Lundi prochain, le projet des classes uniques à l'école Balard
va faire l'objet d'une discussion entre les représentants
locaux de l'EN, quelques chercheurs du département de sciences
de l'éducation de Montpellier et les enseignants impliqués
dans ce projet.
Afin de préciser en quoi cette approche est spécifique, nous
avons rédigé un texte qui fixe quelques repères
caractéritiques de l'acte d'apprendre.

Qu'en pensez-vous ?

Coopérativement

Sylvain



Sylvain CONNAC
Ecole coopérative Antoine BALARD
123, rue de Salamanque
34 080 MONTPELLIER
sylvain.connac(antispam)laposte.net



REPERES POUR UN SUIVI DES CLASSES UNIQUES ET COOPERATIVES

Si l´on conçoit l´école comme un lieu équitaire visant plus
les acquisitions durables que la sélection d´une élite
scolaire, un éducateur est quelqu´un qui se réfère à une
définition précise du concept d´apprentissage. Or les
dernières recherches ne sont pas encore parvenues à en établir
une qui fasse consensus dans les mondes scientifiques et
éducatifs.
Pourtant, l´agir pédagogique nécessite, au moins de manière
implicite, un recours à des repères caractérisant l´acte
d´apprendre. A ce jour, plusieurs systèmes cohérents
coexistent.
Dans cette optique, nous avons choisi de nous appuyer sur une
définition inspirée de l´histoire des pédagogies coopératives, 
en particulier de l´oeuvre de Célestin Freinet et des pionniers
de la pédagogie institutionnelle. Il se trouve que ces repères
sont en parfaite cohérence avec la théorie de l´apprentissage
par la construction des langages développée par Bernard COLLOT
et avec les dernières recherches menées en neurobiologie.
En conséquence, le projet des classes uniques et coopératives
conduit à l´école élémentaire Antoine BALARD s´appuie sur les
déterminants suivants pour définir l´acte d´apprendre :
1 - apprendre correspond à une modification durable de la
structure neurobiologique initiale.
2 - cette modification est le fruit d´un travail intellectuel
appartenant au sujet apprenant.
3 - les facteurs qui favorisent cette modification semblent
être :
-       La disponibilité psychique et physiologique du sujet
apprenant : son aptitude à se rendre attentif au moment de la
situation d´apprentissage. Cette disponibilité fait référence
à un climat de sécurité nécessaire à l´épanouissement de tous,
cette sécurité passant par un recours à un système de règles
sociales comprises, discutées et révisables par tous ;
-       La disponibilité cognitive du sujet apprenant liée aux
caractéristiques des informations à traiter (facteur en lien
avec le concept de zone de proche développement). Cette
disponibilité est d´autant plus présente que les activités en
cours font sens pour l´enfant et peuvent conduire à des
situations de communication ;
-       Une estime de soi basée sur une capacité personnelle à
se considérer comme être pensant, auteur et acteur de son
existence. Cette conviction peut difficilement éclore dans une
relation pédagogique inhibitrice qui voit l´activité de
l´élève dépendre de celle de son enseignant ;
-       la prise en compte de ce que les didacticiens nomment
les « représentations », c´est à dire l´expression de la
structure neuro-cognitive initiale ;
-       une correspondance entre les questions que se pose
l´enfant et la nature des informations qu´il est amené à
traiter ;
-       un choix possible quant aux activités à réaliser, en
particulier pour celles relatives aux profils
d´apprentissages ;
-       la multiplicité des sollicitations et la récurrence de
leur recours. Cette multiplicité concerne aussi bien la nature
des informations que les personnes qui peuvent en être les
vecteurs ; il est ici question des situations de coopération
où les pairs peuvent devenir des sources d´informations ;
-       Le droit à l´erreur qui optimise le désir de s´engager
dans des actions même si on sait qu´elles peuvent conduire à
des impasses.

4 - la durabilité des apprentissages est développée par
l´intermédiaire de :
-       la multiplicité des sollicitations et la récurrence de
leur recours ;
-       un rapport à la complexité des savoirs, ce qui évite
la confrontation à des compétences didactisées et autorise
l´adidactisme (concept développé par Brousseau) ;
-       diverses situations d´enseignement vécues selon divers
points de vue. La coopération entre enfants est aussi
l´occasion pour ceux étant en position d´experts de mobiliser
une nouvelle structure cognitive de manière à ce qu´elle
puisse correspondre à celle existante chez des enfants
demandeurs ;
-       un allongement de la durée « année scolaire »
entraînant un allègement de cette contrainte temporelle.

Pour entrer en cohérences avec cette conception de l´acte
d´apprendre, un dispositif pédagogique a été mis en place.
Ainsi, les enfants sont amenés à apprendre à travers :
-       l´entretien d´un système de règles sociales
garantissant la sécurité et le respect de chacun. Par
l´intermédiaire d´un conseil coopératif quotidien et le jeu
des propositions-critiques-remerciements, les enfants sont
amenés à entrer dans une logique d´auto-organisation de leur
vie scolaire ;
-       la détermination, le suivi et le bilan de plans de
travail individuels et collectifs. Grâce à ces documents de
personnalisation de travail scolaire, les enfants sont
capables de savoir quelles sont les tâches qui leur
correspondent  de manière à pouvoir organiser leur emploi du
temps autour des rendez-vous collectifs ;
-       à travers ces plans de travail, les enfants ont la
possibilité d´émettre des choix, de les vivre et de les
assumer. Ceux-ci s´appliquent lors de tous les temps de
travail personnalisé et lors des moments d´ateliers de classe
ou d´école ;
-       les situations de communication des projets et de
correspondance multi-classes conduisent à construire des
langages spécifiques et à fédérer les groupes autour d´une
réflexion collective. A travers les exposés réalisés par les
enfants avec l´aide des ressources de l´école ou par le
truchement d´un texte libre ou d´une création mathématique,
les enfants découvrent de manière vivante les principales
informations qui pourront devenir des compétences et qui
jalonnent les programmes de l´école élémentaire. Ces
découvertes et les apprentissages qui en découlent se
mobilisent lors des temps de travaux personnalisés avec ou
sans l´enseignant et lors des phases collectives où chacun met
à disposition de tous ses connaissances et compétences ;
-       l´emploi de l´outil « ceinture » qui s´exprime à
travers la Démarche PIDAPI conduit les enfants à organiser
leur travail de manière coopérative. Cet esprit laisse de côté
les stratégies de compétition pour donner vie à un esprit
d´entraide à travers lequel chacun peut espérer bénéficier de
l´aide d´un autre reconnu expert en échange d´un engagement à
fournir à son tour une aide dans ses domaines de maîtrise ;
-       l´évaluation en classe est avant tout formatrice, ce
qui implique qu´elle s´appuie sur une évaluation diagnostique
initiale, devienne sommative lorsqu´une ceinture est obtenue
et reste formative en cas d´erreur.

Le bilan d´une première année de pratique a permis d´isoler
des domaines sur lesquels des adaptations sont encore à
aménager :
-       le rapport à la culture, en particulier aux oeuvres
artistiques et littéraires ;
-       le suivi et la valorisation des projets d´enfants de
manière à ce que la participation à des ateliers ne conduise
pas à un effet « zapping » qui apparaît comme contraire à la
construction de langages ;
-       l´aide apportée aux enfants en très grande difficulté
pour qui le dispositif coopératif de la classe ne semble pas
suffire pour leur permettre d´être disponible aux
apprentissages ;
-       le partenariat avec les familles et leur entrée dans
les classes avec pour objectif l´enrichissement des
sollicitations proposées aux enfants ;
-       la perpétuelle ouverture de l´école sur l´extérieur et
la prise en compte des évolutions de la vie du quartier, de la
région et de la société.

Le suivi de ce projet de classes uniques et coopératives en
école urbaine peut donc être fécond s´il tient compte de ses
fondements. Il serait vain de vouloir le jauger à partir de
repères pédagogiques ou didactiques dont il ne se réclame pas
forcément. Nous proposons dans ce document une liste de
repères qui peuvent servir de support aux observations et
prises d´informations.
Le chantier est encore important et les contributions
coopératives de tous sont nécessaires plus que jamais. L´enjeu
est toujours la quête d´approches éducatives permettant à tous
d´user de l´école comme ascenseur social et comme ferment de
citoyens libres et responsables.




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