http://www.lefigaro.fr/societe/20051006.FIG0119.html?080020

Le faux agent de la DGSE avait détroussé une agence de La Poste
ESCROQUERIE En prétendant déjouer un attentat terroriste, le faux
espion a empoché 350 000 euros.

Christophe Cornevin
[06 octobre 2005]

LA POLICE JUDICIAIRE, qui a déjà interpellé de faux évêques, des
émirs bidon ou encore des aristocrates d'opérette, avait rarement
rencontré aussi extravagante escroquerie. L'affaire mêle des
responsables d'agences bancaires qui ont pioché dans la caisse pour
«déjouer un complot terroriste». L'auteur de l'entourloupe, un
certain Gilbert, se faisait passer pour un agent de la DGSE. Il tirait
les ficelles depuis Israël. Le préjudice s'élèverait à plus de
cinq millions d'euros. Il aura fallu plusieurs semaines
d'investigations de la première Division de police judiciaire (DPJ)
pour élucider l'affaire.

Le 26 juillet dernier, la directrice d'une agence de La Poste reçoit
un appel d'un homme qui se fait passer pour Jean-Paul Bailly, PDG de
l'établissement public. Il lui ordonne de se mettre au service d'un
agent de la DGSE qui doit l'appeler prochainement. Sa mission consiste
à déjouer un attentat dans Paris. Une heure plus tard, le téléphone
sonne à nouveau : l'agent secret appelle. D'emblée, il lui dit
d'acheter un téléphone portable - son poste de travail n'étant pas
sécurisé - pour joindre un numéro à Londres. L'employée,
paniquée, s'exécute. Au bout du fil, l'espion lui attribue un prénom
de code avant d'ajouter : «Attendez les instructions et ne coupez
jamais le mobile !»

Sous la porte des toilettes

Pendant deux jours, la directrice est harcelée jour et nuit par une
quarantaine d'appels. L'agent traitant exige qu'elle demeure en alerte
absolue. «Le faux officier de la DGSE a attendu que la directrice soit
en condition, c'est-à-dire à bout de nerfs, avant de lui demander les
noms de ses six plus gros clients», confie un enquêteur. L'escroc
sélectionne alors un nom au hasard, et le désigne comme le financier
des attentats en préparation. Il explique à sa victime que ce dernier
serait sur le point de se rendre au guichet pour retirer 500 000 euros
en espèces.

Pour remonter la filière terroriste, la directrice se voit alors
ordonner de vider ses caisses, soit 358 000 euros, afin de piéger les
liasses avec des puces électroniques. L'agent lui garantit que les
billets lui seront retournés aussitôt la manipulation effectuée.
Rendez-vous est pris dans une brasserie de la place de la Nation, où
la banquière remet l'argent à une inconnue sous la porte des
toilettes. «Elle n'en verra plus jamais la couleur», explique un
policier. Le faux agent secret a essayé en vain d'abuser vingt-cinq
autres responsables d'agence en France.

Depuis le mois dernier, l'escroc visait plus haut en appelant
directement les responsables des virements internationaux au siège de
grandes banques. L'une d'entre elles avait notamment transféré 5,18
millions d'euros sur un compte en Estonie. La somme avait été
immédiatement débitée. Grâce à de multiples recoupements
téléphoniques, la 1re DPJ a localisé l'escroc qui se cache en
Israël. Son épouse et la mère de celle-ci, soupçonnées de
complicité, ont été interpellées lundi à leur domicile de
Courbevoie (Hauts-de-Seine).


http://fr.news.yahoo.com/05102005/202/une-vaste-arnaque-au-nom-de-la-lutte-antiterroriste-mise.html

mercredi 5 octobre 2005, 16h50
Une vaste arnaque au nom de la lutte antiterroriste mise au jour à
Paris

PARIS (AFP) - Une vaste arnaque montée au nom d'un prétendu
financemement de la lutte antiterroriste, qui a rapporté au moins 5
millions d'euros à ses auteurs, des spécialistes des arcanes
bancaires dignes d'Arsène Lupin, selon les enquêteurs, a été mise
au jour à Paris.
Deux personnes ont été arrêtées lundi par la 1ère division de
police judiciaire (DPJ) et devaient être déférées mercredi devant
la justice.
Parmi elles figure Shirley V., présumée amie du "cerveau" de
l'opération, Gilbert C., qui s'est réfugié en Israël, a-t-on
indiqué de source policière.

Les présumés escrocs sont des "émules d'Arsène Lupin rompus aux
arcanes bancaires et aux progrès de la téléphonie et d'Internet",
selon les termes d'un enquêteur.

Trois d'entre eux font l'objet depuis lundi de fiches de recherche,
dont Gilbert C et son frère, "avec un faible espoir de leur mettre la
main dessus", selon cette même source qui évoque une "affaire hors
normes, parfaitement incroyable et surréaliste", qui met en scène
trois femmes et deux hommes.

L'un d'eux se présentait aux établissements bancaires en région
parisienne en qualité de "directeur de banque internationale". Surfant
sur la lutte antiterroriste que mènent les pays occidentaux, il
indiquait en substance, selon la même source, qu'il "fallait faire le
ménage" dans les "mouvements de fonds suspects" alimentant les
réseaux.

Il était parfaitement renseigné sur ces banques et leurs riches
clients ou sociétés, possédant la trace de virements importants
pratiqués par certains d'entre eux.

Ce pseudo directeur disait ensuite que ces banques allaient recevoir la
visite d'un honorable agent de la DGSE (Direction générale de la
sécurité extérieure, contre-espionnage) qui leur demanderait de
l'argent pour infiltrer les réseaux. En liquide et dans l'opacité,
recommandant la confidentialité.

Une vingtaine de tentatives ont ainsi eu lieu.

En juillet, un établissement bancaire accepte le marché. Il verse une
somme en espèces de 350.OOO euros, en liquide, remise discrètement à
Shirley dans un bar parisien.

Cette première opération réussie, le groupe passe à la vitesse
supérieure, selon la source policière.

D'autres banques sont sollicitées en région parisienne selon un
procédé un peu différent, mais toujours sous couvert de la lutte
antiterroriste et de la DGSE.

Cette fois, les escrocs repèrent, dans des conditions restant à
déterminer, de vrais virements, effectués par les banques, et
réussissent à persuader leurs dirigeants que ces virements sont
suspects et financent une filière terroriste.

"Vite, il faut les virer à une autre banque", disent-ils, menaçant
les banques des pires ennuis.

2,5 millions de dollars ont ainsi été virés, en septembre, sur un
compte basé à Genève, 2 millions d'euros sur un compte ouvert à
Hong-Kong, et quelque 5 millions d'euros sur un compte situé en
Estonie.

Les deux premiers virements ont pu être bloqués, a précisé la
source, après qu'une banque eut alerté la police. Mais le troisième
a bien été encaissé par Gilbert C.

La police a également découvert une multitude de sociétés écrans
apparemment dirigées de l'étranger par les présumés escrocs.

Gilbert C. court encore: c'est un homme "insaisissable", selon un
policier, "digne des plus grands" escrocs, et qui risque de devenir un
"héros", selon lui, s'il n'est pas interpellé rapidement.

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