Si je peux me permettre un petit ajout au mess de Sylvain :
dans les ann�es 1920, il a exist� un �tonnant mouvement novateur dont Freinet n'�tait pas sp�cialement l'initriateur qui �tait... la classe promenade ! je ne suis pas suffisamment historien pour savoir si ce mouvement �tait n� de l'air du temps (il ne faut pas oublier par exemple l'importance et l'obligation � l'�poque du jardin scolaire... obligation qui n'a d'ailleurs jamais d� �tre supprim�e !!) ou de fa�on plus structur� dans le GFEN (premier mouvement p�dagogique auquel a d� appartenir c�lestin un certain temps). Le d�clenchement de ce que j'appelle un processus semble �tre d� � ceci : au retour de ballade un CR �tait r�dig� collectivement par les enfants (faut bien justifier le temps pass� � ne rien foutre ! ) et Freinet observait que c'�tait bien plus int�ressant que ce qu'il y avait dans le manuel de le�ons de choses que la plupart continuaient � suivre... en classe. D'o� l'id�e de se fabriquer son propre manuel ! Un vrai manuel ! d'o� la mobilisation des neurones bricoleurs et plusieurs si�cles apr�s l'am�nagement d'un outil tout simple invent� par un certain Gutemberg. Et alors il y a un autre type, breton celui-l�, qui s'appelle Daniel, et qui lui s'�vertuait � faire un journal et � reproduire des textes de m�mes avec un proc�d� horrible (1). Ce truc de l'imprimerie, c'�tait exactement ce � quoi apr�s il courait ! il voit �a dans une revue syndicale ! C'est pile poil ce qu'il recherchait ! il �crit � Freinet ! ...Ils ne savaient m�me pas ni l'un ni l'autre dans quoi ils avaient mis les pieds ! La Loire aurait pu s'appeler l'Allier et le mouvement Freinet aurait pu s'appeler le mouvement Daniel !
Tout �a apr�s avoir pass� un mois, il y a longtemps, � garder la maison de Henri Portier qui n'est pas un foudre de la p�dagogie mais quel �tonnant historien et sa maison �tait pleine d'archives assez stup�fiantes qu'il �tait en train de classer pour le mouvement !
 
 
(1) (je ne sais plus comment cela s'appelait, mais fallait faire une sorte de stencil sur de la p�te... je l'ai fait quand j'�tais m�me, je te jure que j'ai une admiration sans bornes pour les instits qui faisaient �a, parce qu'il fallait y croire... et je te raconte pas avec quels m�mes parce que les histoires de banlieues et de ZEP d'aujourd'hui te para�traient des histoires de la contesse de S�gur ! (par exemple les r�cr�s m�morables o� les polacks  du coin (ils avaient pas encore eu un Jean-Paul pour les dresser) cassaient dans la cour � coups de lance-pierre les bouteilles dans lesquelles ils avaient captur�s des vip�res dans la d�charge � c�t� de chez moi !... o� les vistes de la gendarmerie dans l'�cole cherchant les lance-pierres qui avaient cass�s toutes les tasses des poteaux �lectriques de ce qui �tait la nationale et dissimul�s dans les po�les non allum�s... sans que l'instit, Monsieur Buisson, ne d�nonce qui que ce soit... mais p�tard qu'est-ce que cela avait chauff� apr�s le passage des flics ! ann�es 50 ! banlieue est lyonnaise ! usines de caoutchouc, de c�bles, de textile. Banlieue � la Zola ! Il n'y a pas grand chose de changer � part le b�ton qui remplace la boue... et les usines qui ont disparu !
----- Original Message -----
To: freinet ; 3type
Sent: Sunday, April 03, 2005 7:13 PM
Subject: [3type] Sortie enqu�te

 Bonsoir � tous,
 
Voici un t�moignage sur une technique �ducative des origines de la PF.
 
Coop�rativement
 
Sylvain

La sortie enqu�te : un futur ant�rieur

 

Les � quoi de neuf ? ï¿½ et divers moments de pr�sentations s�av�raient pauvres, en tout cas pas suffisamment riches pour engager les enfants dans des projets d�exploitation. Parce que ceux que nous accueillons sont enferm�s dans une cit� urbaine populaire et qu�ils ont tr�s rarement l�occasion d�en sortir, il s�agissait le plus souvent de comptes-rendus d�entra�nements de foot, d��missions de TV appr�ci�es, de jeux dans la rue, de diverses f�tes, etc. En tout cas, pas assez pour dynamiser les ateliers permanents de la classe.

J�avais eu vent, qu�en son temps et pour des raisons � la fois de sant� et p�dagogiques, Freinet organisait des promenades quotidiennes. A son grand �tonnement, l�effet r�cr�atif pass�, les enfants s��taient engag�s dans des recherches fines qui ont eu pour cons�quence une exploitation de donn�es recueillies dans la classe au service de travaux scolaires li�s � la vie. C��tait en 1920.

Mais pourquoi pas aujourd�hui au regard de la probl�matique soulev�e par notre contexte ?

Je pr�sentais donc l�id�e aux enfants de la classe en leur demandant ce qu��voquait pour eux une � sortie-enqu�te. ï¿½ Au d�part, rien de bien pr�cis, ou plut�t une : � Super, tu as cach� des indices dans la cour et on doit chercher le coupable, c�est une enqu�te polici�re ! ï¿½ Pas vraiment non. C�est en fait une sortie en dehors de l��cole dont le but est de pouvoir rapporter des objets, des sons, des odeurs, des sensations, des images, toutes sortes de choses qui vont pouvoir faire l�objet d�une exploitation en classe. Une fois l�objectif compris, une liste de r�gles de s�curit� a �t� �tablie : � pr�s des routes, on reste rang�s, on ne crie pas, on n�arrache pas les plantes, on prend garde de ne pas ramasser des objets dangereux (verre, seringues, �), on ne s��loigne pas du groupe. ï¿½ Enfin, les enfants ont propos� divers lieux de sortie, � proximit� de l��cole, nous n�avions qu�une heure de pr�vue. Ce fut l�heure du d�part, quelques-uns uns pens�rent � emporter un pot, un sac, une loupe, bref, de quoi observer et collecter.

Je m�attendais � ce qu�ils fassent de ce temps un moment de jeux et d�amusement et � mon grand �tonnement, mais rien de tout cela. C��tait pourtant un lieu qu�ils connaissent parfaitement bien (un minuscule jardin entre deux barres d�immeubles) mais ils m�ont donn� l�impression de le d�couvrir. Le groupe se dispersa et beaucoup se mirent � quatre pattes pour mieux voir : � Ma�tre, une fleur ! ï¿½ � Viens-voir, des l�zards ! ï¿½ � On peut prendre ce b�ton ? ï¿½

Au bout d�un moment, une r�sidente �g�e vint me voir, l�air renfrogn� : � Vous savez que c�est priv� ici et qu�on n�a pas le droit d�entrer ! ï¿½ Avant que j�eus le temps de r�pondre, cette vieille dame se fit apostropher par une des filles qui lui demanda : � Madame, c�est quoi cette fleur ? ï¿½ � Et bien, ma fillette, c�est un pissenlit ! ï¿½ � Un quoi ? ï¿½ � Un pissenlit, si tu en fais une infusion, �a �vite de faire pipi au lit ! ï¿½ Et la voil� embarqu�e dans de longues explications sur les raisons de son affirmation. En repartant, elle avait le sourire.

En classe, presque tous les enfants avaient un projet : �crire un article sur le jardin, faire une pr�sentation sur un b�ton � forme insolite, pr�parer un expos� sur un insecte rencontr�, essayer de r�soudre l��nigme pos�e par un ticket de PMU d�chir� : � C�est quoi le PMU ? C�est o� Deauville ? ï¿½, r�alis� un montage artistique et bien d�autres encore.

Depuis, les sorties enqu�tes sont r�guli�res. A chaque fois, l�engouement des enfants est le m�me et les surprises sont pr�sentes. La plus forte a �t� la rencontre avec le cadavre d�un rat �t�t� qui a donn� lieu � divers textes libres sur � l�histoire du rat sans t�te. ï¿½ Une autre fois, il a �t� question de la meilleure technique pour lancer un caillou de l�autre c�t� de la Mosson, la rivi�re du quartier. Lors de la derni�re sortie-enqu�te, plusieurs enfants ont �mis diverses hypoth�ses � la vue de deux cloportes qui se baladaient l�un sur l�autre.

Pour clore la sortie, le groupe r�dige un article pour le journal. Au-del� du travail de mise en m�moire de la vie de la classe, c�est pour les plus petits un support de lecture vivant et pour les autres l�occasion de communiquer par l��crit et ainsi d�apprendre en plus du projet qu�ils se sont constitu�s.

Au final, ce qui est le plus surprenant pour l�enseignant que je suis est l�int�r�t que ces enfants portent � ce que j�estime comme �tant des plus �l�mentaires. �a les passionne et j�ai failli l�oublier. Le monde dans lequel ils entrent n�est pas encore totalement le leur et les activit�s scolaires passent souvent trop vite pour permettre des appropriations efficaces. Ils ont acc�s ici � de l��l�mentaire et ces particules d��l�mentaire sont constitutives de la complexit�. En m�me temps, le monde qu�ils touchent lors de ces situations n�est pas didactis�, ils le rencontrent tel qu�il est avec toute la complexit� qu�il v�hicule. Nous avons donc un support p�dagogique qui allie de la mani�re la plus souple qui soit le simple au complexe et le complexe � l��l�mentaire.

 

La classe coop�rative est souvent compar�e � une tour de Babel o� se c�toient des dispositifs p�dagogiques parfois tr�s sophistiqu�s. Or ici, avec la sortie enqu�te, c�est la simplicit� de la curiosit� que les enfants appr�cient. Merci C�lestin !

 

 

 

La sortie enqu�te

Mardi 11 janvier 2005, nous sommes all�s aux Bonniers de la Mosson. On a vu plusieurs choses, surtout des fleurs. Nous avons ramass� des feuilles, marrons, insectes, fleurs, plantes, pignes, canettes, � Nous avons rencontr� une vieille dame qui nous a parl� des pommes de pin et des fleurs. Elle nous a dit que c��tait un pissenlit. Il y en avait un qui poussait mais il n��tait pas encore ouvert. Et nous sommes rentr�s � l��cole.

Le groupe de la sortie enqu�te

 

Le parc de la Mosson

Mardi 8 f�vrier, nous sommes partis au parc de la Mosson. Nous avons trouv� plusieurs objets et des �l�ments de la nature. Nous avons crois� le cadavre d�un rat sans t�te. C��tait horrible. Certains ont trouv� du lichen : c�est l�une des plus ancienne plante de la plan�te. Youssra a ramen� une branche de bambou d�environ trois m�tres. Elle l�a port�e jusqu�� l��cole. Tout le monde s�est amus�. C��tait g�nial.

Les enfants de la sortie enqu�te

 

 

� Avec cette d�sinvolture propre aux audacieux, Freinet avait pris la d�cision d�amener chaque apr�s-midi ses gamins dans la nature. Le premier instant de surprise pass�, son directeur s�accommoda de la chose, tout comme s�en accommodaient les parents, avec cette arri�re pens�e toutefois, que c��tait l� un moyen remarquable de perdre son temps et, qui plus est, d�orienter les enfants vers des habitudes de paresse. Il n�en �tait heureusement rien. La promenade, c��tait le moment de la journ�e le plus attendu par les enfants. Elle se faisait l�apr�s-midi, quand d�j� l�effort de la matin�e avait entam� la r�sistance du ma�tre malade et des �l�ves les plus instables. Chaque enfant prenait son crayon, son ardoise, et la petite troupe s�en allait dans les environs imm�diats de l��cole, le long du sentier serpentant sous les oliviers, vers le calme du cimeti�re, dans la colline ou l�-haut, sur le tertre fleuri qui dominait le village. Freinet restait attentif � toutes les remarques des enfants plus par curiosit� humaine que par souci p�dagogique et en fin de compte il �tait facile de voir que tout le monde tirait de cette sortie en plein air, sous le beau ciel du midi, une impression d�euphorie qui disposait � la confiance et ouvrait la compr�hension.[1] �

 

� Avant la rentr�e charni�re d'octobre 1924, qu'a-t-il d�j� modifi� dans sa classe ? Seul son journal de bord pourrait peut-�tre nous informer. Ses observations d'enfants indiquent le climat g�n�ral. Freinet raconte dans une interview enregistr�e (livre-cassette Freinet par lui-m�me, PEMP, 06 Mouans-Sartoux), qu'il a commenc� � changer sa p�dagogie en pratiquant les � pro­menades scolaires �, c'est-�-dire en allant �tudier sur place la nature et les travaux des adultes. Un de ses anciens �l�ves, Lucien Pellegrini, confirmait en 1971 : Les � le�ons de choses � en plein air �taient toujours l'occasion de d�couvertes passionnantes et chaque �l�ve, en appor­tant ses brins de connaissances, contribuait � b�tir une le�on bien �quilibr�e et tr�s vivante. Les insectes et les petits animaux n'�taient pas absents de ces discussions. Nous en apportions sou vent en classe et le ma�tre savait attirer notre attention sur le r�le qu'ils jouaient dans la nature.

Un hiatus se produisait au retour dans la classe, ajoute Freinet. Apr�s les sorties, on �crivait un petit compte rendu collectif mais on devait revenir bien vite aux exercices traditionnels des manuels, sans aucun rapport avec ce v�cu. Il aurait fallu d'une part donner � chaque enfant un exemplaire lisible de ces textes, m�moire vivante de la classe (la polycopie donnait des r�sul­tats trop p�les), d'autre part proposer des documents et des exercices li�s au sujet qui venait de susciter l'enthousiasme.[2] ï¿½



[1] FREINET E., � Naissance d�une p�dagogie populaire ï¿½, Masp�ro, Paris, 1969, p 24.

[2] BARRE M., � C�lestin FREINET, un �ducateur pour notre temps ï¿½, PEMF, Tome 1, Mouans-Sartout, 1995, p 31.

 
 
 
Sylvain CONNAC
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