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Pékin se dote d'une constellation de satellites aux retombées militaires
LE MONDE | 20.10.05 | 13h44 ? Mis à jour le 20.10.05 | 13h48
aut-il s'inquiéter des incidences militaires du programme spatial chinois ?
Alors que le deuxième vol habité de Shenzhou VI ("Vaisseau divin") s'est
terminé sans encombre, lundi 17 octobre, dans la steppe de Mongolie intérieure,
les stratèges occidentaux s'interrogent. En soi, l'envoi dans l'espace d'un
cosmonaute n'a aucune valeur militaire. L'opération relève du pur prestige.
Mais ces vols habités sont voués à crédibiliser afin notamment de susciter des
coopérations internationales et donc à tirer vers le haut un programme
d'équipement spatial dont les retombées militaires ne sont que trop évidentes.
Après avoir attentivement étudié les campagnes militaires de Washington en
Irak, au Kosovo ou en Afghanistan, les Chinois sont désormais convaincus que
les guerres modernes se gagnent du ciel.
Depuis l'envoi, en 1970, du premier satellite de télécommunications Dongfang
Hong ("L'Orient est rouge"), Pékin a propulsé dans l'espace environ 70
satellites. La Chine emplit désormais l'espace d'yeux et d'oreilles. Les
satellites de photo-reconnaissance récupérables (Fanhui Shi Weixing, FSW)
d'observation météorologique (Feng Yun, FY) et océanique (Haiyang, HY),
d'exploration spatiale (Shi Jian, SJ) ou de relais de données (Feng Huo, FH)
tissent une vaste toile de capteurs qui, si elle répond aux énormes besoins
civils de la Chine (inondations, tremblements de terre...), alimente aussi
l'armée en précieuses informations.
A ce jour, les Chinois accusent encore bien du retard sur les Occidentaux en
matière de résolution des satellites. Mais ils ne ménagent pas leurs efforts
pour passer sous la barre du mètre de précision (submétrie). Le français
Astrium (groupe EADS) a ainsi été sollicité pour son satellite Hélios 1 mais
une réponse favorable n'est pas à l'ordre de jour. Une coopération
sino-brésilienne a déjà donné naissance au satellite CBERS, dont s'est ensuite
inspiré le satellite autochtone Ziyuan. Sa résolution serait autour de 3
mètres. La surveillance de Taïwan est au coeur de cette obsession à affiner
l'observation. Dans le même temps, la Chine cherche à se doter d'une
constellation autonome de satellites de navigation. Jusqu'à présent, elle
n'avait d'autre choix que de passer par le GPS (Global Positioning System)
américain et le Glonass russe. L'objectif est de s'en affranchir
progressivement. Trois satellites Beidou ont déjà été lancés, formant ainsi un
minisystème de navigation dont la précision serait d'une trentaine de mètres.
En cas de conflit autour de Taïwan, il serait fort utile pour guider les
missiles continentaux. En signant, en 2003, un accord avec l'Union européenne
sur sa participation au projet Galileo, la Chine cherche à en retirer un
maximum de lumière pour sa propre constellation.
Au-delà de Taïwan, ce que redoutent le plus les Américains, c'est l'hypothèse
d'une guerre antisatellites déclenchée par la Chine à partir de ses points
d'appui spatiaux comme de ses bases terrestres. Les rapports du Pentagone sur
l'armée chinoise insistent lourdement sur le risque qu'à terme les Chinois
utilisent des radars laser pour brouiller les satellites américains ou des
récepteur du GPS. Le développement d'un parc chinois de microsatellites ou de
nanosatellites est vu avec beaucoup de suspicion du côté du Pentagone, où l'on
s'inquiète des réflexions des stratèges pékinois sur la "guerre asymétrique",
cette fameuse guerre du faible au fort.
Frédéric Bobin
Article paru dans l'édition du 21.10.05