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septembre 2005 - N° 0001 - Analyses

Le bloc-notes de Jean-Marie Colombani

Breton à Bercy - Dans ce monde-là, vilain petit canard ne devient pas
cygne

Est-il possible de laisser vivre à un poste gouvernemental
stratégique une personnalité ambitieuse non issue du sérail
politique ? Difficile. A preuve, les attaques visant à déstabiliser
le ministre des Finances.

La vie politique propose toujours quelques invariants : ainsi du sort
fait à la « société civile » et à ses représentants au sein du
gouvernement. On se souvient des « juppettes », promptement
expulsées. Ce n'est que l'exemple le plus spectaculaire d'un
comportement qui, pour les politiques de métier, consiste à faire
appel à la société civile, comme signe d'attention à celle-ci,
avant de revenir aux choses sérieuses, c'est-à-dire avant de s'en
défaire.

Plus difficile encore, dans ce contexte, apparaît la greffe tentée
par Jacques Chirac d'un chef d'entreprise à la tête du ministère
le plus puissant du pays, à savoir le ministère des Finances.
Première tentative : Francis Mer. Echec. Deuxième essai : Thierry
Breton. Celui-là est plus coriace, peut-être parce qu'il
n'ignorait rien - croyait-il - de l'univers politique. Dès
lors qu'il était susceptible de séduire, voire de gagner la
confiance de ses concitoyens, donc de caresser l'idée, un jour, de
ne pas s'arrêter en si bon chemin, il fallait agir.

Attaque en règle

Thierry Breton vient donc de subir par deux fois une attaque en règle
visant à le faire partir au plus vite de Bercy. L'une reliée à
l'affaire Rhodia, dont il avait été membre du comité d'audit ;
l'autre au soupçon d'entente entre les trois opérateurs français
de téléphonie mobile. Dans les deux cas, les calendriers rendaient
particulièrement difficile d'impliquer le nouveau et dérangeant
ministre. Dans les deux cas, on n'entendit guère parler de ceux qui
étaient en charge au moment des faits, à Rhodia comme à France
Télécom. L'important était de cibler Thierry Breton.

Mais au-delà de ces épisodes, qui lui permettent de mesurer la
parfaite cruauté de l'univers dans lequel il est entré, l'enjeu
est évidemment de savoir s'il est possible d'acclimater à un
poste aussi stratégique une personnalité autonome, non issue du
sérail. Situation d'autant plus difficile pour lui que s'amorce la
bataille entre le nouveau Premier ministre et son encombrant et
surprenant numéro deux, Nicolas Sarkozy, alors que Thierry Breton doit
son poste à ses liens avec le chef de l'Etat.

Zone de tempêtes

D'ordinaire, la difficulté d'une personnalité extérieure est de
s'imposer à l'administration ; cette fois, c'est le champ qui
est miné. Qu'on en juge : entre un Premier ministre qui entend être
sur tous les fronts et qui exige l'allégeance et un président de
l'UMP qui compte ses troupes, la zone de tempêtes approche. Bercy
est, dans cette rivalité, un enjeu majeur, comme l'est tout projet
de réforme fiscale. Qui plus est, les priorités de Dominique de
Villepin sont inévitablement sociales, et font la part belle à un
autre ovni de la politique, Jean-Louis Borloo.

Bref, si Thierry Breton veut conserver cette marge d'autonomie et
surtout s'il rêve de marquer son passage à Bercy de son empreinte,
il va lui falloir la ruse et l'expérience d'un vieux routier. Il
ne lui sera donc pas inutile de solliciter les avis de Jacques Chirac,
sauf à refaire la preuve qu'à Bercy, quoi qu'on en pense, il vaut
toujours mieux un vrai politique.

Jean-Marie Colombani

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