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Myfip, intox au péril jaune ?    Marc OLANIE
01/09/2005 

Une récente analyse du Lurhq, signalé dans un précédent article publié dans nos
colonnes, attirait l_attention des techniciens sur certains virus
spécifiquement conçus pour effectuer des vols de propriété intellectuelle.
Depuis, les esprits américains s_échauffent, et semblent utiliser cet exemple
comme une preuve tangible d_une vaste opération de conspiration et de guerre
cybernétique organisée par Pékin. Au fil des pages de Security News, tout
d_abord, sous la plume de Bill Brenner qui titre « La Titan Rain Connection de
Myfips ». Titan Rain est le nom de code que les Services Moustache de
Washington donnent aux escarmouches chinoises sur Internet. Des escarmouches
que la Maison Blanche aimerait bien faire passer pour une attaque digne d_une
razzia de Tamerlan.

Pour bien nous en convaincre, la presse grand public s_empare de l_affaire, et
le Washington Post titre « Hackers attack via Chinese Web Sites » : 500
millions de Yellow Hats : émoi, émoi, émoi. Times Magazine lui aussi crie au
péril jaune. Même notre grand frère Network World s_empare de l_affaire tout en
précisant dès les premières lignes « officials in the Defense Department,
speaking anonymously ». Un « officiel » qui parle sous couvert de l_anonymat,
ce n_est pas ce que l_on pourrait appeler « une source invérifiable » et une «
rumeur infondée » ? En tous cas, ce genre de propos appartient sans le moindre
doute à la catégorie « intox et manipulation d_opinion », même si elle contient
quelques parcelles de vérité pour appâter l_attention du lecteur.

Que l_Empire du Milieu tente, par tous les moyens, d_enquiquiner son voisin
américain, cela ne fait aucun doute, et l_on peut certainement faire confiance
à la CIA pour rendre aux chinois la monnaie de leur Yuan_ tant que tout cela ne
vient pas perturber la bonne marche des échanges commerciaux notamment dans le
monde de la téléphonie cellulaire par exemple. Mais le virus Myfip, quelque
soit son intérêt technique et la discrétion de son travail, ne peut à lui seul
justifier une telle levée de bouclier de la part de la presse américaine. Et
c_est la levée de bouclier qui, à son tour, devient suspecte_ Et si tout cela
n_était qu_un écran de fumée destiné à attirer les attentions et cacher quelque
chose d_encore plus énorme ? Mais bien entendu, soupçonner une presse
indépendante, critique et non manipulée d_avoir été influencée ou trompée par
une pseudo- Gorge Profonde relègue tout détracteur au rang de « paranoïaque
abusé » ou pire, d_esprit « cryptocommuniste fanatisé par une propagande
décervelante ». Après tout, le Washington Post, c_est le symbole virginal de la
presse US honnête, celle de Carl Bernstein et Bob Woodward, les reporters qui
ont révélé l_affaire du Watergate ! Alors, si le Post voit des espions partout,
c_est probablement vrai. 

Pendant ce temps, quelques milliards de courriers électroniques d_origine
américaine viendront nous vanter les mérites de leurs fortifiants amoureux et
quelques autres e-mails, majoritairement US également, nous demanderont de
modifier immédiatement notre mot de passe bancaire. Derrière tout çà, c_est
sur, on ne peut qu_y la main des triades de Nankin ou Shanghai.

Pendant ce temps, surtout, quelques patrons chez Symantec, Sophos, Kaspersky ou
C.A. doivent rêver d_un marché vierge encore, ou chaque PC est infecté par une
vingtaine de virus, perclus de failles, rongé par les botnets et miné par les
Troyens. Scott Granneman, du Focus, y voit surtout une grande croisade pour
RSSI, une campagne d_évangélisation titanesque, à l_image du pays. De Port
Arthur aux frontières du désert de Gobi, des bords du fleuve Amour aux bouges
enfumés de Macao, de milliers de RSSI iront prêcher la bonne parole : ton PéCé
Great Wall à jour tu mettras. Ton firewall avec conscience configureras. Ton
disque régulièrement nettoieras afin qu_il resplendisse sur le monde Internet
comme la Pensée Mao-Zedong sur le Monde_


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Myfip, virus expert made in China    Marc OLANIE
26/08/2005 

Le Lurhq a récemment publié une analyse approfondie de Myfip, un virus antique
–il date de l’an passé- et dont la gloire se limita à quelques entrefilets
discrets dans la presse spécialisée. C’est pourtant là une injustice flagrante,
estime le « Threat Intelligence Group », car cette infection a été conçue avec
un soin tout particulier. Ce n’est pas un vulgaire virus macro ou un worm
exploitant les carnets d’adresse… son mécanisme de propagation Internet est
même simpliste, à la limite de l’inefficace. Mais son moteur est un petit bijou
d’ingéniosité. Quant à son système d’exploration des ressources partagées sur
réseau local, il repose sur une API intégrée dans le programme même. A ceci
s’ajoute une procédure d’attaque de mot de passe par dictionnaire, histoire
d’obtenir des droits « admin » sur la machine infectée. En fait, Myfip est un
rootkit, de ceux qui prennent la peine de se rendre invisible de la liste des
processus en cours. Passé le stade d’installation, plutôt que de tenter de
détruire son hôte, il repère uniquement les documents répondant à un format
précis : pdf, fichiers de CAO électronique, bases de données Microsoft et
fichiers Word. Lesdits fichiers sont ensuite expédiés vers un site distant.
C’est donc là un outil d’espionnage et de vol de propriété intellectuelle,
excessivement spécialisé.

On notera, explique le Lurhq, que les auteurs présumés de ce virus faisaient
commerce de documents éducatifs destinés aux étudiants. Il semble manifestement
donc que Myfip ait été conçu pour barboter des mémoires, thèses, cours
doctoraux et résultats de TP et recherches électroniques rédigés par des
universitaires chinois, et la dissémination dudit virus en dehors des
frontières de l’Empire relève plus de l’accident et du hasard que d’une volonté
d’expansion. Il n’en demeure pas moins que Myfip possède les gènes de tout bon
programme d’espionnage moderne, tels que ceux destinés à capturer des mots de
passe bancaires, à récupérer de la feuille Excel ou à subtiliser n’importe quel
autre type de document susceptible de contenir des données importantes. 

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