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Avec le satellite Syracuse IIIA, la France renforce son autonomie stratégique
LE MONDE | 14.10.05 | 13h53 ? Mis à jour le 14.10.05 | 13h53
es militaires français ne cachaient pas leur impatience avant le lancement du
satellite Syracuse IIIA. Le tir a eu lieu comme prévu, dans la soirée du jeudi
13 octobre, du centre spatial de Kourou (Guyane) : la fusée Ariane-5 a placé ce
satellite de communications militaires sur une orbite géostationnaire, ainsi
que le satellite américain de télécommunications Galaxy-15. Pour les armées, la
mise en service de Syracuse IIIA (qui sera suivi du lancement de Syracuse IIIB
à l'été 2006) va représenter un véritable bond en avant technologique et
stratégique.
La multiplication des engagements de la France sur des théâtres d'opérations
extérieurs nécessite de pouvoir transmettre à très longue distance des débits
élevés de communications pour la conduite de ces opérations. Jusqu'ici, les
communications militaires étaient assurées par la constellation de quatre
satellites Telecom II, dans le cadre du programme Syracuse II, qui arrive en
bout de course et qui est un programme civilo-militaire : la confidentialité
des communications des armées ne pouvait donc être assurée à 100 %.
Pour la première fois, la défense va disposer d'un réseau dédié totalement
sécurisé, résistant au brouillage et protégé contre la guerre électronique, qui
va renforcer l'autonomie stratégique de la France. Syracuse IIIA va apporter à
la fois plus de capacité, de souplesse, de service et de disponibilité (des
communications sans préavis et sans interruption de service) par rapport à la
génération précédente. La demande en matière de communications militaires croît
de manière exponentielle et, comme le résume un spécialiste, "aujourd'hui, les
tuyaux sont saturés" .
Les militaires français de l'opération "Licorne", en Côte d'Ivoire, mesurent
ces limites, même si, pour la première fois, grâce au déploiement de systèmes
de communications et d'information sophistiqués, ils disposent d'un champ
d'expérimentation unique de cette "Toile" militaire permettant au commandement
d'être en relation permanente avec les unités présentes sur le terrain.
Selon l'intensité des opérations, Syracuse-III devrait multiplier par un
facteur de 3 à 10 les capacités actuelles des satellites Telecom. Il permettra
l'utilisation d'un Intranet militaire et fournira des communications sécurisées
par téléphone et par fax, ainsi qu'une plus grande interconnexion de réseaux et
une interopérabilité accrue entre armées. Cette nouvelle constellation va en
outre élargir la couverture satellitaire de 50 degrés vers l'Est, ce qui
signifie que celle-ci s'étendra des Antilles à l'Afghanistan, avec une zone
aveugle sur une partie de l'Asie et le Pacifique.
UN MAILLON ESSENTIEL
C'est l'état-major des armées (EMA) qui sera le maître d'oeuvre d'un système
dont la vocation, comme l'explique le contre-amiral Guy Poulain, responsable
des programmes espace, est de "raccourcir la boucle décisionnelle" .
Syracuse-III, explique-t-il, "va contribuer à mettre en place une immense toile
d'araignée de systèmes d'information". Cette approche, c'est celle de la
"numérisation du champ de bataille" , qui participe à la guerre en réseaux,
basée sur une interconnexion de tous les systèmes d'armes et des capteurs
engagés dans une crise : Syracuse en est un maillon essentiel, tout comme le
satellite d'observation militaire Hélios-IIA, lancé en décembre. Syracuse-III
va être complété par la livraison - entre 2006 et 2014 - de 600 stations sol à
haut débit de nouvelle génération qui pourront équiper des véhicules blindés,
des bâtiments de combat et des sous-marins, voire être transportées par un
soldat grâce au "manpack" , un sac à dos de 13 kg.
Ce programme coûte cher (2,6 milliards d'euros avec les stations au sol), tout
en permettant à la France d'être au premier rang des nations ayant atteint ce
niveau d'autonomie stratégique. En mai 2004, l'Alliance atlantique a opté pour
l'offre conjointe des ministères de la défense français, britannique et italien
au détriment d'une proposition américaine pour remplacer la constellation
actuelle de satellites de télécommunications de l'OTAN. Ce programme, "NATO
Satcom V" s'appuie sur les satellites militaires nationaux de ces trois pays :
Syracuse, Skynet et Sicral.
L. Z.
Article paru dans l'édition du 15.10.05