En fait, je ne faisais que vous faire part de mes observations. Je ne dis
pas que le privé est plus ou moins efficace, je dis que les gens (et pas
seulement les CEO et les ministres) fréquentent les cliniques privées. Je
n'ai aucun intérêt dans le privé, je ne fais même pas de clinique sans
rendez-vous! En fait, j'en fais mais en CLSC!!
Je pense aussi que la situation des gens en banlieu, en région et à Montréal
sont différentes. M et Mme tout-le-monde c'est pas juste les gens qui font
le salaire minimum ou moins...c'est aussi la classe moyenne qui en banlieu,
du moins, est plus 'aisée' qu'à Montréal où les gens doivent dépenser
beaucoup plus pour se loger. Ces balieusards ont plus d'argent à dépenser
sur autre chose que leur logement et étant donné le déficit majeur en
médecins de famille dans ma région, du moins, plusieurs se tournent vers ces
cliniques privées. Mes ex-collègues cherchent d'ailleurs des médecins pour
se joindre à eux, parce que la demande excède leur capacité. Je ne dis pas
que c'est mieux le privé, je dis que les gens se tournent vers ces cliniques
parce que nous avons un problème majeur d'accessiblité.

Tant qu'à discuter.... (vous n'êtes pas obligés de continuer à lire mais
moi, ça m'a fait du bien de l'écrire...!!!)

Je pense que nous avons besoin de beaucoup plus que des solutions 'band-aid'
en santé au Québec. Nous avons besoin d'une refonte du système. Nous avons
besoin de mettre l'accessibilité au médecin de famille au centre du système;
nous avons besoin de centraliser les soins parce que saupoudrer des
spécialistes, ça mine le moral de ceux-ci et ça ne favorise pas la rétention
ni les projets d'envergure; nous avons besoin de dépolitiser la santé parce
que les promesses électorales et le besoin de réélection ça ne va pas avec
l'égalité dans l'accès à des soins de santé et une vision à long terme de ce
qu'on veut comme système de santé au Québec. Y'en a marre des gestionnaires
non imputables et du secret dans lequel on garde la population par rapport à
notre système. Peut-être que ça va bien à l'Institut mais à St-Jérôme, ça va
mal!
Voulez-vous parler des PREM et PEM aussi? J'en ai beaucoup à dire aussi sur
ce système mal conçu, sans vision et surtout rempli de dérogations et de
situations particulières. Et ce, en médecine d'urgence et dans toutes les
autres spécialités. N'y avait-il pas un médecin qui voulait écrire le manuel
de 'comment obtenir une dérogation pour un PREM'?

Ouf!

À bientôt!

Julie
p.s. nous sommes sur la liste des dépanneurs (St-Jérôme) pour cet été...avis
aux intéressés!
-----Original Message-----
From: Alain Vadeboncoeur [mailto:[email protected]] 
Sent: 22 avril 2009 09:26
To: [email protected]
Subject: URG-L: Perceptions, réalités, privé, public...

Julie écrivait:  

"En ce qui concerne les Médisys et Md Rockland, ce ne sont pas juste les
ministres et CEO qui les fréquentent. J’ai 2 ex-collègues qui ont chacun
ouvert leur clinique privé dans les Laurentides et qui sont désaffiliés de
la RAMQ et qui voient monsieur et madame tout-le-monde dans leur clinique où
ils doivent débourser. Et lorsqu’ils ne réussissent pas à les investiguer
et/ou traiter dans leur clinique, ils les envoient à l’urgence (bien sûr!)
et je peux vous assurer que c’est pas des CEO et des ministres.

On est rendu à un point où les gens qui travaillent, les gens qui ont autre
chose à faire que d’attendre se payent des services privés avec rendez-vous
rapide plutôt qu’aller attendre à l’urgence pendant 12-15-20 heures (les
temps d’attente chez nous). 

Alors arrêtez de penser que ces cliniques sont justes pour les ‘grands’ de
ce monde, bien des gens ‘ordinaires’ se payent ces services, depuis
longtemps et de plus en plus."

Puisque le débat lève... Julie écrit deux ou trois choses très importantes
et à mon avis, je m'excuse Julie, questionnables.

D'une part, la seule et unique raison qu'il y a moins d'attente dans ces
cliniques privées, que l'on parle de rendez-vous, de SRV ou d'imagerie,
c'est  simplement parce qu'il y a peu de volume, ce qui donne l'illusion de
l'efficacité. De ce que je comprends des cliniques RV de type Rockland MD,
c'est qu'ils prennent "X" minutes (disons 15-20) avec un patient, peu
importe, à un coût "Y". Comme il y a encore peu de monde qui les fréquente,
les gens ont "miraculeusement" un RV le lendemain, ou autre. 

Évidemment, c'est une illusion: s'il le volume était là, il y aurait autant
d'attente que dans le système public, il n'y a aucune raison qu'il en soit
autrement, les MD ne vont pas plus vite dans le privé (comme ils chargent
davantage, c'est probablement plutôt le contraire), les SCAN ne prennent pas
d'images plus rapidement, les infirmières ne font pas des prises de sang
plus vite. C'est uniquement une question d'offre et de demande, si on aime
parler "marché" et l'offre, aussi marginale soit-elle, dépasse la demande,
si on veut reprendre des termes du "marché". Or, l'offre est essentiellement
une offre médicale déterminée non pas par le contexte mais bien le nombre de
MD et leur "productivité". 

La question qu'on peut se poser est aussi: pourquoi si peu de gens utilisent
ces cliniques? Tout simplement parce que la vaste majorité des gens,
nonobstant ce qu'on dit, n'ont pas les moyens de se les payer. "Monsieur et
madame tout le monde" ne formeront JAMAIS la majorité des gens payant pour
consulter, parce que consulter un MD, cela coûte très cher et qu'une bonne
partie de la population ne peut se l'offrir. Il n'y a qu'à regarder aux USA:
45 000 000 de personnes n'ont ni couverture publique ni assurance privée ni
les moyens ne se payer une assurance privée.  

Donc ces perceptions reposent sur une double illusion d'optique et
conduisent à conclure que "le privé est efficace" et "tout le monde utilise
ses services". Deux faussetés.

Le privé en santé n'est PAS plus efficace, en fait, la littérature sur le
sujet montre plutôt le contraire, en plus de couter généralement plus cher
et d'être plus contraignant pour les médecins. 

Les gens ordinaires n'auront PAS les moyens de payer pour utiliser les
services de santé courante, c'est ce pourquoi un système de redistribution
social est essentiel pour avoir de bons indicateurs de santé, comme nous
avons d'ailleurs.

Ce dernier point implique que, oui, l'établissement la médecine privée
parallèle conduit à un problème fondamental d'iniquité d'accès, justement
parce que la majorité de la population n'a PAS les moyens d'accéder, et que
cet accès est dès lors réservé à ceux qui peuvent sortir la centaine de $
requis pour un simple RV de routine. Ici, c'est une question éthique de
jugement de valeur. Notre société a fait des choix d'équité en santé il y a
40 ans.

Tu mentionnes ensuite quelque chose de très intéressant, qui pourrait passer
inaperçu: lorsque "qu'ils" ne réussissent pas à les traiter/investiguer dans
leur clinique, "ils" les envoient à l'urgence. En fait, l'analyse est
beaucoup plus simple: tout ce qui est lourd, complexe, âgé, psychiatrique,
cancéreux, etc, bref, tout ce qui n'est pas de la médecine clean, rapide, se
retrouvera inévitablement dans le public, pour trois raisons évidentes:
d'une part, le système de santé public DOIT continuer d'exister, peu importe
les conditions dans lesquelles il réalise ses objectifs, d'autre part, seul
le système de santé public disposera des moyens LOURDS pour traiter les cas
complexes et à long terme, mais enfin et surtout, parce que le privé ne peut
exister que si une marge de profit peut être dégagée. Or, la littérature
médicale montre bien que, justement, les graves problèmes de santé ne sont
ni rentables ni rentabilisables. Et ces maladies chroniques sont justement
celles qui sont le plus négligées lorsqu'un personne n'a pas accès aux
soins.

Qu'est-ce qui est "rentable" en santé? Les pathologies simples chez les gens
plutôt en bonne santé, qui n'ont pas besoin de suivi à long terme et qui
compliquent peu, et qui généralement comportent un geste technique. Facile à
trouver: ce qui marche généralement bien dans un hôpital, c'est la chirurgie
d'un jour, par exemple, les petits cas qui prennent quelques heures et qui
compliquent peu, ou les gestes techniques en série: imagerie, scopies, etc. 

Or,  c'est justement le "modèle d'affaires" sur le quel tablent les
cliniques comme Rockland MD: prendre ce qui va généralement le mieux dans
les hôpitaux et en faire une spécialité: chirurgie d'un jour, gestes
répétitifs, etc. Bien sûr que c'est rentable: prévisible, chez des gens
aptes à se déplacer, pas trop vieux, pas trop malades. C'est d'autant plus
rentable si on charge un montant correspondant à une chirurgie moyenne mais
qu'on choisit des chirurgies sous la moyenne des coûts. Cela, n'importe qui
serait capable de le faire de façon "rentable", d'ailleurs l'hôpital le fait
déjà, on l'a vu avec les cliniques d'ophtalmo, où les coûts étaient de 20% à
100% plus élevés que dans le public. Pour de l'ophtalmo (je ne parle pas de
chirurgie du cancer du colon chez les diabétiques, mais bien de l'ophtalmo).


Qui plus est, ces services privés ont avec eux une garantie contre le gros
risque: si le patient complique vraiment (je ne parle pas de la petite
déhiscence mais bien de l'embolie pulmonaire massive), où vous pensez qu'il
ira se faire soigner? La réponse est évidente. Or, une bonne partie du
risque "financier" découle des soins intensifs et de longue durée qui seront
associés aux complications, un autre "risque" qu'évidemment, puisque c'est
son rôle, le réseau public va assumer. Ainsi, en se réservant la part
congrue des soins plutôt techniques et prévisibles et en évacuant la notion
de risque, bien entendu, le privé "va fonctionner" et "même être rentable",
mais c'est une évidence que n'importe qui y arriverait avec ces paramètres
de base!

Alors non, je regrette, les soins privés ne sont et ne seront jamais pour
"monsieur et madame tout le monde", services privés qui ne donnent
actuellement que l'illusion de la performance et qui ne peuvent tabler que
sur une portion congrue et sans risque des soins pour s'étendre. On pourrait
dire que nous sommes victimes d’une illusion d’optique, mais il serait plus
juste de dire que nous sommes manipulés par des gens qui ont un intérêt à
voir émerger cette « opportunité d’affaires ».


Alain Vadeboncoeur

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avec, COMME SUJET, le mot REMOVE (rien d'autre).

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