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Suspendu en mars après la déclassification d'un rapport secret Rebondissements attendus pour la reprise du procès des écoutes de l'Elysée Anne-Charlotte De Langhe [05 septembre 2005] Après trois mois d'audience l'hiver dernier, un défilé de témoins et de parties civiles tous plus fameux les uns que les autres, quelques menues révélations et un délibéré originellement attendu pour le printemps, on aurait pu croire que le procès des écoutes de l'Elysée avait dit son dernier mot. Pas du tout. Cet après-midi, les douze prévenus se retrouveront en effet pour un deuxième round sur les bancs de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Celui-ci a été contraint de rouvrir les débats suite à la «déclassification» d'un document jusqu'alors gardé secret par l'État. Maintes fois évoqué à l'audience entre novembre 2004 et février 2005, le rapport Bouchet n'a donc plus rien à cacher, et ce depuis que la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) a donné, le 15 mars dernier, le feu vert à sa publication. Rédigé en 1994 par l'avocat Paul Bouchet, sur ordre du premier ministre de l'époque, Pierre Bérégovoy, ce document fourmille de détails critiques sur le fonctionnement des écoutes administratives, et sur une bonne partie des acteurs du dossier. Il y a sept ans, pour le plus grand bonheur du juge chargé de l'enquête, le rapport avait fait l'objet d'une première levée du secret. Seules les annexes III et IV, qui doivent être communiquées aujourd'hui aux parties, étaient restées bien au chaud. A leur lecture, on comprend alors mieux pourquoi ces deux pièces manquantes du puzzle avaient été tenues ultraconfidentielles dès leur apparition. Au fil des pages resurgissent en effet les noms de la plupart de ceux qui allaient devenir les personnages centraux de l'affaire des écoutes, à commencer par Christian Prouteau, l'ex-patron du GIGN catapulté en 1983 directeur de la célèbre cellule d'espionnage téléphonique. Figure également en bonne place celui du général Pierre Charroy, qui dirigeait alors le Groupement interministériel de contrôle (GIC). Ce centre d'écoutes souterrain, installé sous l'hôtel des Invalides, était très fréquemment mis à contribution par la cellule chère à François Mitterrand, puisqu'elle y disposait de 20 lignes d'interception. Les annexes du rapport Bouchet en disent d'ailleurs long sur la manière dont chacun avait l'habitude de travailler. Contrairement à ce qu'il a pu déclarer au tribunal en début d'année, le général Charroy confie ainsi à Paul Bouchet, qui l'interroge en 1994, que la cellule menée par Christian Prouteau avait son propre système de transcription manuscrit. Et qu'elle échappait, ainsi, au contrôle de Matignon. Paul Bouchet ajoute le général Charroy «partageait pleinement l'opinion selon laquelle les membres de la cellule, grisés par le caractère privilégié de leur statut et l'importance des moyens mis à leur disposition, estimaient devoir échapper à tout contrôle et se conduisaient en "cow-boys"». Des précisions parmi tant d'autres qui laissent augurer quelques savoureux rebondissements dans l'audience s'annonçant aujourd'hui. Et qui pourraient bien, à terme, modifier le sort judiciaire des douze «recalés» du procès des écoutes.
