Cette histoire de "mur du temps" m'avait inspiré ceci en 1997 :

"Esquisse d'une position théorique pour un art de a vitesse"
http://nideffer.net/proj/_SPEED_/1.4/articles/auber.html

"L'art seul, peut célébrer en pleine lumière, le sacrifice de
l'éthique dans le champ esthétique. Et dans un retournement paradoxal
impliquant tout l'univers, il a ce pouvoir de désigner précisément ce
qui échappe à la réduction, ce qui est commun et éternel :
l'invisible, l'imprésentable, l'ininstrumentalisable."

A l'époque, j'en étais encore à l'idée d'une "perspective temporelle"
centrée et indépassable, si ce n'est par " l'accident des accidents "
redouté par Paul Virilio. C'est bien ce qui nous pend au nez
aujourd'hui avec la toute "puissance du rationnel" rappelée par
Richard Delmas, siliconée dans un réseau dissymétrique qui automatise
l'embrigadement, la réquisition, la soumission, ou la possession des
uns, dans la domestication, la traite, voire le meurtre des autres.

Mais on se souvient, - on sait, - on espère, que le geste d'Abraham a
été suspendu.

Il me semble qu'il y a un après. C'est un "perspective numérique"
fondée, non plus sur des centres d'un réseau dissymétrique (qui
resteront comme Khéops ?), mais sur des codes d'un réseau symétrique,
dont on pourra imaginer qu'ils sont propres à l'espèce.

Nos descendants devront aussi sans doute les garder à l’œil pour
qu'ils ne dégénèrent.

O


Le 4 février 2013 02:09, JFC Morfin <[email protected]> a écrit :
> At 19:59 03/02/2013, gaudin wrote:
>
> Je suis assez d'accord avec ces remarques, encore que le lien avec l'Islâm
> ne me semble pas évident.
>
>
> En fait, je ne cite l'islam que par référence à l'idée première d'un grand
> courant culturel fondé sur une relation stable à une autorité (Dieu) qui
> dans ce cas est explicitement exprimée. L'équivalent judaïque est un fait
> acquis (peuple de Dieu). L'équivalent chrétien est un mouvement relationnel
> (réponse à l'appel, participation à l'assemblée, ecclésia, de Dieu). Face à
> la technique, en fait, face à la machine "créés à notre image" (Wiener) je
> lis plus chez Heidegger l'opposition (que je comprends) à une submersion
> embrigadante tandisque Kurtzwell ma parait plus relever d'une excitation
> méca-eugéniste qui me parait californiennement opportuniste et utopiste ...
> mais on ne sait jamais.
>
> En ce qui me concerne, car je crois que la réponse est egocentrique tout
> autant qu'allocentrique à notre niveau (empathie), la situation technique -
> est simple :
>
> 1/ face à l'information, la communication et ce que j'appelle l'intellition
> (la réception des informations non communiquées) nous avons un besoin de
> mise à niveau dans les deux cas :
>     1.1. soit philosophique et donc de niveau cultuel que nous pourrions
> résoudre séparément et donc potentiellement par des conflits.
>     1.2. soit existentiel et donc de niveau ontologique que nous devrions
> résoudre en tant qu'espèce humaine ou évolution de l'espèce humaine comme
> étant métaphysique au final.
>
> 2/ ce que je disais est que l'expérience du débat jusqu'à présente, me donne
> l'impression (1) qu'il ne s'agit pas d'un conflit inter-abrahamique (50% des
> cultures) (2) non-plus qu'opposant des visions abrahamiques et
> non-abrahamiques. Et donc que c'est un sujet qui concerne l'espèce humaine
> tout entière dans sa maîtrise ou dans son esclavage des machines.
>
> Cette évaluation me paraît importante afin de savoir si c'est un combat que
> nous pouvons ou non remporter. D'autant qu'il se situe a priori sur un champ
> de bataille que nous ignorons totalement depuis trente ans : celui de la
> couche présentation, la couche 6 du modèle OSI d'Hubert Zimmermann (INRIA et
> CNET) et les couches au-dessus de la couche 7. Or j'ai eu l'expérience de la
> possibilité de gagner sur ce terrain (la RFC 5895) une bataille décisive
> (mais pas encore exploitée) pour la défense de la culture humaine contre la
> domainance de l'autonomie mécanique.
>
> Quel modèle architectonique (architectonie) leur expliquer ? Et selon le
> choix du modèle, comment le faire concrètement puisqu'à ce niveau là, la
> vicariance est la manière de s'inter-comprendre seront conditionnées par ce
> même modèle et ses paramétrages. C'est cette question concrête qui me
> conduit à l'exploration de ce que j'appelle l'agorique (la tenségrité des
> logiques) et au besoin architectonique d'expliquer l'homme et sa réalité aux
> machines qui doivent nous y faciliter et libérer la vie.
>
>
>
> En ce qui concerne la traduction de Ge-stell, les philosophes professionnels
> (Jean Beaufret notamment qui a traduit le texte de "die frage der teknik")
> préfèrent le terme a-raisonnement à celui que j'ai employé (réquisition),
> pour bien signifier qu'il s'agit d'une réquisition au nom de la raison.
>
>
> C'est là où je suis aussi gêné car j'associe validation à cybernétique,
> raison à logique, et réflexion à agorique.
>
>
>  Le mot allemand Gestell signifie squelette et aussi étagère. Sa
> construction évoque quelque chose qui se tient debout (stellen) par soi même
> du dedans. Heidegger se livre à l'un de ses jeux favoris en plaçant un tiret
> entre Ge et Stell, ce qui incite Beaufret à en mettre un dans sa traduction.
> Il est vrai que le sens en est modifié ; dès lors qu'on sépare le Ge, on
> induit l'idée d'un mouvement, d'une action qui en l'occurrence est plus
> automatique que volontaire. C'est ce caractère qui m'a orienté vers l'idée
> d'une possession au sens de la sorcellerie...
>
>
> Enièrement d'accord pour l'envoutement des techniques dont ne sort pas, en
> particulier, une large part de la civilisation nord-américaine (qui a encore
> la verdeur dynamique necessaire).
> jfc
>
>
>
> Le 03/02/13 18:55, JFC Morfin a écrit :
>
> At 22:30 02/02/2013, Dominique Lacroix wrote:
>
> Interview de Thierry Gaudin :
> http://reseaux.blog.lemonde.fr/2013/02/01/revolution-cognitive/
>
>
> Très bon interview d'un interviewé passionnant. Toutefois, Thierry, il est
> intéressant que nous n'ayons pas tout à fait la même vision de gestell. Je
> ne suis pas du tout un spécialiste d'Heidegger qui m'a toujours paru
> difficile à suivre, mais poser des questions intéressantes et voir des axes
> de réponse, sans toutefois atteindre un fond conceptuel des choses (si je
> comprends bien, c'est même ce qu'il voulait, mais encore une fois je ne suis
> pas un spécialiste et je l'exprime comme une querelle d'architectonicien).
>
> La lecture de gestell comme "réquisition" et non comme "encadrement" me fais
> penser à "soumission" (islam). Attention: je ne fais pas herméneutique même
> heideggerienne, ici. J'essaie de comprendre si nous sommes bien sur la bonne
> compréhension des choses. Heidegger a eu l'expérience d'être "encadré" (même
> encarté, le souhaitant comme un bien à moment) et à l'expérience s'est
> opposé à cet "encadrement" qu'il voyait aller trop loin. J'ai compris que la
> gestell c'était cette montée, naturelle du besoin de l'encadrement dans les
> situations difficiles (comme la "dictature" pour six mois dans la
> constitution romaine, ou l'article 16 dans la constitution française) et
> pouvant en venir à forcer l'être de l'homme, par l'étant partiel mécanique
> (donc une sorte de malédiction). Thierry dit justement une "possession".
>
> Heidegger a eu ensuite l'expérience de la "réquisition" dans la garde
> territoriale, qui correspond à la "Patrie en danger" du IIIe Reich, et non
> plus (à un moment où un Allemand pouvait considérer la guerre comme perdue,
> ou la perte de la guerre comme la meilleure solution) comme un devoir, mais
> comme une erreur de plus, rendue partiellement acceptable par l'espoir de
> nouvelles armes techniques qui était alors entretenu.
>
> La différence philosophique fondamentale c'est que dans "réquisition" ou
> "soumission", quelqu'un au sommet est responsable de la décision (l'Etat ou
> Dieu) et qu'une guerre civile ou religieuse pourrait-être une solution,
> tandis que dans "encadrement" (ou framing en anglais) c'est une sorte de
> marée structurelle qui saisit tout le monde et que les responsables en sont
> chacun.
>
> Cela vaut peut-être le coup de bien le comprendre, car il nous faut bien
> comprendre comment désamorcer la perception actuelle des Français
> http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20130124.OBS6615/74-des-francais-jugent-que-l-islam-est-une-religion-intolerante.html
> .
>
> Nous sommes en effet semble-t-il devant un conflit intra-abrahamique quant à
> l'utilisation des pouvoirs, de l'argent, des techniques, de la connaissance
> par les dominantes de ses diverses composantes sociopolitiques, ou un
> conflit générique d'une démission de l'humain face à la technique, plus
> particulièrement ressentie par ceux qui s'attachent au spirituel - et donc
> une généralisation de la crise peut-être traitable par une maitrise de
> l'utilisation des machines.
>
> Mon expérience de discussions techniques et en particulier de support de la
> multilinguistique, qui impliquent toujours à un moment ou un autre des
> aspects spirituels puisque l'on est très près des cultures et de leur
> support, me donnent à penser qu'il n'y a ni division humaine, ni
> abrahamique, devant une "réquisition" politique ou économique ou une
> "soumission" religieuse, mais un ras-le-bol général face à la montée de
> l'auto-encadrement mécanique (dont l'architectonie n'est pleinement comprise
> par personne, d'où – entre autres - la Science de l'internet de Kavé, la
> WebSci, la simplexité, l'agorique, etc.)
>
> Je rejoins alors tout autant son diagnostic sur Kurtzwell. Mais n'ayant
> personne de spécifique à blâmer d'autre que nous-mêmes, je suis sans doute
> plus optimiste, car nous pouvons (et tentons de) mieux faire ce que nous
> avons commencé à faire. Et nous pouvons mieux l'identifier comme la volonté
> (unanimement affirmée par tous les peuples du monde au SMSI)  d'une vision
> globale cherchant un monde pratique ethnocentrique par l'information,
> actuellement structurellement controversée par la vision de survie
> technocentrique qu'a de lui-même l'empire américain. Cette vision est
> parfaitement résumée en conclusion du Grand Echiquier par l'ami Kazimir
> (Zbigniew Kazimierz Brzezin'ski) : la survie des Etats-Unis et la paix du
> monde passent par une coopération mondiale coordonnée par ces mêmes
> Etats-Unis.
>
> L'exemple type qui nous est opposé, et dont les difficultés sont
> exemplifiées par la position du CEO de l'ICANN récemment citée par Louis
> Pouzin, est celui du DNS que l'on peut voir comme une métaphore de la
> puissance (fragile) américaine sur la technologie d'influence mondiale
> directe. Ceci rend d'autant plus difficile la décision à prendre de la RFC
> qui en rendra le contrôle à chacun, comme cela est inscrit, mais non
> opérationnellement documenté dans toutes les RFC en vigueur et les documents
> politiques permanents de l'ICANN.
>
> jfc
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> Thierry Gaudin
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Olivier Auber
Evolution, Complexity and COgnition group (ECCO) & Global Brain Institute
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