Par-delà la division entre philosophies analytique et continentale
Annonce
2 Mars 2023
Université de Poitiers - UFR SHA
Co-organisateurs : Camille NERRIERE & Oliver NORMAN
Dans un entretien accordé en 2000 à la revue Reason, John Searle revient sur
son rapport à la fois conflictuel et amical avec la philosophie continentale. A
cet égard, il oppose d’un côté Foucault et de l’autre Derrida. L’œuvre de ce
dernier relèverait d’un “obscurantisme terroriste”: une prose si obscure
qu’elle résiste à tout lecteur, celle-ci se transformant en terrorisme, dès
lors que le philosophe peut, du fait de cette obscurité, reprocher à son
lecteur d’avoir mécompris son texte.
Or, cette obscurité, cette réduction de la philosophie continentale à des
jeux de mots abscons, n’est-elle pas emblématique de la vision populaire de la
division entre philosophie analytique et continentale ? D’un côté une
philosophie se fondant sur le langage, une approche méthodique et scientifique,
et de l’autre une effusion d’auteurs-philosophes qui se rapprocheraient
davantage de la poésie ou de la mystique que de la rigueur attendue de la
philosophie.
Pour autant, force est de constater un dialogue entre les deux traditions dès
leur naissance. Si la philosophie analytique, avec ses pères fondateurs que
sont, entre autres, Russell, Frege, ou encore Carnap et le Cercle de Vienne, se
positionne contre une ancienne tradition métaphysique, cela suppose une lecture
de cette dernière et donc un dialogue. La figure de Whitehead à cheval entre la
tradition analytique (du fait de la co-écriture des Principia Mathematica) et
celle continentale (du fait de ses écrits postérieurs et sa réception par
Deleuze) peut également nous inviter à interroger cette apparente
imperméabilité entre les deux traditions.
L’opposition entre les deux écoles relève-t-elle simplement du préjugé, d’une
mauvaise conception de la pratique de l’autre camp qui pousse les philosophes,
de part et d’autre de la division linguistique entre l’anglais et autres
langues européennes, à rejeter la méthode de leurs adversaires ? N’y a-t-il pas
des cas où les philosophes dits continentaux communiquent avec leurs collègues
analytiques et vice versa: Wahl médite Carnap, Russell, et le positivisme
logique dans L’Expérience métaphysique, Wittgenstein lit Heidegger et
Kierkegaard, Murdoch fonde sa pensée morale sur Platon, regroupe ses collègues
d’Oxford et les existentialistes dans un même groupe, et renvoie sans cesse à
Kant, Hegel, Derrida… Derrida lui-même n’est-il pas, avec Searle, à l’origine
d’un débat autour de la notion de performativité telle qu’il l’hérite d’Austin?
Plus récemment, Jocelyn Benoist a-t-il tenté de montrer les fondements communs
à la phil
osophie analytique et la phénoménologie au sein de son ouvrage Représentations
sans objet : Aux origines de la phénoménologie et de la philosophie analytique
(PUF, 2001). La question de la référentialité serait le noyau commun des deux
traditions.
Par ailleurs, si l’opposition méthodique est à interroger, force est de
constater, désormais, la reprise de thématiques historiquement associées à la
philosophie continentale par la philosophie analytique. On citera, par exemple,
les travaux féministe en philosophie analytique, qui dialoguent aussi bien avec
la tradition externaliste de Putnam que celle de Butler (Voir, par exemple,
Asta, Categories we live by, Oxford University Press, 2019).
Ce colloque aura dès lors pour but de réinterroger la distinction entre
philosophie analytique et continentale. Loin de tout dogmatisme, il s’agira de
permettre aux intervenants de proposer des conférences sur les axes suivants:
Axe 1 : La genèse de la distinction philosophie analytique-philosophie
continentale
Axe 2 : Contre la distinction - Lecture comparative de philosophes des deux
traditions: Il s’agira alors, par la mise en dialogue de penseurs de part et
d’autre de la brèche de tenter de l’abolir
Axe 3 : Défendre/Refonder la division : Peut-on aujourd’hui soutenir qu’il y a
une différence méthodologique entre les deux “écoles” philosophiques ? Ici le
dialogue entre philosophes peut devenir dialogue de sourds, différend,
incapacité de se comprendre du fait d’un langage différent.
Conférencier.e.s invité.e.s
Mélissa Fox-Muraton, Professeur de philosophie à l’ESC Clermont, Membre
titulaire du laboratoire PHIER, Université Clermont-Auvergne
Elise Marrou, Maîtresse de Conférence à Sorbonne Université, Membre de l’EA
3552, Métaphysique : histoires, transformations, actualité et membre associée à
l’UMR 8547, Archives Husserl.
Modalités de soumission
Le colloque est ouvert non seulement aux chercheurs et enseignants-chercheurs
mais aussi aux doctorants et aux titulaires d’un Master afin de permettre de
porter la voix des jeunes chercheurs aux côtés de leurs collègues déjà établis
dans la discipline.
Les personnes souhaitant participer adresseront une proposition (comprenant
titre de la communication, mot-clefs et un résumé de 500 mots max.) ainsi
qu’une courte notice bio-bibliographique à l’adresse suivante :
[email protected]
La date limite de soumission est le 15 novembre 2022 au plus tard.
Vous recevrez ensuite une confirmation de participation ou de refus pour le 15
décembre 2022.
Veuillez noter que, malheureusement, l’Université de Poitiers ne peut pas
garantir un financement des frais de déplacement et de séjour des participants.
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https://www.vidal-rosset.net/mailing_list_educasupphilo.html