Chères toutes, chers tous,

Nous sommes heureux de vous transmettre le programme annuel détaillé du 
séminaire « Les limites du transcendantal », ainsi que l’argumentaire qui 
l’accompagne.

La prochaine séance aura lieu le mardi 9 novembre, dans l’amphithéâtre Milne 
Edwards de la Sorbonne, où nous aurons le plaisir d’entendre Jean-Baptiste 
FOURNIER, pour une intervention intitulée « Helmholtz : reformatages et limites 
empiristes du transcendantal ».

Au plaisir de vous retrouver nombreuses et nombreux pour cette seconde séance,
Bien à vous,

Jean-Baptiste Fournier et Laura Tavernier

PROGRAMME

Lundi 4 octobre, 17h30, amphithéâtre Jean Jaurès, 29 rue d’Ulm (ENS)
Alexander Schnell (Université de Wuppertal)
« Le transcendantal et le spéculatif »

Mardi 9 novembre, 17h30, Amphithéâtre Milne Edwards (Sorbonne)
Jean-Baptiste Fournier (Sorbonne-Université)
« Helmholtz : reformatages et limites empiristes du transcendantal »

Mardi 7 décembre, 18h00, Salle F040 (Sorbonne)
Dominique Pradelle (Sorbonne-Université)
« La constitution des idéalités mathématiques est-elle transcendantale ? »

Lundi 17 janvier, 17h30, Salle D 223 (Serpente)
Raphaël Authier (Sorbonne-Université)
« L’idée d’un transcendantal historique a-t-elle un sens ? »

Lundi 7 février, 17h30, Salle D 223 (Serpente)
Elise Marrou (Sorbonne-Université)
« Wittgenstein et les limites du transcendantal »

Lundi 7 mars, 17h30, Salle D 223 (Serpente)
Julien Tricard (Sorbonne-Université)
« Mathématisation de la nature, abduction ou raisonnement transcendantal »

Lundi 4 avril, 17h30, Salle D 223 (Serpente)
Raphaël Ehrsam (Sorbonne-Université)
« Limites universelles de l’expérience ou limites empiriques de l’universel ? 
Eléments de méta-critique socio-historique du projet transcendantal »

Lundi 9 mai, 17h30, Salle D 223 (Serpente)
Antoine Grandjean (Université de Lille)
Présentation de Métaphysiques de l'expérience. Empirisme et philosophie 
transcendantale selon Kant (à paraître chez Vrin)

Journée d’études doctorale
Jeudi 16 juin 2022, 8h30-18h30, salle D 040 (Serpente)
Intervenants : T. Aït-Kaci, A. Ariotto, B. Bednarczyk, A. Derot, J. Jamet, S. 
McStravick, L. Tavernier, F. Valeyre.

ARGUMENTAIRE


I. Questionner les limites du transcendantal, c’est d’abord interroger les 
difficultés, les limitations ou les points aveugles que recèle la thèse 
kantienne d’une double structuration a priori, esthétique et logique, de 
l’expérience. Ces points problématiques du transcendantalisme concernent aussi 
bien le statut accordé aux structures subjectives investies d’une fonction 
possibilisante, que la conception de l’expérience elle-même, dont on affirme 
qu’elle doit être ainsi possibilisée a priori.

1. Le premier point soulève d’abord la question de la nature de l’instance 
transcendantale : les structures qui rendent possibles l’expérience se 
présentent-elles comme un ensemble de fonctions qui, bien qu’égoïquement 
unifiées, demeurent irréductibles les unes aux autres, ou procèdent-elles d’un 
fond substantiel originaire dont elles ne sont que les différenciations finies 
? La détermination du statut modal de ces facultés transcendantales s’impose 
comme tout aussi problématique, selon qu’on ne leur concède qu’une portée 
anthropologique, ou qu’on juge au contraire légitime de les doter d’une 
nécessité absolue qui interdit leur relativisation.

C’est également la question de l’innéité ou de l’acquisition des structures 
subjectives de possibilisation qui est en jeu. La validité objective a priori 
du transcendantal autorise-t-elle sa genèse dans le temps ? Comment penser ce 
déploiement progressif sans le réduire à un engendrement empirique qui 
contesterait l’existence même de l’a priori ? Si l’acquisition originaire de 
l’a priori soutenue par Kant invite à interroger les conditions empiriques de 
l’actualisation du transcendantal, il s’agit de savoir jusqu’à quel point la 
distinction peut être maintenue entre une empiricité favorisante, simple 
occasion de ce qu’elle ne produit pas, et une empiricité causalement 
déterminante, qui bouleverse sinon annule le sens même du transcendantal.

Enfin, cette perspective génétique ouvre la délicate question de l’historicité 
potentielle de l’a priori possibilisant : peut-on conclure de la non-innéité du 
transcendantal à sa malléabilité historique ? Kant répondrait que l’acquisition 
de l’a priori n’entame pas son anhistoricité définitoire, dans la mesure où ce 
qui est génétiquement acquis demeure structurellement invariable. Mais la 
question reste aujourd’hui ouverte de savoir si les conditions de possibilité 
de l’expérience peuvent varier historiquement et si un transcendantal plastique 
se laisse penser.

2. Le second point interroge la compréhension de l’expérience qu’une position 
transcendantale suppose et nourrit à la fois. Affirmer que la structure 
esthétique et logique de l’expérience n’en procède pas, n’est-ce pas réduire 
implicitement l’empirique à un matériau amorphe impuissant à s’articuler de 
lui-même ? Cette conception restrictive ou appauvrissante de l’élément 
sensible, dont on peut contester la légitimé phénoménologique, questionne la 
possibilité de désolidariser le transcendantalisme d’une approche 
intellectualisante de l’expérience. La question de l’intellectualisme ouvre 
inévitablement celle de l’objectivisme : peut-on faire s’équivaloir les 
conditions de possibilité de l’expérience et les conditions de possibilité de 
l’objet de l’expérience tout en se donnant les moyens de penser l’excès de la 
phénoménalité sur l’objectivable ? Ce qui vient limiter le transcendantal, ce 
peut être en effet ce qui, depuis l’immanence même de l’expérience, échappe à 
la performanc
 e objectivante de l’a priori et lui impose un cran d’arrêt.



II. Mais les éventuelles insuffisances du transcendantal se révèlent également 
à travers les problèmes suscités par sa thématisation philosophique, elle-même 
étroitement liée à la métaphore de la limite. Parce qu’elle est élaborée en 
réponse à une interrogation critique visant à délimiter ou à circonscrire le 
champ du connaissable, l’invention kantienne du transcendantal est, on le sait, 
originairement solidaire d’une pensée de la frontière. Si la fonction 
possibilisante des catégories justifie leur validité objective a priori pour 
l’expérience, elle délimite en même temps leur unique champ légitime 
d’application : l’usage cognitivement fécond de l’a priori logique est 
restreint au domaine de l’empirique dont il rend possible la structuration 
objective. Or thématiser ainsi le transcendantal et sa limitation au champ de 
l’expérience, n’est-ce pas transgresser subrepticement la frontière qu’il nous 
impose ? N’est-ce pas se placer par impossible de l’autre côté de la limite ? Si
  Kant peut thématiser sans contradiction le transcendantal et ce qui le 
déborde, c’est parce que la possibilité de l’usage non-objectivant des 
catégories garantit selon lui la non-congruence des frontières de l’expérience 
et des limites de la pensée. Jusqu’à quel point cette solution est-elle 
satisfaisante ? Le transcendantal est-il quelque chose à quoi la pensée puisse 
assigner des limites, ou n’est-il pas plutôt la limite de la pensée elle-même, 
qu’elle ne peut par définition réfléchir ? D’un point de vue argumentatif plus 
classique, on se demandera enfin si l’on peut se contenter de régresser 
discursivement aux conditions de possibilités de l’expérience, en épousant le 
mode de probation apagogique employé par Kant, ou s’il faut admettre que le 
transcendantal s’atteste intuitivement, dans un voir intellectuel ou eidétique.



III. Un autre aspect du problème tient enfin à la délimitation historique de la 
tradition transcendantale et aux reformatages auxquels les auteurs postérieurs 
à Kant ont dû soumettre les concepts transcendantaux afin de les adapter aux 
exigences des divers courants philosophiques dont ils se réclamaient. Que des 
penseurs aussi différents que Fichte, Helmholtz, les néokantiens, Husserl, 
Carnap ou même Strawson puissent se revendiquer de la pensée transcendantale 
pose en effet la question de la délimitation de ce qui, par-delà les 
allégeances superficielles à la tradition kantienne, en relève véritablement. 
Car à vouloir assimiler toute philosophie thématiquement orientée sur les 
conditions de possibilité de la connaissance objective – pour peu qu’elle 
admette un ancrage de ces conditions dans une certaine forme de subjectivité – 
à ce qu’on pourrait appeler le « transcendantalisme », ne risque-t-on pas de 
vider les concepts kantiens de tout leur sens ?

S’interroger sur les limites historiques du transcendantal revient ainsi à 
évaluer la plasticité des concepts transcendantaux. Car toute pensée visant à 
établir les fondements de la science est nécessairement soumise à son évolution 
: aussi les révolutions accomplies en mathématique et en physique après Kant 
rendent-elles inévitable la réélaboration du questionnement transcendantal. De 
là la réarticulation de l’analytique et du synthétique qui, à partir de Kant, 
conduira aux travaux de Schlick et Carnap ; de là le renouveau de l’empirisme 
au XIXe siècle et la tentative helmholtzienne d’adapter le schéma kantien aux 
exigences de la nouvelle géométrie ; de là le travail néokantien sur les 
conditions de possibilité de la connaissance objective et le déplacement de 
cette question par rapport à celle des conditions de possibilité de 
l’expérience ; de là, aussi, le vaste mouvement de « désubjectivation » des 
facultés transcendantales dont la phénoménologie husserlienne est une étap
 e cruciale, ainsi que la reprise, par-delà le tournant linguistique, des 
arguments transcendantaux par certains penseurs anglo-saxons.

C’est cette plasticité du schéma transcendantal qui a pu garantir son actualité 
et qui – dans un dialogue étroit avec le nouveau réalisme qui, lui aussi, ne 
peut que conduire à s’interroger sur ses limites – en fait, aujourd’hui encore, 
une source inépuisable de questionnement.


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