On 17 sept. 06, at 18:33, Jacques GAIGNARD wrote:

Bonjour,

Jean-Christophe Helary a écrit :

N'oublier pas un truc Jean-Louis, c'est que la masse des utilisateurs passifs c'est elle qui va faire peser la balance d'un coté ou d'un autre.

Aujourd'hui, ces utilisateurs passifs sont sans doute des personnes qui utilisent OOo avec les formats MS (.doc etc) pour raison de "compatibilité", mais le jour où le format ODF sera un requis dans les transferts de fichiers office, c'est la masse de ces utilisateurs qui va jouer le rôle de bulldozer dans le monde du format de fichier. Et sans ce bulldozer, le travail des bénévoles ne sert pas à grand chose.

La balance :
Vous ne parlez pas de la même balance. Je trouve, en ce qui me concerne, très pénibles les allusions à des systèmes de "marchés".

Ce n'est pas vraiment mon propos. Le paragraphe que tu ne cites pas, où je parle de "producteurs et consommateurs" ne fait pas référence à des systèmes concurrentiels mais bien au rapport de production qui existe dans toute démarche créatrice.

Les utilisateurs de OpenOffice.org ne sont pas des clients. Vouloir que OOo prenne le marché de MSOffice (car c'est la plupart du temps ce qui est sousentendu) relève d'un amalgame culturel.

Non. Je n'ai pas parlé en terme de "client", mais "d'utilisateurs". Le "client" c'est l'utilisateur vu du coté "fournisseur de prestation de service". Un "utilisateur" c'est plus neutre comme terme. En général on parle d'utilisateurs pour les transports en communs mais de client pour les compagnies d'aviation :) Je crois que le même parallèle peut être utilisé ici.

En ce qui concerne le "marché" MSO, honnêtement je n'y pensais pas. Ce à quoi je pensais c'est que un jour, les agences de traduction avec lesquelles je bosse ne me fileront pas des .doc et des .ppt/.xls à traduire mais des fichiers ODF (ou même des XLIFF, mais ça je n'y crois pas). Ce qui m'évitera de faire la conversion de mon coté.

Moi, ce qui compte, c'est le format. Les outils avec lesquels je bosse ne fonctionnent pas directement sur les formats MSO donc je dois convertir. C'est une nécessité technique.

Non, si je partage mon sandwich, ce ne sera jamais pour concurrencer les fastfoods. Ce sera TOUJOURS pour me faire plaisir à moi aussi quelque part.

Et donc ce n'est pas spécifiquement pour me faire plaisir. :) J'ai _besoin_ du fait que ODF devienne un format accepté normalement pour ne plus avoir à vérifier mes rendus dans MSO au final (que ce soit rendu visuel pour la présentation que corrections grammaticales et orthographiques).

Mais je comprend bien que pour d'autres il s'agisse de plaisir "quelque part". De fait, mon "plaisir quelque part" ne provient pas spécifiquement de l'utilisation de OOo mais de l'utilisation des outils qui me permettent de nourrir mes gosses :) Et en ce qui concerne ces outils, je peut te garantir que je partage pas mal mon sandwich.

Pour boucler la parenthèse, mes outils fonctionnent sur ODF _parce que_ les formats MSO sont fermés, ce qui est aussi la démarche de OOo: ouverture des formats, pas "création d'un clone MSO".

C'est une démarche hyper pragmatique et qui s'oppose à une démarche "de marché" dominante, donc qui dans un premier temps se doit de jouer dans ces termes.

La masse et le bulldozer :
Il est toujours plaisant de se représenter plutôt sur le bulldozer que dans la masse qu'il pousse.

La tu fais une distinction qui n'était pas dans mon commentaire. Le bulldozer _c'est_ la masse qui pousse. J'aurais pu parler d'un effet domino ou de trucs comme ça mais en gros, ce qui compte c'est l'inertie du mouvement. Ce sont les bénévoles qui créent les premières impulsions et le reste des utilisateurs qui font avancer la chose. Il n'y a pas d'autre manière d'analyser le succès d'un "mouvement" (comme tu le confirmes d'ailleurs à la ligne suivante:).

Mais ce bulldozer n'existe pas et donc n'a jamais servi à rien. Il n'y a, du moins dans les logiciels libres, que des mouvements de foule(s), sans rien qui les pousse hormis chaque individu qui décide lui même d'aller au même endroit que les autres.

Oui mais le décision entre pondre un .doc et pondre un .odt va être prise en fonction de l'environnement. Cf. mon problème + haut. Je suis tout à fait capable techniquement parlant de livrer des .odt, mais le "client" avec lequel je suis engagé dans une prestation de service n'est pas obligé d'accepter d'installer OOo juste pour pouvoir ouvrir mon travail (pour lequel il a ou va payer).

Et là on a de la chance que ODF soit une norme ISO, parce que sans ça il n'y a même plus de légitimité à livrer du ODF.

OOo et ODF ne sont validés au final _que_ dans le cadre de systèmes d'offre et de demande soumis aux exigences de normes contraignantes. ISO entre autre.

L'utilisateur que tu décris, c'est de fait le type de l'utilisateur "libre", mais en ce qui concerne OOo (dans sa fonction sur le marché de l'échange d'information) on a largement dépassé ce niveau d'utilisation. Et tant mieux parce que ce c'est ce changement de "vitesse" qui va faire que les utilisateurs "libres" seront acceptés pour leurs choix et que les bénévoles seront gratifiés pour leur travail.

Pour un développeur, c'est gratifiant que son bébé soit pris en compte et utilisé. Ce qui est aussi très attendu, ce sont les améliorations, les propositions, et les coups de mains semblent les bienvenus. Faire du beau, du chouette, du ratameuhmeuh quoi, me paraît le point commun chez les développeurs de LL. Personne ne pousse. Les changements se font par adhésion. (sans carte hein .. ;-)

Hum hum... Heu, si, dans le cas précis de OOo il y a un paquet de personnes qui poussent et qui _eux_ parlent vraiment en termes de parts de marchés, de clients etc. Et heureusement qu'ils sont là parce que sinon OOo n'existerait tout simplement pas (en tout cas pas au même niveau que ce qu'on a aujourd'hui). Il s'agit de toutes les boites, SUN la première, qui met un paquet de fric sur OOo, et de toutes les boites qui soutiennent ODF avec pas mal de fric aussi.

Et sans eux, on serait vraiment dans l'archétype de ce que tu décrit aujourd'hui: des GD (gentils développeurs) qui se font plaisir et des GU (gentils utilisateurs) qui se font plaisir aussi.

Bien sûr, la notoriété apporte des moyens supplémentaires qui sont utiles. C'est une part de l'activité de pas mal de monde. Faire connaître pour aller chercher des moyens. Il n'empêche que la multiplications des destinataires de ces moyens peut porter préjudice à ceux qui développent pour de bon sur le projet. Bref, il en va pour le LL comme pour les ONG : "ceux qui ne sont pas en connexion directe avec le terrain peuvent porter préjudice à leur projet lui même, par la dispersion des efforts, et même bien évidemment en toute bonne foi".

Tatata, ce n'est pas la notoriété de OOo qui a apporté la contribution de SUN :) C'est la notoriété de SUN qui a autorisé l'existence de OOo :) OOo c'est pas fetchmail. Et le fait qu'il y a aujourd'hui une communauté extrêmement forte (mais répartie très inégalement en termes géographiques) ça permet aussi à SUN d'utiliser des ressources limitées sur d'autres projets qui n'ont rien à voir avec le libre (sauf le fait que eux aussi ils ont des communautés d'utilisateurs... La "communauté elle a le dos large ;)

Au final c'est peut-être de la que vient la confusion (que je ne cherche pas à entretenir). Dans le cas OOo on n'est plus dans le schéma: couple développeurs/utilisateurs, mais dans un schéma libre qui date de la fin du siècle dernier et qui a commencé (peu ou prou) avec AOL qui lance Mozilla. Mais avec une particularité c'est que OOo, au contraire de Mozilla qui utilise un "standard" (html) a réussi à _faire_ de son format de fichier un standard, c'est pas une mince affaire et c'est ça qui fait la différence.

Et hop !

Jean-Christophe


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