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Octobre 2005 

DossierLa veille stratégique, c'est plus que des données 

01/10/2005 - TENDANCE Il faut plus que juste beaucoup de données pour faire de
la veille stratégique et concurrentielle ; il faut avoir des données
significatives et, surtout, bien les exploiter. 

Alain Beaulieu 

La veille stratégique et concurrentielle (business intelligence en anglais),
c'est la capacité d'extraire de l'information commercialement utile des données
accumulées au fil des ans concernant les ventes et la clientèle. Utile dans le
sens où elle facilite la prise de décisions stratégiques.

Mais cette capacité ne se mesure pas à la quantité de données dont dispose
l'entreprise. Car force est de constater que pour certaines entreprises,
davantage préoccupées à accumuler des données brutes qu'à les analyser
correctement, l'équation s'arrête là. 

En effet, dans une étude publiée plus tôt cette année, Gartner déplore cet état
de choses et met en garde les entreprises contre les pièges et les erreurs le
plus fréquemment commises par les entreprises qui s'adonnent à la veille
stratégique.

Ayant sondé 1 300 responsables de l'informatique dans plus 30 pays, la firme
s'attend en outre à ce que les dépenses des entreprises en solutions de veille
stratégique augmentent de 6 % cette année. Ces dernières ont justifié cette
augmentation par la volonté d'améliorer la qualité des décisions prises par
leurs gestionnaires. Gartner croit d'ailleurs que l'utilisation judicieuse des
systèmes de veille stratégique, jumelée à une amélioration des processus en
place, est la contribution des TI qui aura le plus d'impact sur la croissance
des entreprises d'ici 2008.

« Si vous demandez aux organisations pourquoi elles utilisent les systèmes de
veille stratégique, la majorité vous diront que c'est pour prendre de
meilleures décisions, affirme Frank Buytendijk, vice-président Recherche chez
Gartner. Mais la plupart des organisations ne prennent pas de meilleures
décisions aujourd'hui qu'elles le faisaient il y a cinq ans. L'accent mis sur
la réduction des coûts et la conformité aux normes a accrû l'intérêt des
organisations pour les outils de veille stratégique, mais celles-ci continuent
de les utiliser de façon très tactique. Les organisations qui réussissent
comprennent que la clé de la performance commerciale réside dans la capacité
d'avoir une vraie vision de la veille stratégique et utilisent l'information
comme une ressource intégrée à leur culture d'affaires. »

Les organisations qui réussissent moins bien le font peut-être parce qu'elles
sont tombées dans l'un des sept pièges de la veille stratégique, identifiés par
Gartner. La première erreur est de confier la création de l'entrepôt de données
uniquement à des gens de technologies, sans impliquer les gestionnaires qui y
percevront, conséquemment, peu de valeur. La deuxième erreur est de ne pas
éliminer les silos informationnels et les outils les exploitant, tels les
tableurs, utilisés précédemment, en mettant l'emphase sur la conformité aux
normes. 

La troisième faute est de ne pas accorder suffisamment d'attention à
l'épuration des données et au contrôle de leur qualité, lequel n'incombe pas
seulement au département des TI, mais à l'ensemble des départements utilisant
les données. La quatrième erreur est de se restreindre à un seul fournisseur
pour l'ensemble des solutions d'entreprise utilisées dans l'organisation en
croyant que cela sera moins dispendieux et plus fonctionnel, ce qui n'est pas
toujours le cas ; il est préférable d'opter pour une approche « meilleur de sa
catégorie ».

La cinquième erreur fréquemment commise est de constamment modifier les
paramètres d'un projet de veille stratégique en cours de réalisation, bien que
la veille stratégique soit une technique en évolution, ce qui a pour effet de
retarder indûment la conclusion du projet et la mesure de ses retombés. La
sixième faute est d'externaliser le projet dans son intégralité, alors que
l'entreprise ne devrait externaliser que les portions du projet qui ne
correspondent pas à ses compétences clés (Gartner croit que l'externalisation
totale convient à moins de 10 % des entreprises).

Finalement, la septième erreur est de fournir aux utilisateurs des tableaux de
bord sans que l'infrastructure de veille stratégique - la base - soit robuste
et stable. Cette infrastructure doit, en outre, être suffisamment flexible pour
permettre de relier ensemble différentes technologies de veille stratégique,
situées à l'intérieur comme à l'extérieur de l'entreprise.

Gartner termine sa liste d'erreurs à éviter par trois recommandations
fondamentales permettant de mener à bon port les initiatives de veille
stratégique. Il faut premièrement que la haute direction appuie activement la
veille stratégique, en tant que ressource aidant à la prise de décisions. En
deuxième, l'entreprise doit disposer d'une infrastructure de veille stratégique
unifiée. Et troisièmement, on doit mettre à niveau l'expertise et les
connaissances existantes et faire évoluer les initiatives de veille stratégique
en place.

Mieux connaître le client

La gestion de la relation client, un domaine d'application privilégié de la
veille stratégique, illustre bien la propension des entreprises à multiplier,
de façon inconsidérée, la quantité de données brutes collectées, sans chercher
à en maximiser les retombés. Aux dires de la firme d'analyse de marché
Forrester Research, les fournisseurs de produits de consommation investissent
beaucoup d'efforts sur les données dites « individuelles » et les données «
collectives » et moins sur les données « émotives » qui offrent toutefois le
plus grand potentiel commercial.

Car rappelons que l'objectif visé par l'application des technologies de veille
stratégique à la gestion de la relation client est d'obtenir, à partir de
l'analyse des données sur la clientèle, une meilleure connaissance de ses
besoins et de ses attentes pour les satisfaire avant que la concurrence ne le
fasse. L'analyse des données permet alors d'orienter les stratégies et les
campagnes de marketing de l'entreprise. Or, meilleures sont les données et
l'analyse qui en est faite, meilleures seront les décisions qui seront prises à
partir de cette analyse. En cette époque de surenchère publicitaire, le
fournisseur qui parvient à anticiper les besoins des clients dispose d'un
avantage concurrentiel indéniable.

Les données émotives permettent justement d'anticiper les besoins des clients
et d'identifier les clients dits « émotifs » parmi l'ensemble des clients du
fournisseur, pour que ce dernier puisse ensuite centrer ses efforts de
démarchage auprès de ce type de clients. Étant davantage portés à établir une
relation de loyauté symbiotique avec leur fournisseur, les clients émotifs
offrent plus de potentiel pour les fournisseurs de produits de consommation que
les autres types de clients, affirme Forrester.

Les données émotives, qu'on n'obtient pas en multipliant simplement la quantité
de données collectées, constituent une nouvelle catégorie de données à
cueillir. Décrivant les attitudes, les motivations, les aspirations des clients
et d'une manière générale ce qui les fait vibrer, ces données vont un cran plus
loin que les données individuelles, qui fournissent des informations
personnelles sur chaque client (nom, adresse, etc.), et que les données
collectives, qui décrivent des groupes de clients d'un point de vue
démographique.

La clé pour obtenir les données émotives se trouve au niveau de la méthode
employée pour les cueillir. Ces données permettent aux spécialistes de la mise
en marché d'atteindre le niveau le plus élevé de la gestion de la relation
client, le niveau « émotif », lequel requiert d'avoir complété avec
satisfaction les deux niveaux précédents (individuel et collectif) et nécessite
un engagement plus important de la part de la clientèle.

Or, la plupart des entreprises interrogées par Forrester ne parviennent pas à
échanger avec les clients et obtenir cet engagement de leur part et se
contentent, par conséquent, d'extraire tout ce qu'elles peuvent des données
collectives. La communication bidirectionnelle est nécessaire pour atteindre le
niveau émotif, car il permet de gagner la confiance des clients et les incite à
se livrer.

« Les détaillants doivent reconnaître qu'ils sont assis sur une mine d'or,
souligne Fiona McDonnell, analyste senior, Marchés de consommation, chez
Forrester. Les fournisseurs de produits de consommation doivent faire de
l'approfondissement de la connaissance de leurs clients leur priorité et
intégrer et aligner l'ensemble de leurs activités de démarchage. Pour réussir,
ces entreprises doivent aussi mettre dans le coup leurs responsables de
l'informatique et intégrer leurs activités Internet à l'ensemble de leurs
activités. »

Demande en hausse

Certaines catégories d'outils analytiques facilitent la prédiction des besoins
des clients, bien que leur champ d'application soit plus vaste et englobe
l'ensemble des décisions d'affaires, dont la planification corporative et
l'optimisation des prix. Ces outils, qu'on appelle « outils d'analyse
prédictive », permettent de définir et d'analyser des états présents et passés
pour déterminer l'issue future probable d'un événement. Ils ont recours à des
techniques propres aux outils de veille stratégique (tabulation en croix, cubes
de rapport, etc.). 

La firme de recherche IDC s'attend à ce que la demande pour ce type d'outils
croisse à un taux annuel combiné de 8 % d'ici 2008, alors qu'ils généreront des
ventes de 3 milliards $US. Si on inclut également les outils d'analyse
principale (core), dont le taux de croissance annuel combiné sera de 7,7 %
durant la même période, on obtient des ventes totales de 11 milliards $US en
2008, comparativement à 8 milliards $US en 2003. Ces outils peuvent être
utilisés à la fois par des utilisateurs techniques que non techniques.

« La demande pour les outils d'analyse principale et prédictive va continuer de
croître à mesure que les entreprises cherchent des moyens de démocratiser et
normaliser leurs processus de prise de décisions, soutient Robert Blumstein,
directeur de recherche, Automatisation des processus de démarchage et d'analyse
en gestion de la relation client, chez IDC. Les utilisateurs vont adopter la
technologie au besoin, pour résoudre des problèmes analytiques spécifiques
[...] ou répondre à des problématiques d'entreprise plus vastes [...]. » 

Alain Beaulieu est adjoint au rédacteur en chef de Direction informatique

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