A Irun, les Basques oscillent entre satisfaction et prudence
LE MONDE | 23.03.06
IRUN (Espagne) ENVOYÉ SPÉCIAL

 
Petite pluie fine, temps doux, ce serait un jour comme un autre au Pays basque, mais, ce jeudi matin, la fébrilité est palpable. A l'entrée de la gare du Topo sur le paseo (l'avenue) Colon à Irun, les voyageurs font la queue devant le kiosque à journaux. Afin de commenter le cessez-le-feu, annoncé mercredi 22 mars par l'ETA, les quotidiens de la province de Gipuzkoa ont mis les petits plats dans les grands : transcription intégrale des propos tenus par la militante de l'organisation séparatiste sur la cassette vidéo diffusée mercredi à la télévision ; commentaires des partis et mouvements sociaux font la "une".

 
A Irun, comme sans doute dans la plupart des villes du Pays basque, l'heure est à la lecture, en silence. A l'inverse, mercredi soir, les radios et surtout les télévisions ont eu la part belle dans les bars et cafétérias où les Basques aiment refaire le monde autour d'un verre. La satisfaction est de mise : "Aujourd'hui je ressens beaucoup de joie, mais aussi de la prudence", confie un consommateur du quartier Behobia. "Ça m'a fait très plaisir, il était temps que s'arrête toute cette violence. Mais maintenant j'attends que tout le monde fasse un geste", reprend un second.

"C'est plus qu'une bonne nouvelle. Enfin, on va pouvoir parler des vrais problèmes d'Euskadi (le Pays basque)", conclut un troisième. Façon de dire que les violences ont souvent masqué les débats portant sur le cadre institutionnel, la place de la jeunesse ou le logement.

Tous les commentateurs des tertulias (débats) radiophoniques et la plupart des responsables politiques se sont retrouvés, jeudi, comme Josu Jon Imaz, le président du Parti nationaliste basque (PNV) au pouvoir dans la communauté autonome d'Euskadi. "Maintenant est venu le temps de faire de la politique, sans exclusive, avec toutes les forces", a-t-il estimé. Une allusion certes à Batasuna, officiellement interdit, mais sans doute aussi au Parti populaire (droite), jusque-là très réticent à d'autre solution que policière.

 

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