Edito du Monde
Espoir basque
LE MONDE | 23.03.06

 
Prudence. Le terme s'est imposé, à Madrid, dès qu'a été connu, mercredi 22 mars, le communiqué de l'organisation terroriste basque ETA annonçant "un cessez-le-feu permanent". Le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, s'est gardé de tout triomphalisme. C'est pourtant l'annonce qu'il attendait depuis plusieurs semaines déjà, car la décision des dirigeants d'Euskadi Ta Askatasuna (Pays basque et liberté) ouvre un espoir de règlement pour un conflit commencé dans les dernières années du franquisme. Le terrorisme basque a fait plus de 800 victimes.

M. Zapatero a prévenu que le processus de paix serait "dur, long, difficile". Depuis la victoire des socialistes, en mars 2004, il avait discrètement noué des contacts avec des représentants de l'ETA, par l'intermédiaire de sa vitrine politique, Batasuna, interdite depuis 2003. Il avait obtenu des députés espagnols l'autorisation d'engager un dialogue avec les indépendantistes basques à condition que ceux-ci renoncent à la violence. Le "cessez-le-feu permanent" semble répondre à cette exigence. Il est, en tout cas, plus prometteur que les trêves, voire les "trêves indéfinies" mais sans lendemain qui émaillent l'histoire de l'ETA.

Le président du gouvernement espagnol a en tête le précédent irlandais, l'accord dit du "vendredi saint" entre Londres et l'IRA qui a finalement permis, en 1998, d'intégrer les nationalistes dans la vie politique de l'Ulster et de désarmer l'organisation terroriste. Il sait aussi qu'au Royaume-Uni le processus a été lent, alternant progrès et revers, ententes et ruptures. Sans doute en ira-t-il de même entre le gouvernement espagnol et l'ETA.

Les objectifs des nationalistes, qui réclament le droit pour les Basques de décider démocratiquement de leur avenir dans un "Grand Pays basque", c'est-à-dire des deux côtés de la frontière franco-espagnole, sont en principe incompatibles avec l'opposition de Madrid à l'indépendance basque comme avec la conception unitaire de l'Etat français. M. Zapatero a cependant amorcé une réforme du statut des régions qui pourrait permettre de garantir une large autonomie au Pays basque espagnol. Il aura besoin d'un soutien politique des autorités françaises, aussi engagé que la coopération policière a été étroite au cours des années récentes.

S'il mène le processus à son terme, le président du gouvernement espagnol pourra se targuer d'avoir réussi à concilier le refus de céder à la violence et l'ouverture d'un dialogue politique. Sans le premier, la lutte contre le terrorisme est vouée à l'échec. Sans la seconde, l'éradication du terrorisme est une chimère. La leçon dépasse le cas de l'Espagne. C'est pourquoi M. Zapatero doit pouvoir compter sur l'appui vigilant de la France.


Article paru dans l'édition du 24.03.06
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