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Des investisseurs veulent surveiller les entreprises du secteur Internet 25 fonds d'investissement ont signé la déclaration sur la liberté d'expression et Internet, lancée par Reporters Sans Frontières (RSF). L'idée de ce manifeste est de mettre sous surveillance les entreprises de ce secteur qui sont complices de violation des droits de l'homme. Si l'association a réussi à convaincre des fonds américains, canadiens et australiens qui gèrent ensemble 21 milliards de dollars, aucun Français n'a voulu signer. La fondation suisse Ethos est le seul « Européen » qui figure sur la liste. « Nous sommes ici parce que nous croyons que les investisseurs ont un rôle important à jouer dans la protection des droits de l'homme ». Adam M. Kanzer, directeur des investissement éthiques de Domini Social Investments LLC, a ainsi expliqué lors de la conférence de presse, organisée à New York le 7 novembre, les raisons pour lesquelles le fonds d'investissement qu'il représente a décidé de signer la déclaration sur la liberté d'expression et Internet. Il a ajouté « les démocraties constituent le meilleur environnement pour la finance. Par ailleurs, la création de valeur actionnariale sur le long terme ne peut se faire à travers la violation des droits de l'homme. La censure et la mise sous surveillance sont une source de destruction des intérêts économiques à long terme des entreprises du secteur Internet. ». Cet engagement solennel répond à un appel, lancé il y a 18 mois, par l'association française Reporters sans Frontières, « préoccupée par la collaboration de certaines entreprises américaines du secteur Internet avec des gouvernements autoritaires ». La situation chinoise est au cur de cette mobilisation exceptionnelle et, plus particulièrement, le sort des cyberdissidents. Yang Zili a été condamné, en mai 2003, à 8 ans de prison pour avoir créé un site Internet prônant la démocratie. Quant au journaliste Shi Tao, il lui a été infligé une peine de 10 ans de prison pour avoir publié des informations considérées comme « secret d'Etat » sur un site basé aux Etats-Unis. Il a été identifié grâce aux informations fournies par « Yahoo ! » chez qui il avait un compte mail. Une autre signataire de la déclaration, Dawn Wolfe, responsable de la recherche sur l'investissement éthique de Boston Common Asset Management, estime que « la croissance à long terme et la viabilité du secteur Internet dépend de la perception et de la croyance des utilisateurs qu' Internet est ouvert, sûr et fiable. Cette déclaration sur la liberté d'expression est un moyen de rappeler aux entreprises que nous nous intéressons non seulement à leurs chiffres d'affaire mais aussi à la façon dont il est généré. Enfin il s'agit de faire pression sur elles pour les inciter à ne pas se compromettre dans des violations de droits de l'homme. » Boston Common Asset Management est déjà passé à l'acte puisque, depuis janvier 2005, il interroge Cisco System sur la façon dont il travaille dans les pays qui sont connus pour contrôler le trafic Internet, grâce à diverses méthodes de surveillance et de censure. Le 15 novembre prochain il va déposer, lors de l'assemblée générale de l'entreprise en Californie, une résolution à ce sujet. Les 25 signataires de la déclaration s'engagent, entre autres, à « surveiller l'activité des entreprises du secteur Internet dans les pays répressifs pour évaluer leur impact sur l'accès à l'information ». Ils appellent « les entreprises du secteur d'Internet à adopter et rendre publics des codes d'éthique qui garantissent leur engagement pour la liberté d'expression et définissent leurs obligations pour la soutenir. » Ces investisseurs veulent pouvoir s'assurer que les produits et services de ces entreprises « ne sont pas utilisés pour violer les droits de l'homme (notamment ceux permettant la censure d'Internet, la surveillance et l'identification des dissidents). » Julien Pain, en charge de ce dossier pour reporters Sans Frontières déplore qu'aucun investisseur français ne se soit associé au projet. « On s'est adressé à tous les acteurs français de l'ISR. Leur réaction montre qu'ils sont rétifs à tout engagement. On peut se demander si l'ISR n'est pas qu'un axe de communication et s'il existe un seul fonds en France qui puisse revendiquer l'étiquette éthique ». A ceux qui souhaiteraient se manifester, il rappelle que la liste des signataires reste ouverte. A.C.Husson Mis en ligne le : 09/11/2005 http://www.rsf.org/article.php3?id_article=15529 7.11.2005 25 fonds d'investissement et cabinets d'analyse financière s'engagent à surveiller l'activité des entreprises du secteur de l'Internet dans les pays répressifs A l'initiative de Reporters sans frontières, 25 fonds d'investissement nord-américains, australiens et européens, qui gèrent près de 21 milliards de dollars d'actifs, ont présenté lors d'une conférence de presse, le 7 novembre 2005 à New York, une déclaration commune dans laquelle ils affirment leur attachement à la liberté d'expression sur le Web. Ils s'engagent, entre autres, à surveiller l'activité des entreprises du secteur de l'Internet dans les pays répressifs. Ce texte vise en particulier les entreprises qui, comme Yahoo !, Cisco Systems et Microsoft, collaborent avec les autorités chinoises pour censurer ou surveiller le Réseau. Le texte de la déclaration et la liste des signataires : PDF - 57 ko Télécharger la Déclaration Historique du projet : Reporters sans frontières a dénoncé à plusieurs reprises le fourvoiement éthique de certaines entreprises du secteur de l'Internet lorsqu'elles opèrent dans des pays répressifs. Déjà, en juillet 2002, l'organisation avait écrit à Yahoo ! pour lui demander de s'expliquer sur sa collaboration avec les services de la censure en Chine populaire. En effet, la société californienne accepte depuis plusieurs années de censurer la version chinoise de son moteur de recherche : une requête sur des mots tels que « Falungong » ou « droits de l'homme en Chine » affiche uniquement des contenus provenant de sources officielles. En décembre 2003, Reporters sans frontières avait également tenté d'entrer en contact avec Cisco Systems, Yahoo ! et Microsoft, dans l'espoir d'engager avec ces entreprises une réflexion sur les conséquences de leur activité sur le plan de la liberté d'expression. Ces courriers sont restés sans réponse. L'organisation a par conséquent recherché d'autres moyens de se faire entendre. Elle est entrée en contact avec des fonds d'investissement, c'est-à-dire avec les actionnaires réels ou potentiels de ces entreprises. Un fonds américain socialement responsable (fonds ISR), Boston Common Asset Management LLC, a accepté dès le départ de se saisir du problème, rejoint peu après par Domini Social Investment LLC. Ces deux sociétés d'investissement ont commencé par écrire au P-D.G de Cisco Systems, John Chambers, pour lui demander plus de transparence sur le type de matériel et sur les programmes de formation vendus à la Chine ces dix dernières années. De nombreux témoignages et documents tendent en effet à prouver que cette entreprise a fourni à la police chinoise des technologies permettant de surveiller les internautes et de censurer la Toile. Mais, là encore, cette demande est restée lettre morte. Boston Common et Domini ont alors décidé de rédiger une proposition d'actionnaires (shareholder resolution), un texte dans lequel ils réitèrent leur demande d'information concernant l'activité de l'entreprise dans les pays connus pour bafouer la liberté d'expression. Cette proposition sera votée par les actionnaires lors de la prochaine assemblée générale de Cisco Systems, le 15 novembre 2005. Reporters sans frontières a souhaité aller plus loin dans cette démarche en incitant d'autres investisseurs et analystes financiers à prendre position sur le sujet. L'organisation a donc rédigé, toujours en collaboration avec Boston Common et Domini, une « Déclaration commune sur la liberté d'expression et Internet ». Les signataires de ce document affirment ainsi que le respect de la liberté d'expression est un critère qu'ils prennent en compte pour déterminer leurs investissements. Ils ajoutent qu'ils vont renforcer leur travail de surveillance des entreprises du secteur de l'Internet dont les activités commerciales ont des conséquences sur la libre circulation de l'information sur le Réseau. Ils s'engagent enfin à soutenir les résolutions favorables à la liberté d'expression présentées lors des assemblées générales de ces sociétés. Ce texte a déjà été signé par 25 investisseurs, qui gèrent plus de 21 milliards de dollars d'actifs. Reporters sans frontières espère que d'autres fonds d'investissement vont se joindre à cette initiative, notamment des fonds traditionnels - c'est-à-dire des sociétés qui ne sont pas spécialisées dans l'investissement éthique. L'organisation déplore par ailleurs la frilosité des investisseurs socialement responsables européens : au 7 novembre, un seul fonds du vieux continent a accepté de signer la déclaration. Reporters sans frontières précise que cette déclaration ne vise pas uniquement Yahoo !, Microsoft et Cisco Systems. Certes, les récentes affaires « Shi Tao » - du nom du journaliste chinois condamné à dix ans de prison sur la base d'informations fournies par Yahoo ! - et « MSN Spaces » - l'outil de blog dont Microsoft a accepté de censurer la version chinoise - ont récemment frappé les esprits. Mais d'autres entreprises participent à la censure et à la surveillance du Net en Chine. Ainsi, Google a décidé, en juillet 2004, d'exclure toute publication « subversive » de son moteur de recherche d'actualité en chinois. Enfin, la portée de ce document va bien au-delà du cas chinois. Elle pourrait par exemple s'appliquer à Fortinet, l'entreprise qui a mis en place les filtres Internet de la junte birmane, ou Secure Computing, qui a fait de même en Tunisie. Plus d'informations sur la liberté d'expression sur Internet : http://www.internet.rsf.org
