mieux organiser les urgences et fonctionnent en dehors des heures d'ouverture des cabinets m�dicaux. Le troisi�me type correspond � des consultations externes sans rendez-vous � l'int�rieur des �tablissements hospitaliers, � proximit� des services d'urgences.

Veille sanitaire. Tirant le bilan de la canicule, le plan fixe comme une priorit� la cr�ation d'un syst�me de veille sanitaire sur les urgences, dot� d'une " tr�s forte r�activit�" et la mise en place progressive d'un syst�me d'information complet sur les urgences touchant l'ensemble du territoire.

Financement. Pris sur l'enveloppe de l'Objectif national des d�penses d'assurance-maladie hospitalier, de 2,4 milliards d'euros pour 2004, le montant total des mesures du plan est de 150 millions d'euros pour 2004 et de 489 millions pour la p�riode 2004-2008. Trente millions d'euros sont pr�vus pour les mesures en amont des urgences ; 68 millions financeront directement les urgences hospitali�res et 52 millions iront aux mesures d'aval.

 

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