At 11:05 -0400 01/10/21, Joseph B. Reid wrote:
>The earliest reference to "� tous les temps, � tous les peuples" that I can
>find was in the international conference of 1799.  The biography of
>Condorcet in my Encylopaedia Britannica pictures him as a mathematician,
>philosopher, republican, and a thoroughly admirable character, but no
>mention of any interest in the metric system.  He died in 1794.  Can you
>give us any more information about his maxim on the metric system?

Joe,

I know that you read French - as do several members of this list.
Therefore I take the liberty of quoting some excerpts of my book, to
be published in the coming months (I am currently in discussion with
a publisher) under the title "La grande m�trication" :

...
Turgot, contr�leur g�n�ral des finances d�s le d�but du r�gne de
Louis XVI, cherchait lui aussi � �tablir l'uniformit� des mesures sur
tout le royaume ; le plan en trois �tapes propos� en 1774 par son ami
le math�maticien Marie Jean Antoine de Condorcet, secr�taire
perp�tuel de l'Acad�mie des Sciences, qu'il venait de nommer
inspecteur g�n�ral des Monnaies, le s�duisit : tout d'abord,
d�terminer l'unit� de la mesure universelle - il propose la longueur
du pendule battant la seconde sous la latitude de 45� de l'h�misph�re
nord, lieu plus ais�ment accessible que l'�quateur. Cette t�che est
confi�e en 1775 � l'astronome Ch. Mercier. Mais la pendule
astronomique de l'abb� Chappe qu'on lui avait confi�e �tait en
mauvais �tat� Puis, �tablir le rapport de cette mesure avec les
mesures usuelles : le travail confi� � Mathieu Tillet en 1765 avait
�t� interrompu faute de cr�dits� Finalement faire accepter l'usage de
la nouvelle mesure par d�cision gouvernementale, mais� en 1776, c'est
la disgr�ce de Turgot, limog� pour cause de tentative de r�formes, et
rem-plac� par le financier suisse Necker, moins progressiste. Une
occasion manqu�e.

.....
On ne sait pas pr�cis�ment qui avait r�dig� le texte du discours [de
Talleyrand] du 9 mars 1790. Certainement Condorcet y �tait pour
quelque chose, en fait, c'aurait �t� � lui, cet " intellectuel en
politique " comme l'appellent Elisabeth et Robert Badinter, de le
prononcer s'il avait d�j� �t� d�put�. N'avait-il pas, en tant que
secr�taire perp�tuel de l'Acad�mie des Sciences, �tabli en juin 1789,
juste avant que la R�volution n'�clate, une commission de six savants
(dont Charles Augustin Coulomb, Pierre Simon de Laplace, Lavoisier,
�) pour travailler � la r�daction d'un plan pour l'uniformit� des
poids et mesures ? Sans doute sur la base de son programme de 1774.

......
La machine l�gislative �tait rapide, � l'�poque : le 8 mai 1790,
l'Assembl�e nationale adoptait deux d�crets (sanctionn�s par le roi
le 22 ao�t) : le premier demandait � l'Acad�mie des Sciences de "
d�terminer l'�chelle de division la plus convenable pour les poids et
mesures et pour les monnaies ". Condorcet, d�s le 19 mai, mettait sur
pied une commission, comprenant, outre lui-m�me, Charles de Borda,
Coulomb, Joseph Louis de Lagrange, Laplace, Lavoisier et Tillet :
tous des math�maticiens ou astronomes, en fait, comme la plupart des
savants de l'�poque, h�ritiers de l'esprit des Lumi�res, � l'aise
dans toutes les disciplines scientifiques. Les membres de la
Commission demandaient audience au roi puis � l'Assembl�e pour les
remercier, " au nom de l'humanit�, comme au nom de la patrie ", de
leur avoir confi� ce travail. La commission rendait son rapport en
octobre : elle recommandait la division d�cimale, tant pour les poids
et mesures que pour les monnaies.

....
Alors, dans l'enthousiasme (on est toujours dans la p�riode
"dynamique" de la R�volution, au moins � Paris), on se met au
travail. Sur proposition de Jean-Charles de Borda (encore chevalier �
cette �poque, marin, et physicien), l'Acad�mie des Sciences met sur
pied une nouvelle commission, avec Borda, Condorcet, Lagrange,
Laplace et Gaspard Monge, pour fixer la base de l'unit� de mesures.
D�fiance des savants par rapport aux politiques, d�j� ? Toujours
est-il que la commission ne s'en tient pas aux termes du d�cret, mais
�tudie trois possibilit�s :
- la longueur du pendule battant la seconde � la latitude de 45� (on
ne parle plus de Londres : en d�cembre 1790, apr�s un d�bat agit� aux
Communes, le projet " fran�ais " avait �t� jug� " presqu'impraticable
"�),
- une fraction du quart du cercle �quatorial,
- une fraction du quart du m�ridien terrestre.

...
Ce sera donc une grandeur terrestre : pas l'�quateur, qui n'offre pas
d'avantages par rapport au m�ridien et dont l'�valuation serait
difficile - d�j� les consid�rations g�opolitiques. Le 19 mars 1791,
le rapport final " sur le choix d'une unit� de mesure " est pr�sent�
par Condorcet � l'Acad�mie pl�ni�re : la commission propose que
l'unit� de longueur, baptis�e m�tre, soit �gale � la dix millioni�me
partie du quart du m�ridien terrestre. Elle sugg�re par ailleurs que
l'on mesure, non pas tout un quart de m�ridien, mais l'arc de neuf
degr�s et demi entre Dunkerque et Montjuich (Barcelone), qui se
trouve exactement de part et d'autre du 45� parall�le et dont les
extr�mit�s sont au niveau de la mer (encore que tous ceux qui ont
fait l'escalade du rocher de Montjuich�). A l'�poque, les relations
entre la France r�volutionnaire et l'Espagne royaliste �taient encore
au beau fixe.

....
Toujours est-il que les choses vont, encore une fois, aller tr�s vite
: Talleyrand, encore lui, lit le 26 mars devant l'Assembl�e le
rapport r�dig� par Condorcet. Le m�me jour, l'Assembl�e adopte le
d�cret reprenant les conclusions de l'Acad�mie. Le 30, le roi
sanctionne le d�cret qui devient loi - deuxi�me acte l�gislatif
majeur. Accessoirement le mot m�tre ne figure toujours pas dans le
texte, l'Assembl�e se contente de dire qu'elle " adopte la grandeur
du quart du m�ridien terrestre, pour base du nouveau syst�me de
mesure ". Par contre l'objectif d'�tendre � l'ensemble des peuples le
nouveau syst�me est r�affirm� : " consid�rant� que le seul moyen
d'�tendre cette uniformit� aux Nations �trang�res, et de les engager
� convenir d'un m�me syst�me de mesure, est de choisir une unit� qui,
dans une d�termination, renferme rien ni d'arbitraire ni de
particulier � la formation d'aucun peuple sur le globe ". Condorcet
se fait le promoteur du nouveau syst�me : dans une lettre au roi de
Pologne d'avril 1791, il vante l'�galit� plus grande qu'il apporte "
entre les diverses classes, un moyen de placer au m�me niveau [�]
l'homme qui a pu recevoir une �ducation et celui dont le soin de sa
subsistance a occup� l'existence enti�re ".

...
En janvier 1793, Borda, Condorcet, Lagrange et Laplace r�pondent
positivement : on pourrait d�terminer provisoirement l'unit� de
longueur d'apr�s la mesure de la m�ridienne de France effectu�e par
Cassini (II, Jacques) et La Caille (abb� Nicolas Louis de, encore un
abb�) en 1740 entre Dunkerque et Collioure ; cette unit� serait
appel�e m�tre, subdivis�e d�cimalement en d�cim�tre, centim�tre et
millim�tre ; l'unit� de poids serait le grave, masse d'un d�cim�tre
cube d'eau distill�e, subdivis� en d�cigrave, centigrave et
milligrave. Ces conclusions sont reprises dans un rapport de
l'Acad�mie des Sciences remis fin mai au Comit� d'instruction
publique de la Convention.

As you see, Condorcet has been much involved in the genesis of the
metric system, in the period 1790-1793.

But he was not the "inventor" of the maxim "� tous les temps, � tous
les peuples". Another excerpt :
....
Derni�re �tape, la loi du 19 frimaire an VIII (10 d�cembre 1799)
d�clarait que les �talons des Archives �taient " les �talons
d�finitifs des mesures de longueur et de poids dans toute la
R�publique ". Le syst�me m�trique d�cimal �tait - th�oriquement - en
vigueur en France. Mais on avait perdu une partie de la puret� du
projet initial : l'universalit�, puisque c'�tait la France qui
poss�dait les �talons. Sans voir la contradiction, la m�me loi dans
son article 4 stipulait qu'il serait fabriqu� une m�daille pour
comm�morer l'�v�nement, portant au verso l'inscription " � tous les
tems, � tous les peuples ". La m�daille ne sera r�alis�e qu'apr�s
1837, avec l'aide d'un bienfaiteur lyonnais, P.M. Gonon - et une
orthographe plus moderne.

Please note the spelling "tems", which was in use at that time.

Sorry for the long lesson in French language. I my book is sold at
more than 10 000 copies, my publisher promises me to produce an
English version !

Louis

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