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Les juges seraient sortis du cadre de leur saisine
Le parquet conteste la procédure Rhodia

Éric Decouty
[02 septembre 2005]

Une partie de l'instruction de l'affaire Rhodia, notamment les
multiples perquisitions conduites en juin dernier par les juges Henri
Pons et Jean-Marie D'Huy, est désormais sous la menace d'une
annulation. Les services du procureur de la République de Paris
contestent en effet la régularité des actes accomplis par les deux
magistrats, en particulier la retentissante perquisition menée au
ministère des Finances, à Bercy, le 29 juin, puis au domicile
personnel du ministre, Thierry Breton. Dans un long rapport communiqué
à la Chancellerie, le parquet de Paris envisage de «soumettre au
contrôle de la chambre de l'instruction» l'ensemble de la procédure.
Charge ensuite à celle-ci de confirmer ou d'annuler différents volets
de l'enquête.

L'information judiciaire visant la société Rhodia a été ouverte en
octobre 2004 pour «présentation de comptes inexacts, diffusion
d'informations fausses et mensongères sur la situation d'un émetteur
coté sur un marché réglementé, délit d'initié et recel de délit
d'initié». Elle fait suite à deux plaintes déposées en 2003 par le
banquier Édouard Stern (aujourd'hui décédé) et en août 2004 par
Hughes de Lasteyrie, visant les responsables de Rhodia au moment des
faits et mettant indirectement en cause Thierry Breton en sa qualité
de président du comité d'audit de la société jusqu'en 2002. A la
fin juin, les investigations s'étaient brutalement accélérées avec
une série de descentes à Bercy, mais également chez différentes
personnalités ainsi que dans plusieurs cabinets d'avocats.

L'analyse effectuée par le parquet de Paris porte sur les conditions
dans lesquelles ces perquisitions ont été effectuées et surtout sur
l'exceptionnelle masse de documents saisis par les enquêteurs. Le
constat du procureur de la République est accablant : «De nombreux
éléments saisis sur des supports informatiques, (l'ont été) en
dehors de tout inventaire», écrit-il ainsi dans son rapport. «Ils
contiennent des renseignements d'ordre privé pour les personnes et
stratégiques pour les sociétés», mais surtout, «ils dépassent
l'objet même de l'instruction et peuvent être considérés comme
abusifs.»

En clair, le parquet considère que les deux juges d'instruction sont
sortis du cadre de leur saisine pour obtenir des documents sans rapport
avec leur enquête, ou ayant trait à la vie privée de certains
acteurs de l'affaire. Parmi les pièces aujourd'hui entre les mains des
juges, figurent ainsi des documents relatifs à la société de
compensation Clearstream, des contrats de sponsoring du PSG ou des
lettres à caractère personnel. Jetant une pierre supplémentaire dans
le jardin des juges, le procureur de la République souligne que «la
participation d'un service spécialisé d'experts aurait dû éviter la
globalisation des saisies».

Reste maintenant à connaître les conséquences de l'analyse du
parquet. Selon nos informations, le parquet envisage bien de saisir la
chambre de l'instruction afin qu'un contrôle puisse être exercé.
«Pour l'instant l'analyse est en cours, commente un haut magistrat.
Elle pourra être menée à bout lorsque nous aurons connaissance de
l'intégralité du dossier d'instruction.» Or il semblerait que les
deux juges rechignent à communiquer leur procédure au parquet...

La tension, déjà perceptible depuis plusieurs semaines entre les
juges Pons et D'Huy et le parquet, semble donc être montée d'un cran.
Mais, aujourd'hui, c'est l'avenir de la procédure qui est en jeu. Si
la chambre de l'instruction venait à suivre l'analyse du parquet, une
grande part de l'enquête pourrait avoir été gâchée.

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