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Un compromis peu contraignant

L'accord sur la gouvernance de l'Internet ne remet pas en cause la domination
américaine.

par Ludovic BLECHER
QUOTIDIEN : jeudi 17 novembre 2005

Américains et Européens ont-ils trouvé mardi un compromis sur la gouvernance de
l'Internet ? En apparence, oui. Mais l'accord, accouché au forceps après trois
jours d'une négociation très tendue, ne met pas un terme à la domination
américaine sur le Net. Jusqu'à nouvel ordre, c'est encore Washington qui, via
l'Icann, la société de droit privé californien chargée d'attribuer les noms de
domaine (tels que «.com» ou «.fr»), continuera de superviser le réseau des
réseaux. Les Etats-Unis conservent les clés qui, théoriquement, leur permettent
de paralyser l'ensemble des connexions. Pas étonnant que David Gross, chef de
la délégation américaine, ait lâché hier un soupir de soulagement : «Il n'y a
rien de nouveau dans ce document.» 

«On est satisfait qu'il y ait une avancée, une feuille de route, mais ce n'est
pas le grand soir», tempérait au même moment le ministre délégué à l'Industrie,
François Loos, qui conduit la délégation française. Reste que les Etats-Unis ne
pourront plus faire la sourde oreille et devront continuer de négocier en vue
de parvenir éventuellement à une internationalisation de la gouvernance de
l'Internet. A Tunis, même si cela ne les engage en rien, ils ont accepté de
tout remettre sur le métier. Aussi bien les questions relatives à la lutte
contre le spam, les virus et la cybercriminalité que le mode de gouvernance.

C'est un document proche de la proposition faite fin septembre par l'Union
européenne qui a mis tout le monde d'accord. Le texte prévoit la création d'un
«forum» international où ces questions seront discutées. «Le pire a été évité,
le meilleur n'est pas certain et on a sauvé l'essentiel, résume un proche de la
délégation française. Les Américains souhaitaient qu'on ne déplombe pas
l'Icann, c'est le cas. Les Européens voulaient la mise en place d'un mécanisme
pour préparer l'avenir, c'est le cas. Avec cet accord, il y a une vie après
Tunis.» Certes. Mais, au-delà des déclarations d'intention, les négociations
risquent d'être longues. Le Forum ne se réunira pour la première fois que l'an
prochain à Athènes. «C'est un véritable compromis international, commente
pourtant un diplomate. Une solution où tout le monde est à peu près également
mécontent. Mais c'est le signe que chacun a fait un pas en avant. Les
Etats-Unis, partis pour ne rien céder, ont lâché du lest au moins dans les
termes. Le document adopté mardi comporte toute une série de paragraphes sur la
nécessaire coopération gouvernementale sur les noms de domaine et les serveurs
racines [qui permettent de mettre à jour les routes de l'Internet, donc
d'accéder à un site précis, ndlr]. Ce principe a été clairement adopté. Et aux
Nations unies, les mots pèsent des tonnes.»

Washington donne une interprétation très différente : «Nous n'avons pas changé
quoi que ce soit en ce qui concerne le rôle de l'administration américaine sur
les aspects techniques qui nous inquiétaient beaucoup.» Sur le papier, c'est
donc bien un compromis entre les exigences maximalistes de pays tels la Chine
ou l'Iran, qui voulaient transférer le contrôle de l'Internet aux Etats via une
agence ad hoc de l'ONU, et les Etats-Unis, arc-boutés sur le statu quo, qui a
été trouvé à Tunis.

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