Salut François,

Le 01/05/2016 à 23:25, François Lacombe a écrit :
> Il faut déclarer ton infra de secours comme une installation de 
> production, non comme un élément de secours comme c'est 
> habituellement fait en ICPE ou autre. C'est comme si tu mettais une 
> ferme éolienne en service, parfois y'a de l'attente.

Pour une source non pilotable, oui, il y a de l'attente. Pour une source
pilotable, vu qu'ils ont l'air d'en manquer, on peut espérer un peu
moins de délai.

> Suivant la puissance (+ieurs MW) il va falloir un responsable 
> d'équilibre qui va échanger avec ErDF ou RTE sur les modalités 
> d'injection sur la grille.

Une des questions est justement de déterminer le palier à partir duquel
ça peut être intéressant. Une installation de 2-4MW ne fera pas une
grosse différence sur la grille, mais une install de 25MW+ est moins
courante vu la taille des datacenters.

Le pilotage induit des coûts fixes, qu'il faut pouvoir compenser par la
quantité de MWh vendus à un tarif élevé (le prix varie sur un facteur 3
au moins en fonction de la charge de la grille avec une granularité de
l'ordre du quart d'heure d'après le régulateur européen).

> Niveau retour d'info, Linky marche pour l'instant dans un seul sens,
>  comment penses-tu anticiper des pertes d'alim HTA ?

C'est au pilote de la grille de gérer ça : il émet des ordres de
production plus ou moins anticipés, et ce via des liens dédiés, comme
ils le font pour le pilotage de certains petits sites hydro sur lesquels
il n'y a pas forcement d'équipe d'astreinte.

> Enfin, qualitativement, c'est intéressant de délester ta clim sur la
>  source mécanique du groupe/turbine a condition que le carburant soit
>  moins cher que l'électricité. C'est le cas ?

En tarif de gros, le gaz va de 28 à 45€/MWh (mais l'amplitude peut
évoluer, c'est indexé sur le pétrole). Les turbines ont un rendement de
33 à 42% en simple cycle, jusqu'à 55% en cycle combiné (mécanique ->
élec + vapeur -> mécanique -> élec) et certaines Siemens affichent 61,5%
en dual-drive + cycle combiné. Un groupe ICE peut taquiner les 38%.

Faure tourner un compresseur directement sur un arbre de puissance en
sortie de turbine évite la double-conversion, donc ça ne peut pas faire
de mal au rendement. La question est plus de savoir si tu peux l'amortir
puisqu'il ne fonctionnera pas en continu, ne remplace pas es groupes
froid électriques, et induit des coûts de maintenance supplémentaires en
plus de son coût d'acquisition.

Toujours en gros, l'élec fluctue entre 20 et 120€/MWh (ordre de
grandeur, j'ai que les graphes, pas les données brutes).

Donc, gaz pas cher + heure de pointe où l'élec est cher = très rentable.

Mais en plus des variations de tarifs, il faut tenir compte des coûts
fixes et annexes (maintenances, qui augmentent avec le nombre de cycles
de montée en charge, pertes à l'injection…)

> Il faut pas perdre de vue que tout ça consiste quand même a faire 
> tourner des moteurs thermiques ou turbines pour produire de 
> l'électricité qui par ailleurs est obtenue avec peu de CO2 par 
> d'autres moyens On en rempli même des lacs la nuit parce qu'on en a 
> trop.

Note bien qu'avec les "renouvelables", on a pas d'autres choix : une
production variable, non pilotable, peu prévisible, impose au moins une
de trois contreparties :
- Stockage (hydro, batteries à flux)
- Production de pic (gaz et fiouls uniquement, le nucléaire et le
charbon sont trop lents à changer de régime)
- Délestage (mais on va pas éteindre un DC faute de vent non plus).

Historiquement on avait les EJP pour que les gros consommateurs se
rabattent sur leur production locale ou interrompent leur activité les
jours de trop forte consommation globale. Maintenant que les moyens
techniques le permettent, il peut y avoir un pilotage quasi temps-réel,
par la demande, via le réseau.

> Environnementalement c'est un désastre, et la plupart des DC 
> concernés sont en IDF.

Un peu de modération, non ? Le désastre en question c'est celui des
éoliennes, pour commencer. C'est totalement irresponsable d'en déployer
sans en gérer l'impact sur la grille, c'est à dire procéder à des
investissements énormes et changer les habitudes de consommation.

Donc les moulins, soit ça réduit le confort à cause de l'intermittence,
soit ça coûte beaucoup plus cher qu'on veut bien nous le faire croire.

Fort heureusement, malgré le bruit que ça fait dans les médias, l'éolien
est encore quasiment insignifiant sur le total de capacité de production
installée. Mais parce que c'est politiquement vendeur, ça risque de
finir par devenir un vrai problème auquel la génération d'appoint au gaz
est la réponse qui requiert le moins d'investissement public.

> On prendra soin de vérifier que l'Infra de comptage elec est bien 
> prévu pour tourner dans les deux sens.

Dans une logique de production pilotée je pense que c'est pas un souci :
dans certains pays civilisés c'est déjà un marché qui fonctionne à
l'ordre de production (tant de puissance pendant tant de temps à tel
prix). Chaque producteur répond à la demande du réseau avec un accord ou
une contre-proposition, et l'opérateur du réseau confirme l'ordre.

Comme un cycle de montée en charge sur une capacité significative (des
turbines de 50 à 600MW prennent au moins 25 minutes, et jusqu'à 45
minutes, pour monter en régime, le temps que les matériaux montent à
leur température de fonctionnement et que le circuit vapeur monte en
pression), les ordres sont censés arriver quelques heures avant le pic
de consommation estimé grâce aux historiques voir signalisation des gros
consommateurs.

Après il y a aussi des systèmes de cold-start / fast ramp-up où tu va
stocker et maintenir à chaud assez de vapeur (ou autre système
auxiliaire) pour chauffer plus vite, mais ça fatigue plus la mécanique
et augmente tes coûts de maintenance, en perdant du rendement.

Siemens a l'air d'avoir pas mal bossé le sujet avec les SGT-1000 et
plus, qui sont adaptables pour ne fonctionner que 4-6h/j sans hausse
significative des coûts par rapport à une charge continue. Mais c'est
sur les gros modèles, sur des unités <20MW ça a l'air moins critique.

Bref, avec ce mode de pilotage, le comptage n'est plus qu'un détail il
me semble : un peu comme le peering, tu te fais pas chier à compter les
électrons / photons ;-)

@+

-- 
Jérôme Nicolle
06 19 31 27 14


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