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Des écoutes téléphoniques et des perquisitions ont visé des journalistes allemands LE MONDE | 24.11.05 | 14h10 · Mis à jour le 24.11.05 | 14h10 BERLIN CORRESPONDANT Deux affaires distinctes viennent de lever le voile sur les pratiques de divers services de police ou de renseignement allemands, touchant à la liberté de la presse sur des dossiers sensibles. La première met en cause les services de renseignement extérieur (BND). Il est avéré, depuis quelques semaines, qu'ils ont espionné des journalistes allemands dans les années 1990. La seconde affaire concerne la perquisition, en septembre, des locaux d'un magazine et du domicile d'un journaliste, dans le cadre d'une enquête sur des fuites ayant trait au terrorisme islamique. Ces deux affaires sont passées relativement inaperçues en Allemagne, en cette période de tractations entre les Unions chrétiennes (CDU-CSU) et le Parti social-démocrate (SPD) en vue de former un gouvernement de coalition, qui a finalement prêté serment mardi 22 novembre. Ce sont avant tout le Parti libéral (FDP) et les Verts, membres de l'opposition depuis les élections législatives de septembre, qui ont réclamé que la lumière soit faite sur ces dossiers. Le 21 novembre, le Collège de contrôle parlementaire, une instance qui supervise les services de renseignement, a estimé que le BND avait outrepassé ses prérogatives dans les années 1990. Ce dernier, censé collecter des informations à l'étranger sur la sécurité du pays et de ses intérêts, avait espionné, sur le territoire national, des journalistes qui enquêtaient sur le monde du renseignement et, en particulier, sur les activités du BND... C'est ainsi que plusieurs reporters, indépendants ou travaillant pour les hebdomadaires Focus et Der Spiegel, ont été suivis jusqu'à 1996, a reconnu August Hanning, l'actuel chef du BND. L'objectif était de savoir d'où provenaient les sources de ces publications à l'intérieur de la petite communauté du renseignement. Certains journalistes auraient également été mis à contribution par le BND, moyennant honoraires. Ce service aurait agi sans en informer le gouvernement qui, à l'époque et jusqu'à l'automne 1998, était dirigé par la CDU-CSU avec son allié du FDP. PROTECTION DES SOURCES M. Hanning a ordonné une enquête interne à la demande du gouvernement sortant. La question est notamment de savoir jusqu'à quand ces pratiques ont eu lieu. M. Hanning assure qu'elles n'avaient plus cours durant son mandat, qui a commencé en 1998, contrairement à ce qu'affirment diverses publications. Quoi qu'il en soit, l'instance parlementaire de contrôle a appelé le BND à prendre des mesures pour qu'un tel dysfonctionnement ne se reproduise pas. L'autre affaire a également trait à la protection des sources des journalistes. Le 12 septembre, des enquêteurs de la police criminelle (BKA) ont perquisitionné dans les locaux du magazine Cicero à Potsdam, près de Berlin, et au domicile d'un de ses journalistes, Bruno Schirra. Celui-ci avait cité, dans un article publié au printemps, des documents confidentiels du BKA sur les liens présumés entre l'Iran et l'islamiste jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui. En octobre, le ministre sortant de l'intérieur, le social-démocrate Otto Schily, avait défendu l'opération policière, dénoncée par plusieurs syndicats de journalistes. "L'Etat a le devoir de se protéger, avait-il affirmé. Ceux qui pensent que la liberté de la presse leur permet de se libérer des contraintes de la loi font fausse route." Le débat n'est pas clos. Antoine Jacob Article paru dans l'édition du 25.11.05
