Je vous renvoie le mail de Pascale Borsi;Philippe R. m'ayant trÃs magnaniment fait remarquer que j'Ãtais nase en informatique...;-))


Face à une difficultÃ, une Ãtape à franchir, un deuil, certains dâentre nous
rÃgressent. Je dis certains parce que câest un systÃme qui est le mien mais
je connais aussi de vrais  bulldozers  qui foncent dans la vie sans jamais
sâarrÃter ni revenir en arriÃre. Câest leur stratÃgie, leur faÃon dâÃtre et
dâavancer mais la ligne droite mâa toujours Ãtà ÃtrangÃre et la rapiditÃ
aussi.

Un personne qui mâest trÃs proche a, il y a peu de temps, attirà mon
attention sur la faÃon dont je mâexprimais le plus souvent dans un Ãchange
verbal : je pars dâune idÃe, digresse sur une autre, plusieurs sâenchaÃnent
ainsi et, finalement, sans que lâautre comprenne trop comment,
je reviens à lâidÃe dâorigine.

Nous en avons conclu tous deux que mon systÃme ressemblait à une marelle.
Les impatients, les rationalistes abandonnent vite, ceux qui mâaiment assez
pour rester curieux de ce que jâai à dire ont la gentillesse,la patience et
lâhumour dâentrer dans le jeu au lieu de me rabrouer en me disant
dâabrÃgerâ..

Dans le domaine plus Ãtendu de la vie, lâimage qui me vient naturellement
est celle  des chemins de traverse Â, des dÃtours, des pauses
que lâon peut faire sans pour autant perdre lâidÃe du but final,
de ce vers quoi on veut aller.

Je reviens donc, aprÃs un dÃtour de plus, sur la rÃgression.

Dans ma classe, je retrouve chez certains enfants cette attitude qui mâest
familiÃre et, paradoxalement, ce sont ceux qui me posent problÃme.
Les autres, les  bulldozers Â, sont bien rassurants :
on sait toujours oà ils en sont, pas de danger que leur
trajectoire tracÃe comme un sillon de labour mâÃchappe mais je nâai pas
encore trouvà la balise Argos qui me permettra de suivre sans interruption
le cheminement des autres.

Au mieux, nous retrouvons nous parfois aux diffÃrentes croisÃes des chemins.

Je constate alors les progrÃs, les Ãtapes franchies, les blocages,
les rÃgressions aussi puis nous nous quittons et je cogite
en solitaire sur mes notes, ils poursuivent leur aventure cognitive sans
moi.

Parfois, cela mâangoisse mais, finalement, il y a toujours des progrÃs Ã
constater à la rencontre suivante.

Depuis quelques temps, grÃce à eux, une question mâest venue :

Comment profiter au maximum de nos retrouvailles pour Ãcouter leur demande,
comprendre ce qui leur manque pour avancer et, si je le peux, offrir mon
aide ?

Je crois de plus en plus que la rÃponse est vraiment dans lâÃcoute et lâ
attention portÃe à ce quâils disent, essaient de formuler, dans lâaide à la
formulation juste mais , les rÃponses, ils les portent dÃjà en eux, ils ont,
la plupart du temps, juste besoin quâon les aide à les exprimer.
A ce moment lÃ, jâentends souvent la petite formule magique :
  Ah, mais câest facile !  et , fier de sa dÃcouverte toute neuve,
lâenfant va partager son enthousiasme avec ses copains.

Mais pourquoi rÃgressent-ils ? Pour se rassurer dans le connu, le dÃjà vÃcu,
le dÃjà compris, pour reprendre des forces, conforter dans le succÃs assurÃ
leur estime dâeux-mÃmes, parce quâil sentent intuitivement que lâÃtape Ã
franchir est difficile mais importante.

Leur interdire cette rÃgression ou Ãmettre sur elle un jugement de valeur
nÃgatif câest les envoyer à lâÃchec, au mur et pourtant cela mâarrive
encore, par bÃtise, impatience, rÃflexe pavlovien installà dans ma tÃte du
temps de  mon Ãcole  : celle de lâencre sur les doigts.
(Je donc rÃgresse aussi souvent.)

Rien ne justifie jamais une telle attitude, ni les programmes, ni le
calendrier scolaire, ni les sacro-saintes  zÃvaluations Â, tous Ãtrangers Ã
la logique, à la complexità de la vie.

Alors nous entrons ensemble en rÃsistance dans ce  village gaulois  quâest
notre classe : nous prenons notre temps, nous trichons avec les Romains, les
convaincus du bien fondà des outils prÃcitÃs ( en essayant tout de mÃme de
ne pas les regarder avec trop de mÃpris comme des cons vaincus dâavance).

Câest parfois risquà : il faudra bien un jour sortir de cette classe pour
affronter les murs et cheminer parmi les bulldozers devenus exemplaires en
dâautres lieux, mais, au final, je mây retrouve souvent gagnante. Celui qui
avait lâair de faire marche arriÃre vient de bondir en avant avec une
Ãnergie qui mâÃpate et il rattrape (voire dÃpasse) les autres.

Câest ainsi que ThÃo est passà sans transition du nombre 20 à 1000, dâune
pÃnible comprÃhension de lâaddition à une totale maÃtrise de la technique
avec ou sans retenues en un tout petit mois et aprÃs avoir  vÃgÃtà Â
pendant six.

Dâailleurs je viens dâemployer un mot-clà : vÃgÃter.

Non, il nâÃtait pas arrÃtÃ, son savoir mÃrissait en silence pour Ãclore au
grand jour quand les conditions lui sembleraient favorables et peu importe
que jâaie suivi ou pas les Ãtapes de la germination, de lâenracinement.

Jâai parfois aidà avec un peu dâengrais ( naturel !), lâessentiel Ãtait de
ne pas labourer le carrà ensemencÃ, de protÃger la pousse des tempÃtes, du
gel, des grÃlons. Je faisais mon boulot de jardiniÃre dâenfantsâ.je ne serai
jamais  professeuredÃzÃcoles  dans lâÃme !

Tout Ãa, câest bien joli, ce regard Ãbaubi sur les  enfants perdus  et
leurs talents cachÃs mais , la maÃtresse,quand est-ce quâelle rÃgresse ?

Sans arrÃt ! Je vous lâai dit, câest mon systÃme.

Comme jâai aimà la fable du liÃvre et de la tortueâ A cette tortue, je me
suis sans cesse identifiÃe.
La carapace, quelle gÃniale invention de la nature : je sors la tÃte, les
pattes, jâavance, si je me sens menacÃe tout le monde aux abris et je
laisse passer le danger !

Les liÃvres, les tigres , les lions me regardent goguenards mais ce nâest
pas grave, dÃs quâils sont repartis dans leur course (vers quoi ?)
je ressors et jâavance.

Au dÃbut, jâavais honte dâÃtre si lente, si vulnÃrable au regard des autres.
Puis on apprend à sâaccepter grÃce aux quelques utopistes qui croient encore
aux tortues et font lâÃloge de la lenteur ( si, si , Ãa existe !), on fait
alors avec sa nature. On ne devient pas du jour au lendemain un CÃlestin,
une Elise, un Paul ( ne vous fÃchez pas les autres que jâadmire, la liste
est trop longue).

Alors je tÃtonne, jâessaie : les outils, les techniques. Parfois je dÃniche
une idÃe qui me plait, jâexpÃrimente, puis lâivresse de la dÃcouverte passÃe
je panique devant ce quâelle a bouleversà dans ma pratique, devant la perte
de contrÃle quâelle a suscitÃe,  parce que je suis face à lâinconnu et rien
ne vient me rassurer sur les choix que jâai faits. Le doute sâinstalle :
Et si jâÃtais en train de faire une erreur majeure, de bricoler avec ma
fantaisie dans du vivant, de perdre ces pauvres gamins,
de leur faire perdre leur temps ? La culpabilità suit de prÃs.

Alors, je rÃgresse. Sous un prÃtexte fallacieux, jâexplique à ma petite
troupe ahurie que   cette semaine, il y a du boulot et quâon va un peu
moins rÃvasser, papoter, Ãchanger nos connaissances au marchÃ, etcâ. Â
pour avancer dans les choses ( incontournables bien sÃr) quâils devront tous
savoir pour atteindre le nirvana du CE2.

Mes bulldozers affichent des sourires bÃats, les autres font la grimace et
se rÃsignent: Â Ãa lui passera Â.
Ils me connaissent et mâacceptent pour ce que je suis momentanÃment : une
maÃtresse qui rÃgresse.

Pendant huit jours, la classe prend des airs sÃrieuxâ.jusquâà ce que jâai la
preuve quâon sây ennuie tous assez fermement. Ils reviennent alors, timides
puis revendicatifs, me sortir de mes doutes et de mes peurs :

 - Ãa fait longtemps quâon nâa pas fait de dÃcoupage libreâ

   - Tiens, jâai fait un truc avec des nombres, je peux le prÃsenter ?

   - Dis donc, on ne devait pas finir les marionnettes pour le spectacle ? Â

Je ressors la tÃte et les pattes et on y va, convaincus que  lâair
sÃrieux Â
ce nâest pas pour nous mais que ce quâon fait ensemble, Ãa, câest
drÃlement sÃrieux !

Pascale BORSI

CP/CE1- Ecole Marie CURIE- LISIEUX (14)


Je viens de retrouver dans mes  archives  un texte libre Ãmouvant :

RÃVE

Je suis entrÃe dans une forÃt de gens.

Ils Ãtaient hauts comme des arbres

et je me suis perdue.

Pour retrouver mon chemin,

jâai attendu la nuit

parce quâil y a des Ãtoiles

et puis aussi, des fois,

des personnes qui tiennent une lumiÃre.

Alors, jâai retrouvà ma maison ,

mon chat et mon chien.

Parfois la vie fait peur !

LUCIE (7ans)







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