C'est intéressant ce sujet des techniques d'entretien et de collecte d'information,surtout à l'urgence où bien souvent la première fois doit être la bonne.Les urgentologues qui commencent se font toujours des cheveux blancs à craindre de ne pas être capable de s'occuper des gros cas:les polytraumatisés,les ACR,les arythmies,les enfants qui codent,etc...Les plus expérimentés n'ont plus un seul cheveu qui bouge(ou si peu...qui bouge,pas de cheveux,quoique pour certains...bon,bon.Voilà que je vadeboncoeurise mon discours,c'est contagieux ce truc-là...) BREF! Les plus expérimentés ont bien plus peur des "petits cas de cubicules" qui peuvent cacher des catastrophes ambulantes.
 
Il y a toutes sortes de patients "mauvais historiens":
1)ceux qui nous mentent carrément pour diverses raisons ou omettent de donner un renseignement important,même si explicitement demandé.Les motifs peuvent être variables,il y a même parfois une espèce de pensée magique du genre "le docteur va me faire des tests et tout voir".Pas grand-chose à faire dans ces cas-là,sinon toujours insister auprès du patient que l'histoire est capitale et qu'on ne pourra pas deviner ce qu'il ne nous dit pas.Avec un peu de perspicacité,on peut cependant généralement faire le tri.
 
2)ceux qui sont peu intelligents(pour ne pas dire pire)et chez qui l'anamnèse est la croix et la bannière.Mais ceux-là sont moins dangereux que ceux de ma troisième catégorie,car on sait que l'histoire est peu fiable donc on se fie pas .Et on cherche dans toutes les directions.
 
3)ceux qui font de leur mieux pour décrire leurs symptômes,mais qui n'y arrivent pas,ou mal,ou mélangent involontairement la chronologie de leur symptômes,ou qui ne comprennent pas les questions posées et tentent quand même d'y répondre.Ceux-là sont éminemment "manipulables" (inconsciemment)par le docteur,lequel peut évoquer des réponses parfois diamétralement opposées sleon la manière dont il pose la question.
 
De manière générale cependant,j'ai tendance à prendre le blâme.C'est pas la "faute" des patients,c'est la nôtre.99% du temps.Anamnèse trop pressée,questions trop dirigées,"choix de réponses" offert au patient,lequel choisit celle qui est la plus proche de ce qu'il ressent,mais qui n'est parfois pas du tout la "véritable" réponse,qui demanderait à être plus subtilement élaborée.Et puis cette erreur parfois tellement difficile à éviter qui consiste à ignorer certains éléments de l'anamnèse qui ne concordent pas avec l'idée qu'on s'est fait (trop vite).
 
Le cas d'avant-hier est un exemple absolument parfait qui me donne un beau petit coup de semonce.
 
C'est quoi,une céphalée d'apparition progressive?Et c'est quoi,une céphalée brutale?Pas toujours facle à clarifier pour le patient.Dans son cas,la céphalée avait commencé brusquement,et s'était intensifié sur quelques heures.D'où la confusion.Alors dépendant de la façon dont la question était posée,la céphalée "progressive" est devenue une céphalée d'apparition "brutale".
 
Vous me direz que je l'ai fait,la fichue PL.Effectivement.J'ai écouté ma petite voix intérieure qui me disait que cette céphalée-là était un peu trop dominante dans le tableau clinique pour l'attribuer à une céphalée accompagnant un syndrome viral.Ca "m'achalait".J'ai donc cherché la méningite virale...pour finalement trouver du sang.Ou peut-être que je cherchais du sang,à ce niveau de conscience qu'on pourrait appeller le "ça" de l'urgentologue.
 
Hi.Hi.Freud va se retourner dans sa tombe.Le "CA" de l'urgentologue.Mais non,et puis quoi encore.
 
Bon.Bon.Fin de ma petite auto-psychothérapie.
 
Je dis bonjour à ceux qui ont eu le courage de lire mes élucubrations culpabilisantes jusqu'au bout.
 
Ne vous foutez pas ma gueule quand vous me verrez.
 
C.

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