Title: Message
Moi aussi.
 
Ca vaut la peine de blablater ainsi,juste pour avoir le son de cloche final d'Alain,toujours ficel� de mani�re lyrique.
 
Les mammouths qui nous poursuivent dans la steppe...
 
C.
----- Original Message -----
Sent: Friday, April 16, 2004 9:39 AM
Subject: URG-L: RE : URG-L: Cher pass�

Bravo mon ami Alain !
 
C'est <fra�chement> bien dit et j'aime beaucoup ce texte.
 
PH
-----Message d'origine-----
De : [EMAIL PROTECTED] [mailto:[EMAIL PROTECTED] De la part de Alain Vadeboncoeur
Envoy� : 16 avril, 2004 00:54
� : [EMAIL PROTECTED]
Objet : URG-L: Cher pass�

Ce cher pass�, r�volu...

 

Savez-vous ce qui est formidable avec le pass�: c'est justement qu'il est formidable.

 

Mais il n'y a rien comme le bon vieux temps, qui �tait vraiment, comme son nom l'indique, le bon vieux temps, si bon. Et comme disait ma grand-m�re, on n'a plus les hivers qu'on avait.

 

Je pense qu'il existe fonci�rement deux classes de gens, en plus des autres: les pessimistes et les optimistes. Les pessimistes voient l'avenir en sombre et le pass� souvent en couleur. Les optimistes voient l'avenir en couleur, peu importe le pass�.

 

Depuis bient�t 350 000 ans, soit depuis que la chair fra�che des Mammouths n'est plus ce qu'elle �tait, les pessimistes r�lent et les optimistes taillent des pierres pour essayer d'attraper les gazelles � la lance, � d�faut de mammouths. C'est comme cela, �a ne changera jamais, sans doute.

 

Marcus Welby �tait vraiment un �tre formidable, tout le monde en convient. Mon grand-p�re aussi, par ailleurs, quand il partait en carriole tir�e par son vieux cheval au milieu de la nuit pour aller accoucher une m�re en sang au fond du rang, contre une douzaine d'oeufs ou une t�te de lard. Son p�re encore plus, probablement, lui qui parcourait le nord de l'Ontario � cheval d'une amputation � l'autre contre une botte de foin ou un sac de f�ves.

 

C'�tait vraiment le bon temps, alors que la pratique de la m�decine est devenue si difficile, si lourde, si �touffante, les patients si revendicateurs, le syst�me si dysfonctionnel, les tribunaux si durs, les salaires si mis�rables, les infirmi�res si peu respectueuses, les listes d'attente si longues, les urgences si d�bord�es, les Canadiens si... ah ben non les Canadiens ont gagn� 5 � 1 ce soir.

 

Mais si les Canadiens gagnent � Boston, c'est peut-�tre que quelque chose ne tourne pas rond dans le discours des pessimistes? Les mammouths ont-ils tomb� sur leur t�te.

 

Peut-�tre, dit-on dans le village voisin, a-t-on r�ussi � domestiquer le feu? Ou bien la roue? Ou bien la machine � vapeur? M�me si mon voisin regrette le bon vieux temps o� c'est la chaleur humaine qui rapprochait les gens, pas ce satan� feu, si les hommes et les femmes avaient de bonnes jambes parce qu'ils marchaient vaillamment de steppes en steppes, que la nature n'�tait pas affreusement souill�e par les bruits des trains, fut-il le petit train du nord.

 

Non, les Canadiens gagnent: il y a quelque chose. C'est un signe. Pas un papillon, un signe.

 

Alors demain, quand vous verrez votre premier patient, regardez-le dans les yeux, posez-lui la main sur l'�paule, et souriez-lui. Ca n'est qu'une douleur atypique, m�me pas un beau cas, m�me pas un coup de sabot de mammouth dans le thorax. Alors rassurez-le, dites-lui de se reposer un peu, et passez au prochain.

 

N'est-ce pas formidable? Le grand myst�re est que nous pratiquons un grand m�tier profond et que nous trouvons tout de m�me le moyen de r�ler, toujours r�ler, contre tout.

 

Tout va-t-il si mal? Je radote mais il faut toujours garder � l'esprit que nous vivons dans un monde sans doute imparfait, mais certainement plus riche, confortable, ma�tris�, que ce que connaissent 90% de l'humanit� actuelle, et 99.6% de l'humanit� des 350 000 derni�res ann�es. Un monde et un syst�me de sant� et m�me des urgences que ce 99.6% d'humanit� pourrait regarder durant des heures sur un �cran de t�l�vision couleur en bavant d'envie, en trouvant incroyable notre chance, en ne comprenant pas comment eux se retrouvent-ils � crever � 23 ans de l�pre, de coups de massue, de sida, de mammouth, que sais-je encore...

 

Au fait, c'est peut �tre cela le probl�me: peut-�tre que rien ne vaut le souffle chaud d'un mammouth affol� qui vous court apr�s sur une steppe d�nud�e pour retrouver son optimisme? Et si l'�poque �tait trop confortable? Si elle nous avait ramollis? Si elle avait min� notre capacit� de r�sistance? D'�merveillement? De lucidit�?

 

Ceci dit, ce cher pass� r�volu, voire inconnu, il est vraiment formidable. Cette �poque b�nie, dont les vieux se rappellent l'oeil brillant, que les jeunes envient. Cette sup�riorit� nette du pass� o� l'imp�t n'existait m�me pas...

 

Ne pensez-vous pas qu'au fond, cet �ge d'or n'a jamais vraiment exist�? Que ce n'est qu'une illusion? Ou encore que, si �ge d'or il y eut, alors c'est qu'il est plut�t perp�tuel? Ne pensez-vous pas que tout cela n'est qu'une question de perception, c'est � dire, n'est-ce, que l'or de l'�ge se tapit au fond de la r�tine mais pas dans l'objet contempl�?  Bref, que c'est la nature de la bile circulante qui d�termine le monde et non l'inverse? Que les vieux ne nous racontent au fond tout cela que pour se donner un genre et montrer ainsi la sup�riorit� morale de leur �poque?

 

C'�tait mon deux sous.

 

Alain Vadeboncoeur MD
Chef du service de m�decine d'urgence
Institut de cardiologie de Montr�al
Tel 514 376 3330  Fax 514 221 3229
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Congr�s international interdisciplinaire sur les urgences
Montr�al, du 26 au 30 juin 2005
www.ciiu2005montreal.com

 

International Interdisciplinary Conference on Emergencies
Montreal, June 26 to 30, 2005

 


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