Pour ceux qui - comme moi - n'aiment pas ce genre de site - mais bon là
pas trop le choix, voici le texte du manifeste :

«Les Numéristes Atterrés» est un collectif de professionnels du
numérique et des télécommunications, ingénieurs pour la plupart. Nous
voulons améliorer le cours des discussions et décisions de notre secteur.

Après une séquence médiatique calamiteuse de presque cinq semaine autour
de la 5G, vient l'annonce [0][1] stupéfiante du successeur probable de
l'actuel président de l'ARCEP, le régulateur de notre secteur. Cette
nomination digne de l'Ancien régime [2], si elle vient à se réaliser,
illustre le grave problème de gouvernance du secteur des télécoms en
France et l'entre-soi qui prévaut dans les nominations au Collège du
régulateur, un système dont les citoyens et les entreprises de notre
pays font hélas les frais depuis l'ouverture du marché à la concurrence.

Comment est-il possible que le numérique, à travers la 5G, inquiète
soudain nos concitoyens à ce point ? Notre pays d'ingénieurs et
inventeurs n'est-il pas réputé pour sa curiosité en matière
d'innovations technologiques ? Les potentialités de la 5G n'ont-elles
pas convaincu la plupart des pays émergents, continent africain en tête,
que cette technologie offre l'opportunité de maîtriser avant nous une
possible quatrième révolution industrielle ? Le régulateur sectoriel,
qui attribue les fréquences mobiles pour le compte de l'État, n'était-il
pas le mieux placé pour anticiper et documenter ce débat, réduit
aujourd'hui en France à des échanges irrationnels dans un contexte
sanitaire déjà anxiogène ?

Comment est-il possible que la nomination du président de l'ARCEP,
principal régulateur du numérique - c'est à dire de la grande force de
transformation du monde - se prépare dans le secret des cabinets
ministériels sans que le secteur et les représentants élus des Français
n'aient pu exprimer leur appréciation de son action passée et leurs
attentes et exigences pour l'avenir ? Ne venons-nous pas de vivre le
premier confinement planétaire de l'histoire de l'humanité et
n'avons-nous pas mesuré, à cette occasion, à quel point l'accès
numérique était essentiel pour travailler à distance et communiquer avec
ses proches ? N'avons-nous pas été stupéfaits par ces images d'étudiants
de communes rurales, dans l'incapacité de suivre leurs cours de chez eux
faute d'accès internet, 23 ans après le début du déploiement de l'ADSL,
et malgré la « Mission Très Haut Débit » [3] ? N'est-il pas temps de
faire le bilan de 23 ans d'action du régulateur et d'en tirer des
enseignements ?

Nous, techniciens, ingénieurs, chercheurs, enseignants, tous
professionnels du numérique, souhaitons que des sujets aussi cruciaux
pour l'emploi, la santé, l'éducation, etc. que l'aménagement numérique
du territoire ne soient plus laissés entre les seules mains de hauts
fonctionnaires issus des Grands Corps de l'État. Leurs formations sont
certes prestigieuses, mais ils n'ont ni expérience concrète des réseaux,
ni expérience de l'entreprise, ni empathie pour les territoires ruraux,
ni vision sur la place de la France et de l'Europe dans un univers
numérique pourtant en expansion.

Les professionnels du secteur savent bien que le dogme de la concurrence
par les infrastructures choisi par le régulateur depuis sa création est
une interprétation dévoyée des directives européennes. Ce choix,
totalement inadapté à la géographie de la France, a conduit les
opérateurs à déployer des réseaux redondants. Cette duplication a réduit
leur capacité collective à mieux couvrir le territoire national,
Outre-mer compris, mais aussi l'efficacité énergétique, économique et
environnementale des services de communications électroniques.

Les conséquences du dogmatisme du régulateur sont connues et
mériteraient une mission d'évaluation de la Cour des Comptes : côté
réseaux mobiles, quatre réseaux d'antennes dans les zones où les
opérateurs ont estimé leurs investissements rentables, et à l'inverse
une couverture mobile toujours déficiente dans des milliers de communes
rurales malgré un coûteux programme correctif perpétué par les
gouvernements successifs depuis 15 ans et dont le « New Deal Mobile »
est le dernier avatar ; côté réseaux fixes, une initiative pertinente du
gouvernement en 2010 d'équiper notre pays d'un réseau de fibre optique
pour remplacer le vieux réseau téléphonique en cuivre, en y consacrant 2
Mds€ du Grand Emprunt et en s'appuyant enfin sur l'intelligence
territoriale sur le numérique... Réseau dont malheureusement la partie
mutualisée est très réduite en raison des décisions du régulateur ;
réseau de toute évidence extrêmement fragile et vulnérable en raison des
choix d'architecture faits par l'Agence nationale mise en place pour
piloter ce grand investissement d'avenir et par le régulateur : armoires
éventrées, lignes coupées par les sous-traitants des opérateurs,
nécessitant des interventions à répétition !

Pourquoi tant de si mauvais choix ? N'aurions-nous pas pu faire mieux
dans le temps imparti et avec des moyens identiques ? Les attributions
de fréquences par le régulateur ces 10 dernières années ne
pouvaient-elles pas être assorties, comme ailleurs en Europe et dans le
monde, d'objectifs plus ambitieux de couverture territoriale et de
mutualisation afin de sortir enfin de cette stratégie corrective
ruineuse et inefficace ? Le nouveau grand réseau de fibres optiques sur
lequel va s'appuyer notre compétitivité au 21ème siècle ne devrait-il
pas être un démonstrateur du savoir-faire de toute la filière qui y
contribue et du talent des ingénieurs français ? In fine, le Collège de
l'ARCEP et sa direction générale, organes de décision du régulateur,
ainsi que l'Agence nationale chargée de piloter ce chantier à 30 Mds€,
ont-ils été dotés des compétences, du mandat, de la sensibilité
territoriale et de la vision requis, s'agissant de missions ayant un tel
impact sur la société et sur l'économie ?

Le moment est venu de poser ces questions et, à la veille d'une
nomination très importante, d'alerter les Français, leurs représentants
élus et le gouvernement.

Nous appelons à ce que le processus de nomination au Collège de l'ARCEP
soit revu à l'aube de cette ère inconnue, où la concomitance de trois
crises (sanitaire, économique et environnementale) rebat les cartes.

Nous demandons que soient considérés des candidats respectueux de toutes
les parties prenantes, y compris des ingénieurs qui font fonctionner ces
réseaux et dont les points de vue sont par nature rationnels et
scientifiques.

Nous demandons que l'avis du Parlement sur la nomination du président de
l'ARCEP ne soit pas une simple formalité et qu'à travers les auditions
des candidats - et pas seulement du candidat poussé par le système - les
représentants élus des Français puissent apprécier leur capacité et leur
détermination à servir réellement l'intérêt général.

Nous souhaitons que le Parlement et les collectivités territoriales
soient plus impliqués dans les travaux de l'ARCEP, dont la mission
devrait être non seulement de réguler le secteur, mais aussi d'éclairer
les choix politiques de l'exécutif et du législateur et de servir
l'intérêt de tous les acteurs économiques. Pas uniquement celui des
grands opérateurs actuels. Nous demandons que tous les acteurs
économiques usagers du numérique soient plus écoutés. Nous espérons que
le prochain président de l'ARCEP aura la capacité à faire collaborer
l'ensemble de ces forces vives pour proposer à sa tutelle une stratégie
gagnante pour le pays face aux grandes échéances numériques de la décennie.

Nous, Numéristes Atterrés - atterrés cette fois par des pratiques d'un
autre âge pour nommer le titulaire d'une fonction aussi stratégique pour
l'avenir de notre pays - alertons le gouvernement sur les enjeux de
cette nomination dans un moment si particulier de notre histoire
collective. Un moment où les Français vont devenir de plus en plus
attentifs à l'exemplarité de l'État.

[0] https://reflets.info/articles/antoine-darodes-futur-president-de-l-arcep
[1]
https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/quatre-candidats-a-la-presidence-de-l-autorite-des-telecoms-20200928
[2]
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039247362/2019-10-20
[3] https://www.gouvernement.fr/action/le-plan-france-tres-haut-debit


Manifeste coécrit par :
    - Jérôme Nicolle, consultant indépendant en infrastructures numériques
    - Pierre Beyssac, ingénieur, entrepreneur
    - Quentin Adam, Président fondateur de Clever Cloud
    - François Lacombe, ingénieur

-- 
Jérôme Nicolle
+33 6 19 31 27 14


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Liste de diffusion du FRnOG
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